Pepys. Journal
LE RÈGNE DE BARBARA PALMER
Titus se mettait à marcher devant lui, la pelle sur Tépaule, comme un huissier qui porte la masse (i). De la reine, on ne parlait presque plus. Jadis, quand l'ambassadeur d'Espagne s'opposait au mariage, il avait prétendu pouvoir affirmer que l'infante portugaise n'était point capable d'avoir des enfants. On n'avait point attaché d'importance à ces propos (2). Le comte de Bristol, comme machination contre le chancelier, avait envoyé à Lisbonne un corde- Uer pour savoir si on ne lui avait point fait prendre quelque breuvage qui l'eût rendue stérile. Peut-être aussi trouveraiton quelque nullité dans les formes, qui permettrait un divorce, car on ne pouvait
invoquer aucun acte reprochable à la reine (3). Charles II demeura étranger à cette intrigue. Son attitude à l'égard de Catherine était toujours indifférente, mais strictement courtoise.
La comtesse de Chesterfield.
Portrait par Peter Lely, gravé par Thomas Wright.
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(1) Hume. Histoire d'Anglete,re, VI, 197.
(2) Barnet. Histoire d'Angleterre, I, 331.
(3) Bibliothèque Nationale. P^ français 10712. Lettre de Gomminges au roi, 26 novembre 1663. — En débarquant à Lisbonne, le cordelier fut arrêté par la police et jeté en prison.
LE REGNE DE BARBARA PALMER
LA COl'R GALANTE ^E CHARLES II
amis de l^epys prcHendaient l'avoir vue se mettre au lit, tandis que Berkeley était dans sa chambre (1).
Elle était plus en faveur que jamais dans l'année i663. Le roi soupait chez elle au moins quatre fois par semaine et restait avec elle jusqu'au matin, mais il revenait toujours se coucher dans la chambre de la reine. Les sentinelles du palais voyaient ces promenades nocturnes et en jasaient. En février i(3(J3, on fit beaucoup de bruit d'une fantaisie de la favorite. Elle avait engagé M^e Stewart à un divertissement. Il lui passa par la tète un caprice qu'elle prétendit contenter. Elle voulut être mariée avec M"e Stewart. La noce se fit avec l'anneau, les cérémonies religieuses, les rubans et l'enlèvement de la jarretière. De méchantes langues prétendirent que lady Castlemaine, qui jouait le rôledel'épouseur, se leva pour céder sa place au roi (2). Mais ce n'était là qu'un cancan. Miss Stewart, experte demivierge, allumait et ne flambait jamais. La parodie des rites anglicans avait très fort choqué les esprits religieux et notamment le chancelier Clarendon. On disait que lady Castlemaine avait étudié l'Arétin, qu'elle poussait le roi à ne s'occuper que de ses plaisirs et à avoir en horreur tout ce qui demandait du travail. En fait, tous ceux qui prétendaient lui donner de sages conseils étaient bien vite délaissés pour les conseillers de plaisir qui l'entouraient. Le chancelier, traité de vieux radoteur, ne faisait plus aucune figure à la Cour (3). Il était même rare qu'il parlât au roi. Quand le duc de Buckingham, qui était devenu l'un des principaux favoris, le voyait paraître, il disait au roi : (( Sire, voici notre maître d'école qui vient ». D'autres fois, dans la chambre même du roi, il prenait le soufflet du foyer et le portait avec une gravité ridicule, caricaturant le chancelier portant le grand sceau. Alors le colonel
(1) Burnet. Histoire d'Angleterre, l, 16 décembre 1663.
(2) Journal de Pepys, 9 février 1663.
(3) Journal de Pepys, 15 mai 1663.
I, p. 195. — Pepys. Journal,
Titus se mettait à marcher devant lui, la pelle sur Tépaule, comme un huissier qui porte la masse (i). De la reine, on ne parlait presque plus. Jadis, quand l'ambassadeur d'Espagne s'opposait au mariage, il avait prétendu pouvoir affirmer que l'infante portugaise n'était point capable d'avoir des enfants. On n'avait point attaché d'importance à ces propos (2). Le comte de Bristol, comme machination contre le chancelier, avait envoyé à Lisbonne un cordelier pour savoir si on ne lui avait point fait prendre quelque breuvage qui l'eût rendue stérile. Peut-être aussi trouveraiton quelque nullité dans les formes, qui permettrait un divorce, car on ne pouvait
invoquer aucun acte reprochable à la reine (3). Charles II demeura étranger à cette intrigue. Son attitude à l'égard de Catherine était toujours indifférente, mais strictement courtoise.
La comtesse de Chesterfîeld.
Portrait par Peter Lely, gravé par Thomas Wright.
(1) Hume. Histoire d'Anglete, re, VI, 197.
(2) Burnet. Histoire d'Angleterre, I, 331.
(3) Bibliothèque Nationale. F<ï» français 10712. Lettre de Gomminges au roi, 26 novembre 1663. — En débarquant à Lisbonne, le oordelier fut arrêté par la police et jeté en prison.
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Vers ce temps-là, la reine signala un singulier abus qu'avait permis cette indifférence du roi. On venait de publier les dépenses, et elle y était portée pour 40 000 livres. « En le faisant connaître, elle a fait preuve d'esprit » (i). Cette déclaration fit, en effet, bonne impression dans le public. Mais la reine était étrangère, n'avait pas donné d'héritier et elle ne rencontrait guère que la sympathie d'une élite. Le ï3 juillet i663, Pepys s'amusa à aller, dans Pall Mail, assister au retour de la promenade au Parc du roi, de la reine et des filles d'honneur. € J'attendis leur retour, raconte-t-il, en me promenant parmi les gens de cour qui restaient là dans le même but. Le roi et la reine arrivèrent bientôt, celle-ci vêtue d'une veste blanche garnie de dentelles avec une jupe cramoisie. Ses cheveux étaient arrangés à la négligente ; elle était vraiment fort bien. Le roi était aussi à cheval parmi les autres dames. Il ne faisait aucune attention à elle et, lorsqu'elle voulut descendre, personne ne se précipita pour lui venir en aide, comme elle paraissait s'y attendre. Ce fut son écuyer qui lui donna la main. Elle paraissait de méchante humeur, était très triste. Personne ne lui parlait; elle ne parlait ni ne souriait à personne. Elle avait sur son chapeau une plume jaune qui attirait tous les regards. Elle était encore très jolie. Je suivis la Cour jusque dans Whitehall où, en présence de la reine, toutes les dames se promenaient, bavardaient, jouant avec leurs chapeaux, leurs plumes, les essayant, les échangeant et plaisantant. C'était pour moi un spectacle ravissant de voir tous ces beaux habits, ces belles dames, Mm* Stewart surtout dans ce costume, avec ce chapeau retroussé, orné d'une plume rouge. J'admirais son petit nez romain, sa belle tournure. Elle est certainement la plus grande beauté que j'aie vue de ma vie ».
La correspondance des ambasiadeurs ne contient pas traces de préoccupations plus graves. « Le chevalier de
(1) Journal de Pepys^ 7 mars 1663.
Grammont (i), écrit quelques mois plus tôt le comte de Comminges, arriva hier fort content de son voyage. Il a été reçu le plus agréablement du monde. Il est de toutes les parties du roi et commande chez M^e de Castlemaine qui fit hier un assez bon tour. M™» Jaret, avec laquelle elle a ici un grand démêlé, devait donner à souper à Leurs Majestés. Toutes choses préparées, et la compagnie assemblée, le roi en sortit et s'en alla chez Mme de Castlemaine où il passa l'après-midi. Cela a fait grand bruit. Les cabales se remuent. Chacun songe à la vengeance. Les unes sont pleines de jalousie, les autres de dépit, et toutes en général d'étonnement. Le ballet est rompu, manque de moyens. Il n'y a personne qui sache danser, et moins encore pour le diriger et former un sujet. Il y a bal de deux jours l'un et comédie. Les autres jours se passent au jeu, les uns chez la reine, les autres chez Mme de Castlemaine, où la compa.gnie ne manque pas d'un bon souper. Voilà, Sire, à quoi on passe le temps (2) ». Rien d'utile, rien de sérieux. Le 4 juillet, Pepys assiste à une revue de Hyde Park. « Quel spectacle! les beaux chevaux! les beaux officiers! le roi! les ducs ! les deux reines dans la même voiture de la reinemère ! » Mais cet hommage rendu à la splendeur du coup d'œil, le mémorialiste redevient chagrin : « Cette revue avait pour prétexte de montrer à une marquise française la