‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 10 sur 39 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

n-.nis quon le lise ou qu'on 1 écoute ; car son amour-propre est toujours sons les armes. Ke lui dUcs jainais que vous savez l'hisloiic qu"il va vous conter ; ayez l'air de rentcnflre pour la première fois. Ne manquez pas de lui faire la révérence, car un rien vous en fera un eunemi. Sa prodigieuse imagination, la vivacité de son pays, ses voyages, tous les métiers qu'il a fails, sa fermeté dans l'absence de tous les biens moraux et physiques, en font un liomme rare, précieux à rencontrer, digue môme de considération et de beaucoup d'amitié de la part du très petit nombre de personnes qui trouvent grâce de vaut lui (1).

Casanova rédigea d'abord, pour ie publier en langue fran<jaise, le récit de « sa fuite des prisons de la République de Venise qu'on appellç les Pionibs ». Cet opuscule fui imprimé à Prague en 1787, sous le titre :

Histoire de ma fuile des prisons de la République de Venise qu'on appelle les Plombs. Faite à Dux, en Bohème, l'année 1787 (à Leipzig, chez le noble de Schônfeld, 1788; in-S".

Il songeait évidemment déjà à se raconter tout entier. En 1791 son travail était déjà fort avancé, ainsi qu'en témoigne une lettre qu'il écrivit le 8 avril de cette année au palricien Gian Garlo Grimani pour lui demander pardon du libelle qu'il écrivit conlrc lui un jour de colère.

Casanova mit plus de sept ans à écrire ses Mémoires. Lorsqu'en effet, il raconte son entrevue à Aix, en Provence avec le marquis d'Argens, l'auleurdes Letlres Juives, chinoises et cabalistiques (lonie Vlil, chap. i), il consigne que le marquis lui conseille de ne jamais écrire ses mémoires.

(1) Mémoires et Mélanges hisluriques et lilléraires, Paris, 1828, t. IV, p. 2λ1.

XXVIJI INTIlOnUCTION

« Car je puis vous assurer, disait-il, que vous vous on repentiriez, puisque en votre qualité d'honnête homme, vous ne pourriez écrii-c (lue la vérité; or, en historien vériiJique, vous seriez oblige, non seulement à ne rien taire, mais encore à n'avoir aucune lâche complaisance pour les fautes que vous aurez commises, à les llageller en bon moraliste, comme à relever, en vrai philosophe, le bien que vous amvz fait. Vous seriez obligé de vous louer et de vous blâmera chaque page ; or on prendrait pour argent compîani tout le mal que vous diriez de vous-même, on vous imputerait à crime toutes vos peccadilles, et non seulement on ne vous croirait pas lorsque vous en diriez du bien, mais encore on vous taxerait doi'giicil, de vanité, elc. Du reste, en écrivant vos mémoires, vous vous ferez des ennemis de tous ceux dont vous seriez obligé de parler avec désavantage. Croyez-moi, mon ami, s'il nest pas permis à yn honnête homme de parler de lui même, il lui est encore moins permis d'en écrire, à moins que ce ne soit quand la calomnie nous force à faire notre apologie. J'espère que vous ne donnerez jamais dans le travers de Rousseau, travers que je n'ai jamais pu concevoir dans un homme supérieur comme lui. »

Convaincu par dos rait^ons aussi sages, je lui promis de ne jamais faire pareille folie ; malgré cela, // y a sept ans que je iic fuis pas (inli-e chose, et je me trouve engagé avec moi-mén.e d'aller jn.s(ju an boni, quoique je me repente fort d'avoir commencé. Mais j'écris dans l'espoir que mon histoire ne verra jamais le grand jour de la publicité ; car, outre que l'infâme censure, cet éteignoir de l'esprit, n'en permettrait jamais l'impression, je me llatle qu'à ma dernière maladie, devenu sage, pour ne plus pouvoir être fou, je ferai brûler tous mes cahiers en ma présence. Si cela n'arrive pas, je compte sur l'indulgence de mes lecteurs, indulgence qui ne me faillira point quand ils sauront qu'écrire mes mémoires a été le seul remède que j'aie cru pouvoir employer pour ne pas devenir fou ou mourir de chacrrin, au milieu des désagréments et des tracasseries que m'ont fait éprouver et que me suscitent chaque jour les envieux coquins qui se trouvent avec moi au château du comte de Waldstein, ou Wallenstein, à Du\. > .

Pourquoi ces Mémoires s'arrêtent-ils brusquement en 1774? C'est ce (lu'on n'a pu encore élucider. S'il a conduil

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