XXVI INTRODUCTION
danse, celleg de la langue française, du goût, de l'usage du monde et du savoir-vivre. Il u'y a que ses comédies qui ne soient pas comiques ; il n'y a que ses onvrajres philosophiques où il n'y ail point de la philosophie ; lous les aulrcs en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du pi(}uaiit et du profond. C'est un puits de science ; mais il cite si souvent Homère et Horace, cu'c'est de quoi en dégoûter. La tournure de son esprit et ses sniilies sont un extrait de sel attiquc. Il est sensible et reconnaissaii! ; mais pour peu qu'on lui déplaise, il est méchant, hargneux cl déie^lable. Un million qu'on lui donnerait ne rachèterait pas une pelile plaisanterie qu'on lui aurait laite. Son style ressemble à celui des anciennes préfaces ; il est long, difius et lourd ; mais s'il a quelque chose à reconter, comme, par exemple, ses aventures, il y met une telle originalité, une naïveté, cette espèce de génie dramatique pour mettre tout en action, qu'oa ne saurait trop l'admirer, et que, sans le savoir, il est super eur k Gil Blas et au Diable boileax. 11 ne croit à rien, excepté à ce qui est le moins croyaiile, étant superstitieux sur tout plein d'objets. Heureusement qu'il a de l'houneur et de la délicatesse, car avec sa phrase, « Je rai promis à Dieu », ou bien, « Dieu le veut », il n'y a pas de chose au monde qu'il ne fût capable de faire. 11 aime, il convoite tout, et, après avoir eu de tout, il sait se passer de tout. Les femmes et les peliles filles surtout sont dans sa léte ; mais elles ne peuvent plus en sortir peur passer ailleurs. Cela le fâche, cela le met en colère contre le beau sexe, contre lui-même, contre le ciel, contre la nature et surtout contre l'année 17"25. Il se venge de tout cela contre tout ce qui est mangeable et buvable : ne pouvant plus être un dieu dans les jardins, un satyre dans les forêts, c'est un loup h table : il ne fait grâce à rien, commence gaiement et finit tristement, désolé de ne pas pouvoir recommencer. S'il a profité quelquefois de sa supériorité sur quelques bêles, hommes et femmes, pour faire fortune, c'élait pour rendre heureux ce qui l'enloarait. Au milieu des plus grands désordres de la jeunesse la plus orageuse et de la carrière la plus aventureuse et quelquefois un peu équivoque, il a montré de la délicatesse, de l'honneur et du courage. 11 est fier parce qu'il n'est rien. Rentier, ou financier, ou grand seigueur, il aurait été peut-cire facile à vivre ; mais qu'on ne le cojilrarie point, surtout qu'on ne rie point,