‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 13 sur 39 · INTRODUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXI

C'est une prison d'État d'où iier;-orinr; n'a jamais pu se sauver, mais moi, avec l'aide de Dieu, j'ai pris la l'uJte an bout de (iniiize mois et je suis allé à Paris. En deux ans j'y ai fait de si bonnes afïairos que je suis devenu riche d'un million, mais j'y ai fait tout de même banqueroute. Je suis allé faire de l'argent en Hollande, puis je suis allé essuyer des malheurs à Slultgard, puis des bonheurs en Suisse, puis cîiez M. de Voltaire, puis des aventures h Gènes, ù I>iaii-eil!e, à Florence et à Rome, où le pape Rezzonico^ Vénitien, me fit chevalier de Saint-Jean-Latteran et protonotaire apostolique : ce fut l'an 1760.

Donne fortune à Naples dans la même année, à Florence j'ai enlevé une lille, et l'année suivante je suis allé au Congrès d'Augsbourg, chargé dune commission du roi de Portugal. Le Congrès ne s'y tint pas, et, après la publication de la paix, je suis passé en Angleterre, d'oîi un grand malheur me fit sortir, Tannée suivante 176i. J'ai cvité la potence, qui cependant ne m'aurait pas déshonoré, on ne m'aurait que pendu. Dans cette même année, j'ai cherché eu vain fortune à Berlin et à Pétersbourg, mais je l'ai trouvée à Varsovie dans l'année suivante. Neuf mois après, je l'ai perdue pour m'ètre battu en duel avec le général BranJkijau pistolet; je lui ai percé le ventre, mais en huit mois il guérit et j'en fus bien aise. C'est un brave homme. Obligé de quitter la Pologne, je suis allé à Paris en 17G7, où une lettre de cachet m'a fait décamper et aller en Espagne, où j'ai eu de grands malheurs. Mon crime fut mes visites nocturnes à la maîtresse du vice-roi, grande scélérate.

Aux confins d'Espagne, j'ai échappé aur^ sicaircs et je suis allé faire une maladie à Aix-en-Provence, qui me mit au bord du tombeau, après dix-huit jours de crachement de sang. L'an 1769, j'ai publié ma DéfavM' du gouvernetncnl de Venise, en trois gros volumes, contre Amelot ^e la Houssaye.

L'année suivante, le ministre d'Angleterre à la cour de Turin m'envoya à Livourne, bien recommandé. Je voulais aller à Constanlinople avec la flotte russe, mais l'amiral Orlon ne m'ayant pas accordé les conditions que je voiilais, j'ai rebroussé chemin et je suis allé à Rome, sous le pontificat de (langanelli.

Un amour heureux me fit quitter Rome pour aller à Naples, et, trois mois après, un autre amour malheureux me fit retourner à

XXXn INTRODUCTION

Uorae. Je me suis battu, pour la troisième fois, à l'épce, avec le comte Medini qui mourut il y a quatre ans h Londres, en prisoiï pour dettes.

Ayant beaucoup d'argent, je suis allé à Florence, où, le jour delà fcie de Noël, l'archiduc Léopold, mort empereur il y a quatre ou cinq ans, m'exila de ses Elats sous trois Jours. J'avais une maitresse, qui, par mon conseil, devint marquise de ***, à Bologne.

Las de courir l'Europe, je me suis déterminé à solliciter ma grâce auprès des inquisiteurs d'État vénitiens. Pour cette raison, je suis allé m'établir à ïrieste, où, deux ans ayrcs, je lai oljteuue. Ce fut le 44 septembre 1774. Mon entrée à Venise, au bout de dix-neuf ans, me fit jouir du plus beau moment de ma vie.

L'an 1782, je me suis brouillé avec tout le corps de la noblesse vénitienne. Au commencement de 1783, j'ai quitté volontairement l'ingrate patrie et je suis allé à Vienne. Six mois après, je suis allé à Paris, avec lintention de m'y établir, mais mon frère, qui y demeurait depuis vingt-six ans, me fit oublier mes intérêts pour les siens. Je l'ai délivré des mains de sa femme et je l'ai mené à Vienne, où le prince Kaunitz sut l'engager à s'y établir. 11 y est encore, moins vieux que moi de deux ans.

Je me suis placé au service de M. Foscarini, ambassadeur de Venise, pour lui écrire la dépêche. Deux ans après, il mourut entre mes bras, tué par lagoutle qui lai monta à la poitrine. J'ai alors pris le parti d'aller à Berlin, espérant une place à l'Académie, mais, à moitié chemin, le comte de Waldstein m'airèta à Tœplilz et me conduisit à Dux, où je suis encore et où, selon l'appaience, je mourrai.

("est le seul précis de ma vie que j'ai écrit, et je permets qu'on en fasse tel usage qu'on voudra,

Non erubeaco euangelium.

Ce 17 novembre 4797.

Jacouks Ca?.\\.')Va.

INTKOiJL-CTiON XXXHI

Un polygraphe anglais, M. Arthur Symons, fit, lui aussi, en 1903, un voyage au château de Dux, où il put examiner à loisir les papiers de Casanova. 11 a recueilli ainsi quelques preuves nouvelles de l'authen licite et de la véracité des Mémoires.

Entre autres documents, M. Arlhur Symons a trouvé de nombreuses lettres adressées à Casanova. « Elles viennent de Venise, Paris, Rome, Prarrue, Bayreuth, La Haye, Gênes, Fiume,Trieste, etc., et leurs adresses portent autant d'endroits divers, souvent « poste restante ». Beaucoup sont des lettres de femmes; certaines, d'une superbe écriture et sur du papier épais, d'autres sur de quelconques bouts de papier, péniblement tracées et mal orthographiées. Une comtesse écrit sur un ton pitoyable, implorant du secours; une autre proteste de son amour, en dépit des « nombreux chagrins » qu'il lui a causés; celle-ci demande « de quelle façon ils vivront ensemble » ; celle-là se lamente de ce que la rumeur a couru qu'elle vit secrètement avec lui, ce qui peut nuire à sa réputation à lui. Les unes sont en français, mais la plupart en italien. Mon cher GiucO' mello, écrit l'une. Carissimo e amalissi/no, écrit une autre.

Il en est un grand nombre datant de 1779 a 1786, signées « Francesca Buschini », nom que je ne puis identifier; elles sont écrites en italien, et l'une d'elles commence ainsi : Unico Mio vero Amico. D'autres sont signées « Virginia B. », etl'une d'entre elles est datée de «Forli, i5 octobre 1773 ». Il y a aussi une « Theresa B. », qui écrit de Gênes. J'éprouvai quelque difticulté à identifier toute une série de lettres en français, lettre» très alïectueuses et très

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