‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 17 sur 39 · XLII PREFACE · texte numérisé non relu

XLII PREFACE

tion, comme un maître d'hôlel le rend à son maître avant de disparaître. Quant à mon avenir, je n'ai jamais voulu m'en inquiéter en qualité de philosophe, car je n'en sais ,rien ; et, en qualité de chréliew, la foi doit croire sans raisonner, et la plus pure ^^ardc un profond silence. Je sais que j'ai existé, car j'ai senti ; et, le sentiment me donnant cette connaissance, je sais aussi que je n'existerai plus quand j'aurai cessé de sentir.

S'il m'arrive de sentir encore après ma mort, je ne douterai plus de rien ; mais je donnerai un démenti à tous ceux qui viendront me dire que je suis mort.

Mon histoire devant commencer par le fait le plus reculé que ma mémoire puisse me fournir, cile commencera à l'Age de huit ans et qiiulre mois. Avant cette époque, s'il est vrai que vivcre cogiiare est (i), je ne vivais pas encore, je végétais. La pensée de l'homme, ne consistant que dans les comparaisons faites pour examiner des rapports, ne peut pas précéder l'existence de la mémoire. L'organe qui lui est propre ne se développa dans ma tête que huit ans et quatre mois après ma naissance : ce fut alors que mon âme commcnt/a à être susceptible d'impressions. Comment une substance immatérielle, qui ne peutnec tangere nec tangi (2), peut recevoir des impressions est une chose qu'il n'est pas donné à l'homme d'expliquer.

Une philosophie consolante, d'accord avec la religion, prétend que la dépendance oià l'àme se trouve par rap- |*ort aux sens et aux organes n'est que fortuite et passagère, et qu'elle sera libre et heureuse quand la mort du corps l'aura alîVanchie de cette dépendance tyrannique. C'est fort beau ; mais sans la religion, quelle assurance

(1) Vivre, c'est penser.

(2) Ni toucher ni (ilre touchée.

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