PRÉFACE XLIII
en aurions-nous ? Ne pouvant donc, par mes propres lumières, me trouver dans la certiinde parfaite d'être immortel qu'après avoir cessé de vivre, on me pardonnera de n'être pas pressé de parvenir à la connaissance de cette vérité ; car une connaissance qui coûte la vie me semble coûter trop cher. En attendant j'adore Dieu, m'inlerdisant toute action injuste, et j'abhorre les raé-, chants, toutefois sans leur" faire de mal. Il me suffit de m'abstenir de leur faire du bien, persuadé qu'il ne faut point nourrir les serpents.
Obligé de dire aussi quelque chose sur mon tempérament et sur mon caractère, le plus indulgent entre mes lecteurs ne sera ni le moins honnête ni le plus dépourvu d'esprit.
J'ai eu successivement tous les tempéraments : le pituiteux dans mon enfance, le sanguin dans ma jeunesse, plus tard le bilieux, et j'ai enfin le mélancolique qui, probablement, ne me quittera plus. Conformant ma nourriture à ma constitution, j'ai toujours joui d'une bonne santé ; et ayant appris de bonne heure que ce qui l'altère est toujours l'excès, soit de nourriture, soit d'abstinence, je n^ai jamais eu d'autre médecin que moi-même. Je dois dire ici que j'ai trouvé l'excès en moins bien plus dangereux que l'excès en plus ; car, si ce dernier donne une indigestion, l'autre donne la mort.
Aujourd'hui, vieux comme je le suis, j'ai besoin, malgré la bonté de mon estomac, de ne faire qu'un repas par jour ; mais ce qui me dédommage de cette privation est le doux sommeil, et la facilité avec laquelle je mets mes raisonnements par écrit sans avoir besoin de paradoxes ni de sophismes, plus faits pour me tromper moi-même que mes lecteurs, car je ne pourrais jamais me déterminer à