‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 19 sur 39 · XI. IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XI. IV PRÉFACE

Iciiî- (loiîMor (Je la fn i.sse monnaie, si je la reconnais pour telle.

Le lenipéramenl sanguin me rendit très sensible aux attraits de la volupté; j'étais toujom's joyeux et toujours «lisposé h passer d'une jouissance à une jouissance nouvelle, en incarne temps que j'étais fort ingénieux à en inventer. C'est de là ([ue me vint sans doute mon inclination à faire de nouvelles connaissances et ma grande facilité à les rompre, quoique toujours avec connaissance de cause el, jamais par pure légèreté. Les défauts du lempéramenl sont incorrigibles, parce (pie le leuipérament est indéj)endant de nos forces ; il n'en est pas de même du caractèie. Ce qui constitue le caractère est l'esprit et le c(XMir; le tempérament n'y entre presque pour rien ; aussi dépend-il de l'éducation, et par conséquent il est susceptible de correction et de réforme.

Je laisse à d'autres à décider s'il est boa ou mauvais; mais, tel qu'il est, il se {leint sur ma physionomie, et tout connaisseur peut facilement l'y saisir. Ce n'est que là que le caractère est un objet accessible à la vue ; c'est là tton siège. Observons que les hommes qui n'ont point de physionomie — et le nombre en est fort grand — n'ont pas non plus ce qu'on appelle un caractère ; et tirons de là cette règle que la diversité des physionomies est égale à celle des caractères.

Ayant reconnu que dans tout le cours de ma vie j'ai plus agi par l'impulsion du sentii7ieut que par l'eflet de mes réllexioiis, j'ai cru leconnaîli'e (jue ma conduite a plus dépendu de mon caractère que de mon esprit, habituellement en guerre entre eux, et dans leurs chocs continuels je ne me suis jamais trouvé assez d'esprit pour mon caractère, ou assez de caractère pour mon esprit. Mais

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brii^ons là-dessus, car, s'il est vrai de dire : Si brevis t'.s.se

volo, obscurus fio (i), je crois que, sans blesser la raodes-

le, je puis m'appliquer ces mots de mon cher Virgile :

Nec sum adeo informis : nuper me in littore vidi Cum ylacidum ventis staret mare (2).

Cultiver le plaisir des sens fut toujours ma principale id'iaire : je n'en eus jamais de plus importante. Me sentant lié pour le beau sexe, je l'ai toujours aimé et m'en suis fait jiimer tant que j'ai pu. J'ai aussi aimé la bonne chère avec transport, et j'ai toujours été passionné pour tous les objets qui ont excité ma curiosité.

J'ai eu des amis qui m'ont fait du bien, et le bonheur de pouvoir en toute occasion leur donner des preuves de ma reconnaissance. J'ai, eu aussi de détestables ennemis qui m'ont persécuté, et que je n'ai pas exterminés parce qu'il n'a pas été en mon pouvoir de le faire. Je ne leur eusse jamais pardonné, si je n'eusse oublié le mal qu'ils m'ont fait. L'homme qui oublie une injure ne la pardonne pas, iU'oublio; carie pardon part d'un sentiment héroïque, d'un cœur noble, d'un esjjrit généreux, tandis que l'oubli vient d'une faiblesse de mémoire, ou d'une douce nonchalance, amie d'une ùme pacifique, et souvent d'un besoin de calme et de tranquillité; car la haine, à la long^ue, tue le malheureux qui se plaît à la nourrir.

Si l'on me nomme sensuel, on aura tort, car la force do mes sens ne m'a jamais fait négliger mes devoirs quand

(1) Si je veux être bref, je deviens obscur.

(2) Je ne suis pas si laid, si diîroiine ; je me suis vu dernièrement sur le rivage pendant que la mer était caime.

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