‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 27 sur 39 · Morphi regardait attentivement son maître et souriait · texte numérisé non relu

Morphi regardait attentivement son maître et souriait

« De quoi ris-tu ?

— Je ris de ce que vous ressemblez à un écu de six francs comme deux gouttes d'eau. »

Cette naïveté fit partir le monarque d'un grand éclat de rire, et il lui dit si elle voulait rester à 'Versailles. « Cela dépend ue ma sœur, » dit la petite. Mais cette sœur s'empressa de dire au roi qu'elle ne désirait pas de plus grand bonheur. Le roi les enferma de nouveau et partit; mais, un quart d'heure après, Saint-Quintin vint les prendre, mit la petite dans un appartement entre les mains d'une femme et alla avec la sœur aînée rejoindre le peintre allemand, auquel il donna cinquante louis pour le portrait et rien à la Morphi. Il prit seulement son adresse, en l'assurant qu'elle aurait de ses nouvelles. Elle eut en effet mille louis dès le lendemain. Le bon Allemand me donna vingt-cinq louis pour mon portrait en me promettant de me copier avec le plus grand soin celui qu'avait Patu. Il m'offrit également de me faire gratis celui de toutes les filles qui m'en feraient venir l'envie (i).

(1) Le 30 mars 1753, d'Argenson constate que « le Roi a présentement pour concubine une petite fille de quatorze an? qui servait de

J'eus un véritable plaisir à voir la joie ue cette bonne Flamande en contemplant les cinq cents doubles louis qu'on

modèle à Boucher peintre ». Le l""^ avril il conte le marché passé par Lebel, Je premier valet de chambre du roi, avec là dârtle Morli, laquelle a reçu mille écus. « La petite fille aune jolie maison au Paie aux Cerfs, une gouvernante, une femme de chambre, une cuisinière et deux laquais. » D'Argenson ne paraît pas très bien renseigné sur l'âge de la jeune favorite : du 30 mars au 8 avril, il lui donne quatôrie ans et demi d'abord, puis seize ans. La petite Morli, qui marquait de l'esprit et disait au Roi des choses tournées et galantes, faillit être maîtresse déclarée : la Pompadour le redouta Un instant. Elle parvint à avoir un appartement au château, au-dessus de celui du premier valet de chambre. Pendant les séjours à Bellevue, chez la marquise, le Roi voyait chaque jour Mlle Morfi. Le 18 décembre 1753, d'Argenson annoncé que la demoiselle Morfi est grosse de quatre mois, et quelques semaines plus lard, on n'attend plus que son accouchement pour la déclarer maitresse en litre et renvoyer la marquise. « Cela n'empêche pas que le Roi n'ait encore une troisième maîtresse qui est très cachée dans ses appartements. »

Au mois de mai 1754, la petite Morfi accouche d'un garçon, la marquise s'offre pour l'élever et lui inspirer des sentiments convenables et dignes de son auguste naissance, à l'exemple de l'illustre Mme de Maintenon ; mais sa proposition dut être rejetée. Au reste, pendant que la petite Morfi était en couches, le roi a pris « une seconde petite beauté », peut-être même la jeune sœur de Morfi, âgée de dix-sept ans, peut-être la fiîle d'une coilfeuse, (î[uè l'on disait très jolie, peut-être encore toutes lés deux... et beaucoup d'autres. Enfin il marie Mlle Morfi à un homme de qualité (dont on ne dit pas le nom), parent de M. de Soubise. « On lui a donné 200.000 livres en argent, 1000 livres en bijoux et 1000 louis pour frais de noces. On lui enjoignit à quatre heuirs du matin de partir pour Paris, et y fut conduite : là elle reçut Tordre imprévu de se marier, et il fallut bien obéir ; aussitôt après son maria^;e, on la fit partir pour ia province de son mari. Le Roi s'est chargé de l'enfant qu'il a eu d'elle. » (28 décembre 1755.)

(Quelques jours plus tard il se confirme que le mari delà demoiselle Morfi est un aide-major d infanterie du régiment de Beauvoisis nommé d'Ayat, « pauvre gentilhomme d'Auvergne, qui a à lui et à sa mère huit cents livres de rente en une gentilhommière au pied des montagnes ».

lui avait donnés. Se voyant riche et me considérant comme l'auteur de sa fortune, elle ne savait comment m' exprimer sa reconnaissance.

La jeune et belle 0-Morphi, car le roi l'appela toujours ainsi, plut au monarque plus encore par sa naïveté et ses gentillesses que par sa rare beauté, la plus régulière que je me souvienne d'avoir jamais vue. Il la mit dans un appartement de son Parc-aux-Cerf s, véritable harem de ce monarque voluptueux, el où personne ne pouvait aller, à l'exception des clames présentées à la cour. Au bout d'un an, la petite accoucha d'un iîls qui alla comme tant d'autres on ne sait où; car aussi longtemps que vécut la reine Marie, on ne sut jamais où passèrent les enfants naturels de Louis XV.

0-Morphi fut disgraciée au bout de trois ans ; mais le roi, en la renvoyant, lui fît donner quatre cent mille francs qu'elle porta en dota un ofticier breton. En 1788, me trouvant à Fontaineblau, je fis la connaissance d'un charmant jeune homme de vingt-cinq ans, fruit de ce mariage et

D'après des notes manuscrites du généalogiste Chérin, « Jacques de Ëeaufranchiet, seigneur d'Ayat, Beauniont, Grandmonl, et autre;» lieux, âgé de vingt-quatre ans et demi, capitaine aide-major au régiment de Beauvoisis, épousa, par contrat passé au Châtelet de Paris, le 25 novembre 1755, Marie-Louise Morphy de Boisfailiy, demoiselle, âgée de dix-huit ant-, fille de feu Daniel Morphy de Boisfailiy, gentilhomme irlandais, mort à Paris, le 4 juin 1753, et de dame Hicky, sa veuve. Parmi les témoins du mariage figurent le prince de Soubise et le marquis de Lugeac.

- M. D'Ayat, alors aide-major général à l'armée du Bas-Rhin, fut tué à Rosbach, le 5 novembre 1757. Sa veuve se rémaria à François^-rsicolas Lehormant, chevalier, seigneur de Flagheac, receveur générai du vingtième de la ville de Paris.

a Une note généalogique rattachant les Morphy aux O' Muqihy d'Irlande est jointe à ce document. »

Voir Journal el Mémoires du Marquis d' Aryenson, 7 janvier 1756. Edition de Paris, 1867.

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véritable poilrait de sa mère, dont il ignorait absolument riiisloire et que je ne crus pas devoir lui apprendre. J'inscrivis mon nom sur ses tablettes, en le priant défaire mes compliments à Mme sa mère.

Une méchanceté de Mme de Valentinois, belle-sœur du prince de Monaco, fut cause de la disgrâce de la belle 0-Morphi. Cette dame, fort connue à Paris, dit un jour à cette jeune personne que pour bien faire rire le roi elle n'avait qu'à lui demander comment il traitait sa vieille femme. Trop simple pour deviner le piège, la jeune personne fit au roi celte impertinente question : mais Louis XV, indigné, lui lança un regard furieux et lui dit : « Malheureuse ! qui vous a instruite à me faire cette demande ? » La pauvre 0-Morphi, plus morte que vive, se jeta à genoux et lui dit la vérité.

Le roi la quitta et ne la revit plus. La comtesse de Valentinois ne reparut à la cour que deux ans après. Ce prince, qui savait fort bien tous les torts qu'il avait envers sa femme comme mari, ne voulait pas en avoir comme roi ; et malheur à qui s'oubliait envers la reine.

A peu près vers le même temps, le comte de Melfort, colonel du régiment d'Orléans, me fit prier par Camille, sœur de Coraline que je ne voyais plus, de répondre à deux questions par le moyen de ma cabale. Je fais deux réponses fort obscures, mais qui disaient beaucoup ; je les cacheté et les remets à Camille, qui me prie le lendemain d'aller avec elle dans un endroit qu'elle ne peut pas me nommer. Je la suis; elle me mène au Palais-Royal, où, ])ar un petit escalier, elle me conduit dans l'appartement de Mme la Duchesse de Chartres (i). J'attends environ

(1) Louise-Henrielle de Bourbon-Conli, née le 20 juin 1726, épousa le duc de Chartres îe 9 décembre 1743. « La princesse de Conti, de-

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