MARIE LECZINSKA
d'aI'RKS LK portrait de KARL VAN I.O<^ (Mii^,-e du I.oir.re.)
un quart d'heure, la duchesse vient et fait cent caresses à Camille pour la remercier de m'avoir amené. M'adressant ensuite la pai'ole,.elle me dit d'un air noble, mais très gracieux, toutes les difficultés qu'elle trouvait dans les réponses que j'avais faites et qu'elle tenait à la main. Je témoignai dabord quelque embarras que les questions fussent de Son Altesse; ensuite je lui dis que je savais faire la cabale, mais que je n'avais pas le don de l'interpréter ; qu'il fallait qu'elle eût la bonté de fair'^, de nouvelles questions propres à rendre les réponses plus claires. Elle se mit à écrire tout ce qu'elle n'entendait pas et tout ce qu'elle voulait savoir.
« Madame, il faut que vous vous donniez la peine de séparer les questions, car l'oracle cabalistique ne répond pas à deux choses à la fois.
— Eh bien, me dit-elle, faites les questions vous-même.
— Votre Altesse me pardonnera, mais tout doit être écrit de sa propre main. Imaginez-vous, madame, que vous parlez à une intelligence qui connaît tous vos secrets. »
venue duchesse de Chartres, grande p... gouvernant son mari », ainsi la présente d'Argenson (5 octobre 1747). Le 21 novembre 1748, il constate que le divorce du duc de Chartres et de la duchesse est complet de fait. Ils font lit à part, « et chacun procède à ses plaisirs particuliers de son côté. Un an plus tard, « la duchesse est trouvée grosse; on a engagé son époux à couvrir cette œuvre de quelques nuits avec elle pour se croire l'auteur d'un ouvrage déjà complet. »
L'amant le plus cher de la duchesse fut Louis-Hector, comte de Drummond-Melford, lieutenant général au service de France, « le jeune Melfort » disait-on, au sujet duquel avaient lieu de fréquentes scènes de ménage.
Dès 1754, d'Argenson constate, que la duchesse atteinte de la petite vérole," a le sang corrompu par l'amour des excès en toutes choses, par les veilles, les ragoûts singuliers à l'esprit de vin ».
Elle mounit 1« 8 février ITSS, ûa^e cl« tf«nl«-dâiix ans,
9g LA COUR ET LA VILLE SOUS LOUIS XV
Elle se mit à écrire et fit sept à huit questions. Elle les lit avec attention, et me dit avec une expression noble et confiante :
« Monsieur, je voudrais être sûre que personne que vous ne saura jamais ce que je viens d'écrire.
— Madame peut compter sur mon honneur. »
Je les lis avec attention, et je vois que son désir est raisonnable : je juge même qu'en mettant ces questions dans ma poche, je cours risque de les perdre et de me compromettre.
« Il ne me faut, madame, que trois heures pour faire ce travail, et je veux que Votre Altesse soit tranquille. Si elle a affaire, elle peut me laisser seul ici, pourvu que personne ne vienne m'interrompre. Dès que j'aurai fini, je mettrai tout sous cachet; que Votre Altesse daigne me dire à qui je devrai le remettre.
— A moi-même ou à Mme de Polignac, si vous la connaissez.
— Oui, madame, j'ai l'honneur de la connaître. «
La duchesse me remit un petit briquet pour allumer une bougie, et s'en alla avec Camille. Je restai seul enfermé à la clef, et trois heures après, comme je venais de finir, Mme de Polignac vint prendre le paquet, et je m'en allai.
La duchesse de Chartres, fille du prince de Conli, avait vingt-six ans. Elle était remplie de cette sorte d'esprit qui rend une femme adorable. Elle était vive, sans préjugés, gaie, disant des bons mots, aimant la plaisanterie et le plaisir qu'elle préférait à une longue vie. Courte et bonne sont des mots qu'elle avait toujours sur le bout de la langue. Elle était en outre bonne, générerusc, patiente, tolérante et constante dans tous ses goûts. Elle était jolie,
mais elle se tenait mal, et se moquait de Marcel, maître de grâces, qui voulait l'en corriger. Elle dansait la tête penchée en avant el les pieds en dedans ; et malgré cela elle clait charmante. >îalheureusement elle avait sur la figure (Jes boutons qui lui nuisaient beaucoup. On croyait que cela venait du foie, mais c'était un vice dans le sang qui finit par-lui donner la mort, qu'elle brava jusqu'au dernier instant de sa vie.
Les questions qu'elle soumit à mon oracle avaient pour objet des atîaires qui regardaient son cœur : entre autres choses aussi elle voulait savoir comment faire disparaître les petites bubes qui la défiguraient. Mes oracles étaient ol)Scurs dans tout ce dont j'ignorais les circonstances, mais ils étaient clairs sur ce qui regardait sa maladie, et ce fut ce qui les rendit chers et nécessaires.
Le lendemain après-dîner, Camille m'écrivit un billet, comme je m'y attendais, me priant de tout quitter pour être à cinq heures au Palais- Royal dans le même cabinet où elle m'avait laissé la veille. Je n'y manquai pas. Un vieux vaiet de chambre qui m'attendait partit à l'instant, et cinq minutes après je vis paraître la charmante princesse. Après un compliment plein de grâce, elle tire de sa poche toutes mes réponses et me demande si j'avais des aliaires,
« Votre Altesse peut être sûre que je n'en aurai jamais de plus pressées que de la servir.
— Fort bien : je ne sortirai pas non plus, et nous travaillerons. »
Là-dessus elle me montre toutes les questions qu'elle avait déjà faites sur divers sujets, et particulièrement sur le remède pour faire disparaître ses bubeg. Ce qui lui avait rendu mou oracle précieux était une chose que personne
ne pouvait savoir. J'avais conjecturé et deviné : si je n'avais pas deviné, c'eût été égal.
J'avais eu la iiiérae indisposition, et j'étais assez physicien pour savoir qu'une guérison forcée d'une maladie cutanée par des topiques aurait pu lui donner la mort.
J'avais déjà répondu qu'elle ne pouvait guérir en moins de huit jours de l'apparence de la maladie sur le visage, et qu'il lui fallait un an de régime pour la guérir radicalement.
Nous passâmes trois heures pour savoir tout ce quelle devait faire, et curieuse de la science de l'oracle, elle se soumit à tout : huit jours nprès, toutes ces vilaines bubes avaient disparu.
J'eus soin de la purger doucement chaque jour : je lui prescrivis ce qu'elle devait manger, et je lui défendis tous les cosmétiques, lui ordonnant seulement de se laver soir et matin avec de l'eau de planlin. L'oracle modeste ordonna à la princesse de faire les njêmes ablutions partout où elle voudrait éprouver les mômes effets, et la princesse obéit.
J'allai exprès à l'Opéra le jour où la duchesse y parut avec une peau lisse et vermeille. Après l'Opéra, elle alla se promener dans la grande allée du Palais-Royal, suivie de ses premières dames et fêtée de tout le monde. Elle m'aperçut et m'honora d'un sourire. J'étais vraiment heureux. Camille, M. de Melfort et Mme de Polignac étaient les seuls qui sussent que j'étais l'oracle de la princesse, et ^«î jouissais du succès. Mais le lendemain quelques bou-
ns reparurent sur le beau teint de celle charmanle iemme, et vite ordre de me rendre au Palais-Royal.
Le vieux valet de chambre, qui ne méconnaissait pas, me fit entrer dtàna un boudoir délicieux près d'un cabinet
OÙ il y avait une baignoire. La duchesse vint bientôt, ayant i'air un peu triste, car elle avait de petits boutons sur le front et sur le menton. Elle tenait à la main une question pour mon oracle, et comme elle était courte, je voulus lui procurer le plaisir de lui faire trouver la réponse à ellemême. Les nombres traduits par la princesse lui reprochèrent d'avoir transgressé le régime prescrit, et elle convint qu'elle avait bu des liqueurs et mangé du jambon ; mais elle était émerveillée d'avoir trouvé cette réponse, ne concevant pas comment elle avait pu résulter d'une pile de nombres. '■
Dans ces entrefaites, une de ses femmes étant venue lui dire un mot à l'oreille, elle lui dit d'attendre un instant dehors : ensuite, se tournant vers moi : « Vous ne serez pas fâché, monsieur, dit-elle, de voir ici quelqu'un de vos amis aussi délicat que discret. » En disant cela, el.'e se dépêche de mettre dans sa poche tous les papiers qui n'avaient point rapport à sa maladie, puis elle appelle.
Je vois entrer un homme que je pris à la lettre pour un garçon d'écurie : c'était M. de Melfort. « Voyez, lui dit la princesse, M. de Casanova m'a appris à faire la cabale. » Et en même temps elle lui montre la réponse qu'elle avait tirée»
Le comte ne le croyait pas.
« Allons, me dit-elle, il faut le convaincre : que voulezvous que je demande?
— Tout ce que Votre Altesse voudra. »
Elle pense un instant et tirant de sa poche une petite boite d'ivoire, elle écrit : « Dis-moi pourquoi cette pommade ne me fait plus aucun effet ? »
Elle fait la pyramide, les colonnes et les clefs comme jo le lui avais enseigné, et prête à faire la réponse, je lui ap-
prends à faire des additions, des soustractions, qui paraissaient sortir des nombres et qui pourtant n'étaient qu'arbitraires; ensuite je lui dis d'interpréter les nombres en lettres et je sors, faisant semblant d'avoir quelque besoin. Je rentre lorsque je crois que sa traduction peut être achevée, et je trouve la princesse dans le plus grand étonnement.
« Ah ! monsieur, quelle réponse I
— Fausse, peut-être ; mais, madame, cela peut arriver.
— Fausse, monsieur? divine! La voici : « Elle n'a de « force que sur la peau d'une femme qui n'a pas engen- « dré. »
— Je ne trouve point cette réponse-là étonnante, madame.
— Je le crois, monsieur, mais c'est parce que vous ne savez pas que cette pommade est celle que l'abbé de Brosses me donna il y a cinq ans et qui olors me guérit : c'était dix mois avant que j'accouchasse du duc de Montpensier. Je donnerais tout au monde pour apprendre à faire par moi-même cette sublime cabale.
— Comment, dit le comte, c'est cette pommade dont je sais l'histoire ?
— Précisément.
— C'est surprenant.
— Je A'oudrais encore faire une question qui regarde une femme dont je ne voudrais pas dire le nom.
— Dites : la femme que j'ai dans ma pensée. » Alors elle posa cette question : « Quelle est la maladie
de cette femme ? » Elle fait l'opération, et je lui fais obtenir pour réponse : « Elle veut en imposer à son mari. » Pour le coup, la duchesse jeta les hauts cris. Il était fort tard, et je me disposais à partir, quand M. de
Melfort, qui parlait à Son Altesse, me dit que nous sortirions ensemble. Nous sortîmes en effet, et il me dit que la réponse cabalistique sur la pommade était vraiment étonnante. Eu voici l'histoire :
« Mme la duchesse, jolie comme vous la voyez, avait la figure si chargée de boutons que le duc dégoûté n'avait pas la force de l'approcher maritalement : aussi la pauvre princesse languissait-elle dans l'inutile désir d'être mère. L'abbé de Brosses la guérit au moyen de cette pommade, et, son beau visage uni comme un satin, elle se rendit r ia loge de la reine au Théâtre-Français. Le duc de Chartres, sans savoir que sa femme fût au spectacle, où elle n'allait que rarement, se trouvait en face, dans la loge du roi. Sans reconnaître la duchesse, il la trouve belle et s'informe qui c'est ; on le lui dit, mais, n'en croyant rien, il sort de la loge du roi, se rend auprès de sa femme, lui fait compliment, et la même nuit il lui fit annoncer sa visite. Il en est résulté q«e neuf mois après Mme la duchesse mit au monde le duc de Montpensier, qui maintenant a cinq ans et qui se porte fort bien. Pendant sa grossesse la duchesse continua d'avoir un beau visage ; mais dès qu'elle fut accouchée, les boutons revinrent et la pommade est demeurée sans effet. »
En achevant son récit, le comte tira de sa poche une boîte en écaille avec le portrait très ressemblant de la duchesse, et me dit :
« Son Altesse vous prie d'accepter son portrait et si vous voulez le faire monter, elle vous prie de vous servir de ceci. »
C'était un rouleau de cent louis. Je reçus la boîte et les cent louis en priant le comte d exprimer toule ma reconnaissance à Son Altesse. Je n'ai jamais fait monter le
portrait, car alors j'avais besoin d'argent pour autre chose.
Dans la suite, la duchesse me fit plusieurs fois l'honneur de me faire appeler; mais il ne fut plus question de la guérir : elle était incapable d'observer le régime nécessaire. Elle me faisait quelquefois passer cinq ou six heures à l'ouvrage, tantôt dans un coin, tantôt dans un autre, venant, sortant et me faisant donner à dîner ou à souper par le bon vieux valet de chambre qui n'ouvrait jamais la bouche.
La cabale ne roulait que sur des afîaires secrètes qu'elle était curieuse de connaître, et souvent elle trouvait des vérités que j'ignorais moi-même. Elle désirait que je lui apprisse à la faire ; mais jamais elle ne me pressa ; seulement elle me fit dire par M. de Melfort que si je voulais lui apprendre mon secret, elle me ferait avoir un emploi qui me vaudrait vingt-cinq mille francs de rente. Hélas ! la chose était impossible. Je l'aimais à la folie, mais jamais je ne me permis de lui en faire rien apercevoir ; mon amour-propre fut le correctif de mon amour. Je craignais que sa fierté ne m'humiliât : et peut-être eus-je tort. Ce que je sais, c'est que je me repens encore d'avoir écouté une sotte crainte. Il est vrai que je jouissais de plusieurs privilèges dont, peut-être, elle m'aurait privé si elle avait connu mon amour.
Un jour elle voulut que ma cabale lui dît si on pouvait guérir un cancer que Mme de la Popelinière avait au sein, et j'eus le caprice de lui faire réponse que cette dame n'avait point de cancer, et qu'elle se portait fort bien.
*< Comment, s'écria-t-elle, mais tout Paris le croit et elle fait consultation sur consultation. Cependant j'en crois ^a cabale. »
Ayant vu à la cour le duc de Richelieu, elle lui dit
qu'elle était sûre que Mme de la Popelinière n'était point malade. Le maréchal, qui était du secret, lui dit qu'elle se trompait, mais elle lui proposa une g-ageure de cent mille francs. Je tremblai quand la duchesse me conla cela.
« A-t-il accepté? lui dis-je avec anxiété.
— Non ; cela l'a étonné ; et vous savez qu'il doit le savoir. «
A trois ou quatre jours de là, elle me dit d'un air triomphant que M. de Richelieu lui avait avoué que ce prétendu cancer n'élait qu'une ruse pour exciter la pitié de son mari avec lequel elle avait envie de retourner ; elle ajouta que le maréchal lui avait dit qu'il payerait volontiers mille louis pour savoir comment elle avait découvert la vérité.
« Si vous voulez les gagner, me dit-elle, je lui dirai tout.
— Non, non, madame, je vous en 9Ui:iplie. »
J'eus peur d'une attrape. Je connaissais la tète du maréchal et l'aventure du trou dans la paroi par où ce seigneur s'introduisait chez cette dame, était connue de tout Paris; et M. de la Popelinière même avait contribué à rendre la chose publique en refusant de revoir sa femme, à laquelle il faisait une rente de douze mille francs par an.
Mme la duchesse de Chartres avait fait des couplets charmants sur cet événement ; mais personne ne les avait connus hors de sa coterie, à l'exception du roi, qui l'aimait beaucoup, quoiqu'elle lui lançât souvent des brocards. Un jour, par exemple, elle lui demanda s'il était vrai que le roi de Prusse dût venir à Paris. Louis XV lui ayant répondu que ce bruit n'était qu'un conte en l'air : « J'en suis
bien fâchée,liiidit-elle,car je meurs d'envie de voir un roi. »
Mon frère, qui avait fait plusieurs tableaux, se détermina à en présenter un à M. de Marigni, et un beau matin nous nous rendîmes chez ce seigneur, qui demeurait au Louvre où tous les artistes allaient lui faire leur cour. Nous nous trouvâmes dans une salle contiguë à son appartement, où, étant arrivés les premiers, nous attendions qu'il sortît. Le tableau était exposé ; c'était une bataille dans le goût de Bourguignon.
La première personne qui vient s'arrête devant le tableau, le considère attentivement et s'en éloigne en se disant à lui-même : « C'est mauvais. » Un moment après, deux autres personnes arrivent, examinent le tableau, se mettent à rire et disent : « Voilà l'ouvrage d'un écolier. » Je lorgnais mon frère assis auprès de moi : il suait sang et eau. Eu moins d'un quart d'heure la salle fut remplie de monde, et le misérable tableau était l'objet des railleries de chacun. Mon pauvre frère se sentait mourir et remerciait Dieu de n'être connu de personne.
Comme la situation de son âme me faisait pitié, je me levai pour passer dans une autre salle, et je lui dis pour le consoler que M. de Marigni allait venir et qu'en trouvant son tableau bien fait, il le vengerait des outrages de tout le monde. Heureusement cet avis ne fut pas le sien, et vite nous sortons, et, montant dans un fiacre, nous nous rendons chez nous, ordonnant à notre domestique d'aller reprendre le tableau. Dès que le pauvre tableau fut à la maison, mon frère en fit une bataille véritable, car il le perça de vingt coups d'épée. Il prit la résolution d'arranger de suite ses affaires, de quitter Paris et d'aller ailleurs étudier un art dont il était idolâtre : nous décidâmes de nous rendre à Dresde.
Deux ou trois jours avant de quitter le charmant séjour de Paris, jedînai seul chez le suisse de la porte des Feuillants aux Tuileries ; ii s'appelait Condé. Après dîner, sa femme, assez jolie, me présenta la carte, où chaque article était porté au double de sa valeur. Je le lui fis observer, mais elle me dit d'un ton assez sec qu'il n'y avait pas un liard à rabattre. Je payai, mais comme la cad'te était quittancée au bas par ces mots : « Femme Condé, «je pris la plumeet j'ajoutais après le nom Condé-Labré^ et je sortis en lui laissant la carte.
Je me promenais dans une allée, sans plus penser à mon écorcheuse,lorsqu'unpetil homme, coiffé àl'oiseau royal (i), ayant à sa boutonnière un énorme bouquet et portant à son côté une longue flamberge, m'aborde d'un air insolent et me dit sans autre préambule qu'il avait envie de me couper la gorge.
« Petit bout d'homme ! ce serait donc en montant sur un tabouret. Moi, je vous couperai les oreilles.
— Sacrebleu, monsieur !
— Point de colère de manant : vous n'avez qu'à me suivre ; votre affaire ne sera pas longue. »
Je me dirige à grands pas vers FÉtoile où, ne voyant personne, je lui demande brusquement ce qu'il voulait et la raison qu'il avait de m'attaquer.
« Je suis le chevalier de Talvis. Vous avez insulté une honnête femme que je protège ; dégainez. »
En disant ces mots, il tire sa longue épée ; je tire la mienne, et en me mettant en garde je me fends sur lui et je le blesse à la poitrine.
11 saute en arrière ens'écriantque je l'ai blessé en traître.
(1) Petit chapeau sur roreille.
« Tu mens, faquin, et conviens-en, ou je le passe mon épée à travers le corps.
— Point du tout, car je suis blessé; mais je vous demanderai ma revanche et nous ferons juger le coup.
— Mauvais ferrailleur, si tu n'es pas content, je te couperai les oreilles. »
Je le laissai là, persuadé que mon coup était en règle {puisqu'il avait mis 1 epée à la main avant moi ; et s'il ne se couvrit pas de suite, ce n'était pas à moi à l'en faire souvenir.
Vers la mi-août, je quittai Paris avec mon frère. J'avais habité cette ville par excellence pendant deux ans ; j'y avais eu beaucoup de plaisirs, et nul autre désagrément que celui de me trouver parfois un peu court d'argent.