‹ La cour & la ville sous Louis XVChapitre 7 sur 39 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Casanova n'y tient plus et tremble d'avoir le même sort, s'il accepte une pareille plaoe. Sans plus de réflexion, il s'esquive, et quand le roi se retourne pour la lui proposer, il ne le trouve plus. Il quitte Berlin en faisant dire au roi qu'il n'aime pas plus les prisons delà Prusse que les plombs de Venise (1). >

De Prusse, il passe en Russie.

Arrivé à Pétersbourg, dit le prince de Ligne, coinmeil arrivait partout, sans autre but que la volonté de faire fortune : « Je serai peut-être, se dit-il, attaché à la cour de Catherine, son bibliothécaire, son amant, son secrétaire ou son agent à quelque cour, peut-être précepteur de quelque grand seigneur. Pourquoi non ? »

« A la fin d'un de ces jours méridionaux des régions boréales, nne de ces nuits où il ne fait pas nuit, la grande impératrice, qui eut quatre-vingt-deux amants avoués, sans compter les fantaisies, Catherine II enfin, se promenant avec sa cour à son jardin d'été, aperçoit une figure et une tenue assez extraordinaires, italiennes, à ce qu'elle juge, et devine à sa mine être celui dont elle avait vu le nom dans le rapport de la garde de la police.

Casanova regardait une statue d'un air moqueur.

« Elle ne vous plaît pas, monsieur?

— Non, madame, elle est sans proportion.

— C'est une nymphe.

— Elle n'en a pas la taille, madame ; et quelle nymphe ? il n'y a point d'attribut.

— N'ètes-vous pas le frère du peintre ?

— Oui, madame ; comment Votre Majesté le sait-elle ? et comment connaît-elle ce barbouilleur t

— Il a du génie, monsieur ; j'en fais cas.

— Oui, madame, du feu plutôt, du coloris, de l'effet et quelque belle ordonnance; mais le dessin et le fini ne sont pas son fort.

— Avez-vous vu cette petite maison de bois, la première de Pétersbourg, bâtie par Pierre l'' ?

— Oui, madame ; il aurait dû aller en italie, plutôt qu'eu France. »

« L'impératrice passa son chemin et rit des réponses de l'homme

(1) Mémoires du prince de Ligne, t. IV, p. 3 et suiv.

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