SONNETS ROMANTIQUES
A M. Daniel de Venancoart.
J'évoque la Bagdad des mille et une nuiu, Paris noir de brume ! et je me remémore Le Gulistan, Hafiz, Scher&zade et l'accord Du rossii^nol et de la rose épanouie.
Je songe au dromadaire, au sable, à Tripoli, A la blanche mosquée à genoux dans l'aurore, A Tiflis, à Tanger, par t'abseoce embellies, A Stamboul qu'euveloppe une poussiËre d'or.
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Lrïla s'aide, au bain, d'une esclave moresque. Un arceau de faïence, aux fines arabesques, S'ouvre sur un jardin de ^enadiers en fleurs.
Devant mes jeux charmés, nèçre, turque et persane, Aux vases bleus du temps, une gloire ne fane, Et la nuit des palmiers pétille de lueurs.
 M, Emile Blémont.
Comme un aspic dressé siffle la flûte ai^e.
Avec un peigne en diamants dans les cheveux, Impéria s'assied à la table de jeu.
Au jardin, pour Socrate, on cueille la ciguë.
Une ombre épouvantée a traversé la rue.
Sur la berge déserte éclate un coup de feu.
Tandis que l'enfant dort sur sa couche étendue, flolla jette à la vie un sarcastique adieu.
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Au quartier juif, dorant le fond de la ruelle, Un réverbère, doot la lumière chancelle, Tend sa potence hospitalière aux vagabonds.
Sapho chante. Sa plainte attriste le rivage.
Et la lune nous montre, en sortant des nuag«s, Le voile d'Opbélie arrêté dans les joncs.
LA NOUVELLE ARCADIE
Chante pour reiLaïuw l'Empire De l'Amour et de la BeauU.
H>ina !>■ cBABANa.
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LA NOUVELLE ARCADIE
Souvent dans l'être obscur habite an dieu caché
OÈtLAHa DE nBHVAL.
Il faut qae l'homme sache
Qu«, malRréla raiiiOD, eoas le ciel étoile.
Plus d'un secret se cache.
Mars a mis sa couronne au front des n Hippomëne, vainqueur d'Atalante à la course, Retentit d'oisillons, cependant qu'un ramier, Incliné, semble boire à l'urne de la « Source ».
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La vertu que je sers ne hait point le sourire, Les Orflces et les Jeux trouvent place à sa cour. C'est en persuadant qu'elle exerce l'Empire, Et c'est par volupté qu'elle écarte l'Amour.
Elle échauffe mon cceur en l'armant de Sagesse. Un bruit de baisers sonne au jardin endormi.
Je passe indifféreat. Je n'ai pas de mattresse. Mon rêve m'accompa^e. Il est mon seul ami.
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Voici le printemps ceiat de pâles violettes, Aux veines des amants il attise le feu, Sur les prés reUeuris il étend ses conquêtes. J'ai vu Sotter daas l'air son beau brodequin bleu.
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Eros, ton jeune éclat, rien ne le peut ternir, Et lorsque mon Ennui s'accoude aux paysages, J'aime à voir, tout doré des feux du Souvenir, Ton fantôme riant voltiger sous l'ombrage.
Tout prend Ion masque heureux. Je trouve dansles bl Comme dans tes cheveux, le même or qui ruisselle. L'ambition des fleurs est de te ressembler, Et le Ciel dans tes yeux puise son étincelle.
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Beauté, tu fléchis l'homme séditieux.
Toute rébellion le ramène à ta couche, Et l'effort du Génie à conquérir les deux, Par ordre du Destin, expire sur ta bouche !
uGooi^lc
SaÎDt-Cloud, découroDné du Faste impMal, Tu pleures ton château rentré dans la poussière, Mais l'Apollon du parc, droit sur son piédestal, Repousse toujours l'ombre avec son arc de pierre!
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Comme un jojau se multiplie en étincelles, Au gré de la lumière, k chaque mouvement, Daphné I tu fais naître une clarté nouvelle.
Et ta beauté me jette uo éblouissemcQt.
J'admire longuement, lorsque tu te reposes.
Tes cheveux révoltés contre un étroit réseau ; Ton sein, où se blottit l'aile d'un jeune oiseau, Réalise un espoir ébauché par les roses.
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1^ COVHONHB D
Tout Praxitèle éclate en ton noble maintien, Et sa Gloire revît dans ta g:rAce allongée.
Partageant le destin des villes submergées, Au fond de les jeux dort un idéal ancien.
Mai venait d'être élu le prince de l'année.
Lorsque tu m'apparus dans un cadre de fleurs. Et, pour éterniser cette heureuse journée, Je te sacre ces vers où respire mon cœur.
L'Aube ouvre de ses feux le brouillard passag^er; La falaise se dore et la mer étincelle ; Une écume à mes pieds meurt en frissons légers. Par ce matin d'Eté que la Nature est belle!
Tout montre la présence invisible d'un dieu.
Je bois l'ivresse même aux lèvres de l'Aurore. Des vers, déjà marqués d'un destin glorieux, Frémissent dans mon sein, impatients d'éclore.
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l50 LA COURONNB BIB JOURS
Audacieux oiseaux, mon désir conquérant Vous devance de l'aile à travers l'étendue, Et, vibrant eD mesure au moindre souffle errant, Je suis dans la lumière une harpe tendue.
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Poètes oubliés ! poètes inconnus !
Noire foule innombrable où n'alteinl pas la gloire. Ma main vous cherche au long' des quais tristes et n Et vous réclame, avide, aux verrous des arraoii-es.
J'en suis récompensé lorsqu'un beau vers soudain Rencontré me salue en sonnant sa fanfare, Et je sens tout l'orgueil de celui qui répare, A la face des dieux, l'injure du Destin.
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K COUROItHS DES Jl
O roses que l'Eonui triste a décolorées, lauriers laofi^issants résignés à mourir.
Que de fois, sous ma lampe, au déclin des soirées. Une larme de moi vous a fait refleurir I
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Luoe, assise au milieu de tremblantes vapeurs, ToQ regard curieux règne sur la campagne.
Tu blanchis les clochers d'une froide lueur, Et la mélancolie est ta sdre compagne.
Triste image de la tendresse dans la mort, A qui Sapho mourante a dédié sa Ijre, Tu dégages mon âme et ta clarté l'attire, Comme là brume et l'eau, d'un leut et sûr effort.
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En brouillard, avec loi, je flotte à l'empyrée. Et je viens caresser d'un rajon endormi, A la fois, !a mansarde où ma mie est cloîtrée Et la tombe où repose à présent mon ami.
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Je \e défie, Amour! chasseur industrieux,
Tes ruses, je m'emploie à les déjouer toutes, Mais ai Bacchus s'en mêle, alors c'est la déroute; Je ne suis pas de force à lutter contre deux.
Digiiir^df/Googlc
Berger, puisque les dieux l'ont prêté l'éloquence. Que t'importe la Parque hostile et ses fuseaux ? Ne dis point la Douleur, mais chante l'Espérance, Et que la seule Joie anime tes roseaux I
Fais passer dans tes chants la foi de la Jeunesse ; Verse l'enthouslesme à la froide Cité ; Aux choses communique un peu de ton ivresse; D'un mensonge de fleurs couvre leur nudltéi
Confesse ton Génie et tiens tête à l'orage ; Célèbre la clarté même abseateà tes yeux; Oppose un front tranquille au sort injurieux, Et du sourire fais le marque du courage.
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Jîeux! je vous apporte ud cœur de bonne foi.
Sachant que le chaos des vaines apparences Obéit à l'Idée et n'a pas d'autre Loi, Et que votre pouvoir en est la conséquence.
La bouche qui vous nie est la bouche qui ment. Le Verbe qui vous nomme est-il donc sans mérite? Et, pour vous affirmer, le meilleur arg^ument N'est-ce pas votre Imagée au fond de l'Homme inscrite ?
LL HOUVELLI ARCADII
Le Jeu de la Pensée explique l'Univers.
Vous êtes la Formule et le Destin des Choses. Apollon, ta Vertu s'atteste par mes vers !
Et ta g:loire, ô Cypris, respire dans les roses I
Mais quand vous ne seriez qu'un mirage trompeur. Je ne cesserais pas de vous marquer mou zèle. Car de ma Volonté naîtrait votre Valeur E^le au sentiment que je me forme d'Ëlle.
Muses t Je crois cd vous, recevez mes cantiques 1 Depuis que je suis né, je cultive le vœu De conquérir la Fleur qui pare vos cheveux, Et de rompre le nœud qui ferme vos tuniques.
C'est de voire seul feu que je suis consumé.
Docile à vos legons, je fais sonner l'écai lie ; J'en atteste Minerve au beau casque emplumé, Et Phœbus qui se cabre aux plafonds de Veraaillesl
Je vous atteste aussi Pao, l'honneur des jardios, Naïades, jeunes dieux couronnés de guirlandes 1 Qu'un autre vous rejette à la nuit des légendes, Vons vivez .' Je l'éprouve à raille émois soudains !
Lorsqu'en flots bouillonnaots l'orchestre se déchaîne, Votre Inia^e s'y dresse à la crêt«, et je sens Que vous me visitez si, dans l'ombre incertaine, La lumière dessine un torse adolescent.
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Le Poète, affranchi de l'Espace et du Temps, Habite chez les dieux. Sous le masque des chose 11 voit, parmi les bois qui couronnent l'étang, Se déployer te jeu de leurs métamorphoses.
Dans l'Avenue ombreuse ouverte sur le ciel, Artémis vient et tout tressaille à son approche, Depuis le chêne allier qui ruisselle de miel. Jusqu'à la fleur éclose à la fente des roches.
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Elle défait sa robe, écarte ses cheveux.
Et descend l'escalier qui mène à la riviËre;
Sa beauté s'auréole et jett« tant de feux
Que, par dessous, le toit des feuilles s'ea éclaire.
Ses nymphes, autour d'Eue, încliDaut de leurs mains Les branches, lui font comme un voile d'émeraude, Tandis qu'aux environs, pour déjouer la Fraude, Sa meute dispersée assure les chemins.
Ne viens pas dans ces lieux pour chercher aventure. Téméraire chasseurl ou, d'un mouvement prompt, Tu vas sentir pousser des cornes à ton front. Et tes flancs panteler d'une atroce n
Seul le PoËte, issu du sang noble des Dieux, Peut surprendre en secret Diane chasseresse, C'est pourquoi sur la Ijre, avec des soins pieux. J'entonne en son honneur un hymne d'allégresse.
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Assiste avec prudence au mjstèrc des bois.
Si ton pas trouble un dieu, garde qu'il s'en irrite. Ce galop, ce n'est point d'une bête aux abois, Mais d'une vierge avec un Faune à sa poursuite.
Ce que le batelier ramène en son filet, C'est l'éblouissemeut d'une naïade nue.
Un dos palpite avec sa ligne d'osselets Dans l'écorce du saule incliné sous la nue.
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Cette masse indécise et qui se dresse au loin, C'est Hercule purgeant l'espace à coups de flèches. Un centaure a passé. Caaidie, avec soin, Cueille les champignons parmi les feuilles sèches.
Ce n'est pas la citerne, avec ton blanc rayon Que tu argentés, Lune, au milieu de la plaine. Ni le troupeau couché, ni la fleur du troëne, C'est le front renversé du jeune Endymion.
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Au sein des bob s'opère ud miracle incessant. Tout y palpite et tout y parle son laog'age.
Si tu blesses la branche, il en coule du sang-; L'oiseau porte un oracle et la fleur un présage.
forêts! le bijou qu'exige votre écrin Verdoyant, c'est un corps affranchi de ses Et vous applaudissez quand Bacchis de ses Arrache sa tunique et la jett« aux étoiles.
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Tant d'ardeur bout en vous, tant de sève y frémit, Que rHamme sent partout le désir qui l'assiège ; Vous flattez chez le Sage un Satyre endormi, Et votre ombre est tendue à la façon d'un piège.
puissante Cypris, ta ligne pure ondoie
Avec l'air, la fumée et le froot des coteaux ;
Chaque rose inclinée est ta tète qui ploie.
Et c'est ton sang qui coule aux veines des ruisseaux I
Tout l'Univers complice assemble ta figure ; Je te bois lentement de mes yeux éblouis ; Tu m'entres goutte à goutte, et je chante à mesure, Comme à la source sonne uu vase qui s'emplit I
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Le Sort en est jeté: Je quitte Alcimadure ; Je renonce à tes jeux, Amour trattre et pervers! Je viens de le jurer sur l'Evaugile ouvert.
Et j'ai bardé mon cœur d'une quadruple a
Four conduire au Bonheur la Sagesse est plus sûre ; Oui I je veux qu'Ëlle seule éclate dans mes vers, Qu'on y sente présente une Ame toujours pure. Et que rien de charnel n'j subsiste à travers.
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ËrosI c'est à mon tour de le réduire en poudre
Tu n'as pas achevé qu'un nouveau coup de foudre Disperse ta rigueur aux zéphirs passagers.
Résiste ! Tu sais bien qu'un faux air d'innocence Prête souvent son itiasquc aux regards mensongers, Et que leur loyauté n'est que dans leur nuance.
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Amours! portez ailleurs le trouble et le délire. Contre vos faux-semblants l'Etude est mon soutien ; De mes esprits flottants j'ai ressaisi l'empire. Se posséder soi-même est le souverain bien.
O jardins façonnés des royales demeures, Où cbaque droite allée ouvre sur l'horizon, Je décalque sur vous ma vie intérieure, Et tout s'ordonne en moi selon votre raison!
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t NODVCLLK ARCAD»
Sur VOS portiques verts je taille mes pensées, Et connue on vous saisit d'un unique regard, Je livre en un seul point mille routes tracées. Où la Nature cède aux caprices de l'art.
Si l'on voit rayonner, au fond des avenues, La Beauté dont mon cœur est resté pantelant, Si j'admets votre imag« encore, ô formes nues. Ce n'est qu'emprisonnée au froid du marbre blanc!
Votre souci m'épure, à Muses que j'honore !
La Sagesse entre en moi, balayant le Passé A la façon du vent qui précède l'Aurore, Et d'un espoir nouveau je marche redressé.
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ËLËGIE HEROÏQUE
SoQ Ame an pea farouche a cette clairrojance.
Et ces secrelB instincts eOfe comme la Ecieace, noble el falal trésor de ceux qui vivent seuls I
Je plaÎDs celui qui passe insensible au mystère Par où le ciel s'accouple aux choses de la Terre, Et qui, d'un œil aveugle inspectant les forêts, Pense qu'il en a su dépister les secrets.
Cet atbée ignorant dévaste les campasrnes, Il dit : « Plus de naïade aux sources des montagnes, « Tout l'Univers est vide ; Echo n'est qu'un vain bruitj <( Et l'homme solitaire est maître enfin chez lui I s Ce sourd, inaccessible aux voix de la nature, Veut pour règ;Ie imposer sa native imposture. Incapable de voir, il veut, loin des flambeaux, Nous restreindre à la nuit de ses propres bandeaux.
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Qu'on De me dise plus que les dieux sont des fables
A moi ! qui vis leurs pas imprimés sur les sables I
Interrogez le flot des mers ; interrogez
Le ruisseau qui serpente k travers le verg'er ;
Interrogez le feu, aux soirs tristes d'aulomne,
Quand la pluie au logis longtemps vous emprisonne;
Interrogez le ciel empli de chants d'oiseaux,
L'air chargé d'auhépines et de lilas nouveaux;
Interrogez la terre et l'amas de pierrailles
Précieuses et d'or qu'elle porte aux entrailles,
Vous verrez qu'il n'est rien, parmi les éléments,
Qui n'obéisse à quelque Force aveuglément.
La vodte brasillante ou se suspend la nue,
Saturnel redit ta main intervenue;