‹ La couronne littéraireChapitre 106 sur 108 · EXTRAIT D'UN DISCOURS · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UN DISCOURS

SUR l'emploi OB LA DOUCEUR DANS l'iNSTRUCTIOU PUBLIQUE.

Oui y nous l'avons toujours pense, et rexpérience nous a confirmé dans cette opinion, ce n'est point par les rigueurs, par les voies rebutantes des châtiments f qu'on peut espérer de conduire avec succès, vers le sanctuaire des arts^ cette intéressante jeur nesse, qui ne doit s'attendre à y marcher qu'escortée des plaisirs purs, et environnée de tous les charmes d'une gai té ingénue. Si des cas extraordinaires peuven.t réclamer quelquefois l'emploi de la sévérité, nous croyons que c'est la douceur qui , seule, doit être la directrice souveraine et habituelle de ces travaux dont l'objet essentiel est de polir et d'adoucir le caractère des hommes.

Je sais que l'opinion contraire n'a trouvé que trop de partisans; je sais que dans le sein de cette université méme^ une voix éloquente s'est déclarée en faveur de la sévérité. Sans doute elle dut obtenir une sorte de crédit, surtout sous un gouvernement oùd'on devait s'inquiéter bien moins de faire des citoyens éclairés, que d'obtenir des esclaves dociles; ou tout tendait à établir le règne des seuls talenli qui pussent aider à la destruction des hommes; où l'on voulait détruire dans la jeunesse l'^iabitude des plus doux sentiments de la nature, pour y substituer un dévoùment aveugle, un oubli féroce des aujires et de soi-même, et y allumer cette ardeur funeste des combats , qui démoralise les peuples, et anéantit les générations. Mais aujourd'hui,

( a3i ) grâce à la providence divine qui ^ dans ses conseils éternels, réservait, loin de la vue des hommes , le terme d'un empire si dur; aujourd'hui tout est bien changé.

Nous les possédons enfin ces princes, dont le seul aspect doit ranimer dans tous les cœurs les affections les plus chères et les sentiments les plus purs. La douceur, embellie des traits de la bonté, semble avoir souri à la France entière sous les auspices de cette famille des Bourbons , si chérie et si digne de l'être. La nation, rendue à ses anciennes habitudes, va retrouver ces mœurs aimables et ces manières bienveillantes, dont omria vit toujours soigneuse de parer ses vertus • • • •

O heureuse France! quelle douce expérience vient de confirmer dans ton sein cette précieuse vérité ! Le génie de la destruction planait sur tes provinces; tu allais être engloutie dans l'abîme qu'une frénétique ambition avait creusé; tu croulais tout entière avec ce trône d'airain qu'avait élevé une main étrangère et qu'elle prétendait soutenir par la violence; mais le monarque que tes vœux secrets appelaient depuis long^temps, paraît enfin. IL vient suivi de la bienfesance, sous les traits d'une fenuue céleste que la bonlé^ la grâce, la douceur accompagnent; il est précédé de ces princes, dont les noms firent ta gloire, et qui aujourd'hui assu* rent ton bonheur. Le pardon sur la bouche, il ne parle que des maux qu'il vient réparer^ que du bien qu'il vient faire. Sa présence et son langage consolent et changent tous les cœurs. Les armes tombent des mains de ces nombreux guerriers , venus de si loin pour venger d'anciennes et de terri-

( aS» ) Mes injures; elles tombant des mains de ces hëros" qui, toujours luttant avec gloire, et forcés de céder sans être jamais vaincus, voyaient avec douleur leurs efforts rendus inutiles et leur dévodmeni perdu pour la patrie. Le doux mot de paix a retenti partout; soudain ces hommes qui allaient en* core s'entre-déchirer, confondent leur satisfaction dans les plus doux embrassements. L'espérance du bonheur renaît enfin dans toutes les âmes; et ces Bourbons, dont le nom si chéri avait suspendu toutes les douleurs, replacent, sur le trône de. France, la bonté, la bienfesance et la douceur, qui trop long-temptfi'en étaient vues exilées avec eux.

Mais est-il donc nécessaire que j'aille chercher l'appui de ces* autorités humaines, quand le plus puissant de tous s'offre dans la personne sacrée de notre divin Législateur? Qu'est -il vena inculquer par sa leçon, cet Homme-Dieu? Que nous enseignele Fils de l'homme par sa vie tout entière? sinon Tamour et la pratique de la douceur : lui qui désapprouvait sesdisciples écartant avec rudesse les enfants dont il aimait ht se voir entouré^ lui qui consacra. à jamais l'empire de cette aimable vertu, par ces pa* rôles si remarquables et si attrayantes, qu'il se plaisait à répéter 2 Apprenez de moi que je suis douxj comme s'il eàt dit : a Apprenez, ô vous qui devez porter la lumière dans le monde, que, sans la douceur, en vain vous chercheriez à établir dans les «mes l'amour de la vérité et le règne de la vertu. »•

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