LA ROSE ET LE BUISSON
UifE rose croissait à Tombre d'un buisson ,
Et cette rose^ un peu coquette, Ve s'accommodait point de son humble retraite^ C'était méme^ à l'entendre, une horrible prison. Son gardien lui disait : <c Patience , ma chère ; » Profite de mon ombre, elle t'est salutaire. » Cest peu que du midi je t'épargne les' feux,
» Grâces à mes dar^ épineux, » Des animaux rongeurs tu- ne crains nul outrage; » Je te défends encor des vents et de l'orage.
» Chéris donc ton stsûe obscur,
9 II n'est pas beau, mais il est sur. »
La rose est indignée, elle n'en yeut rien croire.
«c Vivre ainsi, c'est vieillir sans gloire. » Un bûcheron parait. « Accours, dit-elle, ami! » Sois mon libérateur, fais tomber sous la^ache
» Ge vilain bnbson qiri me cache. »
Le manant empressé n'en fait pas à demi; II abat le buisson : partant, plus de tutelle.^
La rose de s'en réjouir.
Elle va donc s'épanouir.
Charmer tous les regards, attirer autour d'elle
Le folâtre essaim des zéphirs.
Hose, on va l'appeler dts roses la plus belle. O fortuné destin ! 6 comble de plaisirs I
Tandis que la ^une orgueilleuse- Rève ainsi le bonheur, et vit d'enchantements,
YoUà qu'une chenille affreuse A découvert sa tige, y grimpe lentement, Puis sur son bouton frais se traîne insolemment.
Un escargot plus vil encore
Tient souiller ses appas naissants.
Le soleil , à son tour, de ses rayons ardents >
La frappe 3 elle se décolore..
Dans le chagrin qui la dévore,
Elle songe au boisson; mais, regrets superflus!
Ce doux abri n^existe plus.
Qu^arriTe-t-il enfin? La rose Se fane, tombe et meurt, bêlas! à peine éclose!
Le Baillt.