‹ La couronne littéraireChapitre 30 sur 108 · ANIMAUX · texte numérisé non relu

ANIMAUX

Cet Alt peu d'inventer les ruses des animaux^ de leur distribuer des armes, et de placer des sentinelles autour de leurs habitations : le Créateur voulut pourvoir à leur sûreté par des moyens encore plus admirables ; et la tendresse maternelle , si féconde en inventions touchantes, ne connaissant ni la crainte ni le danger , devint la loi conservatrice de la nature'; l'insecte le plus vil fut animé de ce doux sentiment, et le tigre féroce, l'hyène effroyable, la lionne terrible, se sentirent émus de tendresse en écoutant les premiers rugissements de leurs petits.

Les soins des insectes pour leurs œufs, leur ten« dre sollicitude, leur joie ^ leurs combats , leurs travaux, présentent les spectacles les plus intéressants. Il n'y a point d'arbre qui ne soit habité par un insecte particulier, quelquefois même par une multitude d'espèces différentes : les uns s'établissent dans le tronc, les autres dans les racines; ceux-ci choisissent les feuillages ,;et ceux-là se promènent dans les corolles des ileurs; une feuille sépare souvent deux ménages, deux royaumes ^ deux républiques, et ces petits gouvernement^ ne vivent pas plus en paix que les nôtres.

Là tous les arts sont connus, chacun exerce sa profession particulière : on y voit des architectes habiles qui élèvent des villes magnifiques; d'autres qui se contentent d'une cellule entourée de verdure; il y en a qui savent filer, et ont des quenouilles; quelques-uns fabriquent de riches tissus de soie ^ ou de larges filets pour aller à la chasse.

Armés de scies, de râpes, de marteaux et de tenailles | tous travaillent avec ardeur aux berceaux de leurs petits^ tous s'animent par des chansons joyeuses : la mouche à scie fait une entaille dan» l'écorce d'un arbre pour y déposer ses œufs; l'abeille centoculairepose les siens entre deux feuilles qu'elle colle ensemble , et t[u'elle remplit de miel.

Les charançons percent une feuille , y pondent des œufs , d'où il sort des larves qui habitent dans l'épaisseur de la feuille , et qui s'y creWnt des routes secrètes où elles butinent et se promènent en sûreté.

Voyez -vous sous le même ombrage cette araigoée-loup poursuivie par une guêpe? Elle fuit en emportant ses petits enveloppés dans une poche de

(34) soie; rien ne loi fera lâcher prise j elle expirera sous Vaigoillon fatal avant que son ennemie ait pu se saisir de sa famille chérie.

Cependant , uniquement occupes de leurs amours, les moucherons y revêtus de leurs cuirasses étincelantes, voltigent, bourdonnent, combattent devant leurs épouses, et célèbrent ensuite leur victoire par les plus joyeuses aubades : heureux^ lorsqu'un rossignol ou un rouge-gorge ne vient pas établir son petit ménage au milieu de ces républiques , et lorsque, tyran cruel, il ne détruit pas en quelques Jours tontes ces merveilleuses cités.

Si nous nous élevons un peu dans la chaîne des êtres, des scènes non moins touchantes s'offriront à nos regards : lorsque la perruche et la cane quittent un moment leur nid , elles s'arrachent les plumes de l'estomac pour couvrir leurs œufsj les casoars cachent les leurs sous des feuilles sèches; la timide alouette vient s'offrir au chasseur pour le détourner de sa nichée; la cigogne de Delft se précipita dans les flammes qui dévoraient la maison où elle avait bâti son nid et déposé sa petite famille. Eh ! qui ne serait ému douloureusement en lisant le trait de cette chienne qui , disséquée toute vivante par un chirurgien barbare, semblait charmer ses souffrances en léchant les petits qu'on avait laissés par mégarde auprès d'elle"?

A l'époque de l'allaitement^ les espèces les plus délicates et les plus craintives sont remplies d'un généreux courage; malheur à l'insensé qui s'approche de leur retraitera biche timide , la tendre gazelle, se précipitent sur lui, le frappent, et le déchirent avec fureur. L'ourse fait grimper ses petits sur un arbre; et^ se dressant sur ses pattes ^ s'avance

fièrement contre le cbassear; les femelles des singes prennent la fuUm en emportant leurs petits sur leur dos;leskanguroos^ lesmanicous et les sarigues ont sons le ventre une poche membraneuse où leurs familles se réfugient au moindre danger, et , chargés de ce précieux fardeau, ils prennent leur course à travers les forêts.

Mais ces tableaux de Tamour maternel ont un caractère plus doux dans nos campagnes : ici c'est la j)oule qui marche fièrement , entourée de ses jolis poussins ; si elle aperçoit un point noir dans le ciel, elle devine que c'est un ennenii terrible , pousse un cri d'alarme, et soudain sa famille effrayée se cache Bons ses ailes protectrices. Plus loin je vois l'ânon délicat, le poulain à la taille svelte, qui défient leurs mères à la course; ils sautent, fuient, reviennent, font mille bonds de joie au milieu des tranquilles troupeaux^ tandi&^ue la timide génisse folâtre dans les plus grands pâturages, et que sa mère, immobile et inquiète, le cou tendu» la tête allongée, contemple ses jeux charmants en poussant des meuglements de plaisir.

AiméMARTiir. .

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