LA ROSÉE
L'homme, après avoir promené ses regards dans les cieux , les repose avec plaisir sur la terre : les gouttes de rosée, plus brillantes que le cristal, comme autant de prismes^ lui renvoient les couleurs les plus vives. Humilie- toi, pierre orgueilleuse, qui brille sur la tête des monarques; que tu serais méprisable auprès de ces gouttes précieuses, si elles avaient ta solidité! Mais, hélas! l'éclat dont elles brillent les consume et Les détruit.
Que Ta fraîcheur que répand la rosée est douce! Bientôt le soleil dans toute sa pompe la fera monter en vapeur légère; mais la tendre nuit viendra de nouveau remplir de son humide haleine le calice des fleurs*, et rendre la force et la vie aux plantes languissantes.
De combien de moyens se sert la Providence pour verser la fertilité dans le sein de la nature! Tantôt des nuées épaisses et noires couvrent le firmament ; les vents déchaînés les transportent sur la face de la terre; le tonnerre gronde et les entr'ouvre; les pluies abondantes et rapides se précipitent , inondent les plaines et grossissent les fleuves écumants.
Maïs n'est-ce point un songe? Dois-ta en croire tes yeux? Oui , ils ne t'abusent point, les regards maternels se trompent rarement. Eh! qui te retient encore? que n'as-tu des aijes pour t'élancer plus rapidement sur son cœur! Mais le voici. Laisse^ laisse couler cea larmes si douces qui tombent de tes paupières; ton fils t'est rendu, tu le serres étroitement sur ton|ein; mais comment t'en arracher? Tu l'embrasses.... ah! depuis si long-temps tu vis privée dé ce bonheur. Mon fils! c'est la seule parole que tu peux dire y et la voix de ton cœur semble muette dans ces moments où elle voudrait exprimer ses transports. Mais, 6 surprise! 6 plaisir! tob fils n'a pas en vain recherché la gloire : vois- tu le cordon de l'honneur attaché à sa boutonnière? vois-tu ces lauriers qu'il vient t'offrir , et qui sont encore rougis du sang de ses blessures? Tu ne sais si tu dois les bénir. Ahl reçois-les , couvre-les de tes baisers; ton premier mouvement, en revoyant ton fils, fut le plaisir, que ton second soit l'orgueil : l'orgueil! pour une mère est-il rien de plus pardonnable? Mais il veut revoir sa chaumière, il veut revoir ce jardin témoiH de ses premiers beaux jours. C'est toi qui le conduis partout; tu jouis de son contentement, tu cherches à deviner ce qu'il va te dire en revoyant ton ancienne demeure; s'il sourit, tu souris aussi, si ses yeux se portent sur toi , tes regards ont devancé les siens : tu ne peux trop le suivre dans ions ses mouvements.
Qu'il est indéfinissable cet amour maternel , qu'une mère seule peut bien concevoir; et que le cœur d'un fils, qui a quitté pour sa patrie tout ce qu'il a de plus cher au monde , doit être attendri et charmé en revoyant le toit qui l'a vu naître ^ et sous
(65) lequel il a goulë le vrai bonheur. Le guerrier ambitiimae la gloire, il affronte les combats^ il braye les périls; mais, s'il avait toujours devant ses yeux l'image de cette mère en pleurs qui le redemande à •tout ce qui l'entoure, son courage demeurerait-il înébraDlable ? Jeune héros, la voix la plus séduisante pour toi est la voix de la gloire , mais la plus douce à ton cœur est celle de la nature.
Ceibste D.