‹ La couronne littéraireChapitre 42 sur 108 · LA ROSÉE · texte numérisé non relu

LA ROSÉE

L'homme, après avoir promené ses regards dans les cieux , les repose avec plaisir sur la terre : les gouttes de rosée, plus brillantes que le cristal, comme autant de prismes^ lui renvoient les couleurs les plus vives. Humilie- toi , pierre orgueilleuse, qui brille sur la tête des monarques; que tu serais méprisable auprès de ces gouttes précieuses, si elles avaient ta solidité! Mais, hélas! l'éclat dont elles brillent les consume et Les détruit.

Que Ta fraîcheur que répand la rosée est douce ! Bientôt le soleil dans toute sa pompe la fera monter en vapeur légère; mais la tendre nuit viendra de nouveau remplir de son humide haleine le calice des fleurs*, et rendre la force et la vie aux plantes languissantes.

De combien de moyens se sert la Providence pour verser la fertilité dans le sein de la nature! Tantôt des nuées épaisses et noires couvrent le firmament ; les vents déchaînés les transportent sur la face de la terre; le tonneire gronde et les entr'ouvre; les pluies abondantes et rapides se précipitent , inondent les plaines et grossissent les fleuves écumants.

Tantôt une vapeur légère , si déliée que Vœil ne peut l'apercevoir^ si douce que dans sa chute elle ne peut blesser la fleur la plus tendre, se resserre et se condense, se résout et tombe en gouttes de cristal. C'est par ces opérations différentes ou contraires , mais qui tendent au même but, que la fer« tilité^ cachée dans le sein des eaux, pénètre la terre, et fait germer toutes les plantes , qui bientôt nous fourniront des parfums ou des fruits d^icieux.

Traditclion d'Heh^y.

LE SOMMEEi ET L'ESPÉRANCE.

Lorsque, fatigué par le travail de sa journée, le laboureur se dirige vers sa demeure, ô doux som* meil! c'çst toi qu'il invoque! sensible à sa prière, tu vas bientôt fermer ses paupières^ et lui faire ou* blier la fatigue de la veille^ comblé de tes bienfaits^ il va reposer et ne songer qu'au bonheur; il va se voir entouré de ses enfants, qui, lui tendant les bras , viendront lui demander un baiser, et lui dire qu'ils sont heureux. D'un autre côté, il verra les champs qu'il cultive couverts de l'épi si nécessaire à son existence : tout lui annonce une récolte abondante. Il te doit ces douceurs; pourquoi faut- il que le réveil te remplace, et fasse disparaître des illusions qu'il s'était faites? Qui va Je consoler? L'espérance : c'est elle qui soutient le malheureux^ et qui l'aide à supporter ses maux; avec elle ses travaux sont moins pénibles : s'il se plaint , elle lui en montre la récompense; s'il s'inquiète, elle parvient à le tranquilliser. Toujours gai, toujours content^ le laboureur conduit sa charrue sans s'apercevoir de la dureté de la terre qu'il laboure; la sueur qui

( 67 ) couvre son front ne l'arrête pas un instant : tout en lui nous dit qu'il espère; ce mot seul soutient son courage. Dans le sillon qu^il vient de tracer, il croit déjà voir l'épi qu'il recueillera plus tard) l'espérance lui fait devancer l'instant où il doit jouir de son travail; avec elle il attend avec patience, travaille avec courage, et se trouve heureux.

O vous, qui failKs son bonheur, ne l'abandonnez pas; veillez sur son repos : à son départ, suis- le, douce espérance; à son retour, sommeil, prodiguelui tes bienfaits.

M"* Éléonore de V.

LE BOKHEUR.

Il n^est point ici-bâs de bonbeut sans tnélange :

C'est de biens et de maax un éternel échange.

L'bomme coule ses jours dans des troubles sans fin.

Et la crainte et Tespoir se mêlent dans son sein;

Comme on voit sur les monts , tour à tour clairç ou sombres,

Rapidement courir la lumière et les ombres,

Quand, devant le soleil, le souffle des autans

Fait passer tour à tour les nuages flottants.

Le coeur le plus beureux recèle quelques peines.

Tel un insecte impur, caché dans nos fontaines,

De leurs plus belles eaux empoisonne le cours.

Nos instants sont comptés ; et ces instants si courts

Sont tissus de regrets et de douleurs sans nombre.

Ah! cette trbte yie est le rêve d^uue ombre !

CHiREDOLLlÊ.

LA EÊTE-DIEXT.

Cbst dans le plus beau mois de l'anh^ que se célèbre cette fête auguste, consacrée à une institution divine et au plus grand bienfait que Dieu ait accordé aux hommes daus sa miséricorde. Elle est pour tous les fidèles un temps 4e reconnaissance et de joie; non de cette joie du monde, si fugitive qu'elle n'est déjà plus lorsqu'on croit la saisir, mais de ce bonheur profond, doux, inaltérable, qui n'appartient qu'aux âmes pures et religieuses. C'est surtout dans les campagnes que ce culte est touchant; il semble que la terre s'orne de fleurs pour ce jour solennel; Tallégresse brille sur les visages : on s'empresse à préparer le triomphe d'un Dieu d'amour et de miséricorde. Là , chacun rend à son Créateur un hommage sincère et naïf. On va cueillir des branches d'arbre qu'on enlace; on fofme des dames de verdure; la terre est jonchée d'herbes et de fleurs ; les maisons du village disparaissent derrière les charmilles qui s'élèvent comme par enchantement; un autel rustique, fait de troncs d'ar» bres renversés, est recouvert de la toile éclatante de blancheur que les -jeunes fîUes ont filée pour ce grand jour. C'est là que le Très-Haut, qui , par sa seule volonté, peut anéantir les mondes, ne dédaignera pas de se rendre pour bénir ces cœurs inno- 'cents qui ne connaissent de lui que sa puissance et sa bonté.

Je me souviens d'avoir assisté à une de ces fêtes champêtres. La matinée s'était d'abord annoncée comme devant être pluvieuse; mais les nuages se dissipèrent. La cloche de l'église sonna, et la pro*

(69) cession se mît en marche. Prostemëe avec la foule , je ne pouvais me défendre d'un profond attendrissement. Cette pompe si noble dans sa simplicité; ces cantiques religieux si doux et si touchants; ce Roi de gloire qui s'avançaît précédé d'enfants et de vieillards y comme s'il eut pris sous sa protection immédiate toutes, les faiblesses et toutes les douleurs; le ciel d'un bleu pur, et qui semblait vouloir fêter aussi son éternel Créateur; les collines cou* vertes de bois, qui s'élevaient en amphithéâtre derrière le village; enfin , les murs d'un château royal qu'on apercevait à l'horizon , et qui , après l||oir été le séjour d'un monarque , était maintenant désert et abandonné; tout , dans ce vaste tableau , parlait à mon cœur et le r approchai t^de son Dieu.

« Ce palais, rendez- vous des plaisirs et du luxo, est aujourd'hui morne et silencieux , me disais-je. Qae sont devenus les grands qui l'habitaient? Ils ont passé; leur gloire s'est éclipsée^ et leur brillante demeure tombe en ruines. Les modestes chaumières des villageois qui m'entourent semblent plus à Tabri du sort; et cependant le. temps, le malheur , les revers , la mort , atteignent leurs^ habitants : ils passeront aussi. Il n'est pas jusqu'à ces campagnes riantes qui ne s'effacent comme un songe, lorsque la voix du Seigneur donnera le signal de la destruction du monde ; leur jeunesse , toujours renaissante , ne les sauvera pas; les cieux miémes perdront leur éclat. Vous seul , Seigneur, pourrez survivre à vos immenses créations! Seul, vous êtes éternel; vos années sont innombrables ; vous êtes la source de vie qui alimente tout l'univers. Ô immensité! ô grandeur qui échappe à ma faible in« telligence! »

Le roulement du tambour, le son des clpche3; les

(70) chants religieux , m'ont rappelée sur la terre , et j'y retrouve encore ce Dieu dont la pensée me confond. On y cëlftre son amour pour les hommes , sa miséricorde divine.' Semblable à un roi qui dépouille l'appareil de sa puissance pour se mêler à ses sujets, il a laissé son séjour de gloire et d'immortalité pour venir consoler ses enfants , qui souffrent exilés loin de lui. Il vient comme un père qui possède des secrets pour soulager toutes les douleurs. Les malheureux se pressent sur son passage, et leui*s maux sont' adoucis. Une jeune femme s'est fait jour à travers la foule; de est tombée à genoux devant le dais; elle n'ose fixer ses regards sur le symbole sacré d'un mystère qu'elle adore sans le comprendre. Comme sa prière est fervent^! comme ses larmes coulent rapidement! Elle demande la vie de son époux qui va mourir : elle implore Dieu^ qui abandonna les cieux pour le salut des hommes, et qui renouvelle encore aujourd'hui ce témoignage de sou amour. Pourrait-il ne pas exaucer sa prière 7 Mais déjà son cœur est plein d'espérance ; une voix intérieure lui crie que celui qu'elle aime est sauvé, a II vivra ! ditelle; i\ vivra! grand Dieu, je te remercie! » Elle ne doute plus; animée d'une force nouvelle, elle court faire partager à ses enfants l'espoir qu'elle a conçu. Sa joie, sa confiance, se communiquent à tout ce qui l'entoure. Le malade , résigné à mourir, désire revenir à la vie pour sa femme , dont il est l'unique appui; pour ses enfants, .qui resteraient orphelins. Une crise favorable interrompt le cours de la maladie ; sa vigueur renaît ; bientôt il s'achemine vers l'église pour rendre grâce à Dieu de sa convalescence. Ainsi; les bienfaits du Seigneur signalent sa venue.

M"* SW. BSLLOG.

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