‹ La couronne littéraireChapitre 46 sur 108 · NEWTON · texte numérisé non relu

NEWTON

OtJEL subUme mortel, d'un vol audaci«»x.

Avec lui tout-à-coup m'emporte dans les «eux? C'est Newton: je le vois qui couronne sa tête De mille astres brillants devenus sa conquête. Dans le eentre du monde, un compas à la m«a.

D'un air tranquille et fier il s'assied, et soudain Tous ces globes errants sous d'éclatantes ^tcs, A sa puissante voix reconnaissant leurs routes. L'un par l'autre attirés, accomphssent leur cours, Toujours près de le rompre et le suivant tt>u,ourt. Bientôt à mes regards des cieux inconnus s ouvr^tj Ces régions sans fin devant moi se découvrent.

Carrière illimitée où, par les mêmes lob ,

Mille univers flottants se meuvent à la fois.

Je vois de tons côtés» dans ces plaines profondes,

Autour d^autres soleils graviter d^autres mondes ^

Et lorsque» P^^^ peupler les espaces déserts»

Je suis las d^enfanter de nouveaux univers,

Ijc vide encor s'étend, et» dans son sein immense,

Par-delà Tinfini l'infini recommence. .

Éperdu, je m'arrête, et j'aperçois partout

Dieu qui soutient» dirige» enferme et borne tout.

Mais au-dessus des cieux, dans les degrés de l'être,

£t plus grand que les cieux, puisqu'il peut les connaître,

Mon esprit étonné lui-même s'ofifre à lui;

Mystérieux abîme, où mon œil ébloui.

Sous le voile sacré d'un éclatant nuage,

De la Divinité découvre encof l'image.

Alors j'ose en tremblant contempler sa grandeur,

£t de l'éternité sonder la profondeur 5-

Qnand ma faible raison se confond et succomba.

Et dans un saint effroi sur soi-même retombe.

P. XiÊBRUir.

D'UN HOMME HEURETTX.

Sur un habitant paisible et heureux de la vallée de Langnau ^ comparé avec un homme habitué à vivre dans le tourbillon du monde,

Auguste, de retour de ses voyages, est rentré dans sa vallée natale. Il a borné ses désirs; il a pris nue compagne simple et modeste parmi les filles de cette vallée; ses vœux ne s'étendent pas au-delà de nifis et de l'Emma, qui baignent la contrée. Les premiers rayons du soleil naissant viennent embellir sa demeure; les soins de l'agriculture et ceux 4e l'éducation des enfants pauvres du village, oc-

( 76 ) cupcnl SCS inslanls et sont le but de sa vie. Toute sa philosophie est dans sa modération et daus sa simplicité. Il fait le bien, il vit obscur, il est heureux. L'agitation inquiète des hommes qui ont vécu dans la sphère des cours , dans le tourbillon politique , dans la licence des camps , lui est étrangère. Il n'é> gare point son esprit dans de vastes projets; il n'en* tretient pas des relatfons lointaines. Il ne rattache point ses craintes ou ses espérances aux .récits souvent infidèles, tracés par des plumes vénales dans les lieux où dominent l'intrigue, l'ambition et tous les vices. Peu lui importent les crimes des ministres des rois et des puissants de la terre : il ne daigne pas s'informer où ils existent ; leurs nomç mémje lui sont inconnus ; jamais il n'a dà courber en leur présence un front humilié. Il embrasse d'un seul coup-d'ûsil son petit domaine , qui suffit à seç besoins. La colline sur laquelle est bâtie son humble cabane^ produit le blé qui nourrit sa famille. Au bas de la colline est le temple où il remercie le Père commun de tous Jes biens qu'il en a reçus. Dans la maiso;) du pasteur du lieu, il goûte les plaisirs d'une société douce et innocente. Auprès du temple et du presbytère est le gazon touÂTu sous lequel reposent les cendres de ses pères^ qui atten* dent les siennes..!. Aucune impression douloureuse ue vient troubler la paix profonde dont il jouit. Son cœur est calme comme la surface d'un beau lac argenté doBt le souffle d'aucun vent n'agite les

eaux

J'ai respiré pendant quelques heures dans cette atmosplière de pureté et de tranquillité. J'ai apprécié, le bonheur sous un toit de chaume et dans uue vie champêtre. Mais j'ai reconnu que je ne

(77) pourrais pas vivre heureux dans une sphère aussi bornée : trop d'événements publics et importants à mes yeux ont habitué mon esprit à embrasser dans ses méditations les intérêts de ma patrie et de plusieurs, et les destinées du genre humain; trop de souvenirs du passé më lient, comme par une chaîne que je ne puis rompre , aux faits qui sont encore cachés dans l'avenir; trop de pensées différentes, relatives à la politique , aux sciences, à la philosophie, à la chimère brillante «d'une civilisation perfectionnée, occupent et absorbent mon attention , mes désirs , mes espérances ; trop de passions mal éteintes , les unes généreuses , les autres moins pures, fermentent dans mon sein ^ et sont devenues comme une partie de mon existence; trop d'habitudes contraires à cette vie simple et rustfque ; trop de projets , qui embrassent une sphère étendue, qui me rendent nécessaires des relations nombreuses; trop d'intérêts et d'affections, dont je ne pourrais que difficilement me détacher, exercent encore sur moi

leur pufssante influence Je dois quitter cette

tranquille vallée. Je contemple d'un œil attendri, î'affectioone, j'hpnore ses paisibles habitants; mais^ ce qui peut suffire pour les rendre heureux laisserait trop A vide dans nîon ame.

Je voudrais aussi me retirer dans un asrle qui fût à l'abri des tempêtes , mais que ma retraite soit placée au bord de cette mer où j'ai tant de fois éprouvé des naufragés ; que j'y puisse contempler ceux avec lesquels j'ai nayigué long-temps, et dont le sort m'intéresse toujours, quoiqu'ils aient souvent blessé mon cœur par l'ingratitude et la perfidie. Que je puisse élever à l'entrée du port qui aura recueilli les débris de ma destinée, un fanal

(■38) dont la bienfesante lumière soit propre à garantir les navigateurs égarés dans une nuit ténébreuse, des mêmes écueils contfe lesquels j'ai souvent échoué. La description des dangers et des malheurs que j'ai traversés pourra présenter des leçons instructives, désormais superflues pour moi. Les expériences que j'ai faites aux dépens de mon repos ne seront point perdues pour les autres hommes , surtout pour les jeunes gens , auxquels j'aime à consacrer mes travaux Oui y je serai jconsolé de me^ longues infortunes y si elles peuvent .devenir utiles à quelquesuns de mes semblables. J'ai souvent formé ce voeu du fond de mon cœur : que toutes les espérances qui avoient flatté ma jeunesse, que les séduisantes illusioi^s dont je m'étais enivré , que l'imprudente confiance dans les hommes ^ à laquelle je m'étais abandonné, soient expiées parles chagrins amers qui ont empoisonné ma vie; mais que les mêmes chagrins épargnent mes enfants, et les enfants de ceux qui ont été associés à mes vicissitudes et qui souvent m'ont sacrifié à leurs préventions injustes, à leurs soupçons, à leurs passions , à leurs intérêts; que l'égoïsme , ce germe corrupteur^ soi( de bonne heure extirpé par une éducation prévoyante et bienfesante ; que le fléau des inimitié nati Aales , des guerres meurtrières^ cesse de ravager la terre; que les notions et les familles ne soient plus sacrifiées aux froides et atroces combinaisons de la politique et de la tyrannie ; que les conquérants et les op«> presseurs n'usurpent plus les autels et l'encens qui sont dus seulement à la Divinité, ou à la tombe révérée des mortels amis de la vertu, et bienfaiteurs

des hommes!...

JuLLiEN de Paris.

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