‹ La couronne littéraireChapitre 68 sur 108 · LE DÉPART D'UNE MÉUE · texte numérisé non relu

LE DÉPART D'UNE MÉUE

Le sort m'entraîne loin de*ma patrie , loi^^n'dJe mon époux I loin de toi, ma Rlle chérie^ le devoir me force à m'ëloigner des seuls biens que le ciel m'a donnés : il faut que j'aille dans un pays étranger, ' livrée à l'inquiétude et à la douleur, consacrer une partie de mes jours à celui de qui je les tiens, et qui, seul, abandonné de tout ce qui existe, accablé par l'âge; n'a d'autre secours que ma tendresse, et ne veut chercher d'autre bonheur et d'auti*e consolation que dans mes soins , que dans mon cœur. Exilé de sa patrie, il a été forcé d'aller chercher loin d'elle un bonheur que la gloir» lui promettait, que l'amitié lui avait déjà accordé. Je vais aUer le rejoindre , je vais aller soutenir sa vieillesse. Je te laisse, chère enfant, aux soins d'un bon père; mais mon cœur sera-t-il satisfait et heureux? Je ne te verrai plus , je ne t'entendrai plus, me répéter le nom de mère, que seule tu sais prononcer, et qui fait aujourd'hui mon malheur. O ma fîlle! je m'arrache de tes bras, je te quitte pour longtemps. Sans l'appui de ta mère, que vas-tu devei^? Objet de ma plus tendre affection, il faut t'abandonner, il faut te priver de ta merci tu la demanderas en vain; ton jeune cœur cherchera son guide sans le pouvoir trouver; tu accuseras ta mère, et tes reproches viendront, pleins d'une noire amertume, occuper ma pensée et remplir mon cœur.

O ma fille! puis-je former de tels soupçons? Non, tu ne les mérites pas; ma douleur m'égare; elle augmente à mesure que je te parle. Hélas !xes proles sont peut-éti^e les dernières que je t'adresse.

Ma fille! entends-moi ! pardonne-moi ! C'est à peine si tu peux me comprendre; le sommeil a ferme tes yeux en ce moment, et c'est au pied de ton berceau que ta mère vient invoquer le Dieu qui te protège. A peine reconnais-tu cette mère , à peine sais-tu la nommer, que déjà tu la perds. Hélas! qui pourra te la remplacer? on t'elèvera; mais ces soins seront-ils les mêmes? les louanges des autres seront-elles pour toi les mêmes que les miennes ? Innocente créature ! faut-il que le bonheur s'éloigne de toi dès le berceau? Quelle vue tu offres à mes regards attendris! quelle image tu présentes à mon malheureux cœur ! Fille. chérie! ah! tu n'as plus de mère! tu n'as plus de bonheur ! Adieu ! dors encore, dors de ce sommeil si calme, si pur, qui augmente ma peine; adieu, cher enfant , cher bien qui ne m'a été donné que pour m'étre enlevé; reçois mon dernier adieu et ma dernière bénédiction !

M"* CÉLESTE D

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