‹ La couronne littéraireChapitre 70 sur 108 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

Di|A la rapide journée Fait place aux heures du flommeil , Et du dernier fils 4^ Tannée S^est enfui le dernier soleiL près du foyer y seule, inactive, liiyrée aux souvenirs piussants, BAa pensée erre, fugitive,

Des jours passés aux jours présents.

Ma vue , au hasard arrêtée , liong-temps de la flamme agij^e

Suit les caprices éclatants,

Ou s^attache à Pacier mobile } Qui compte sur TémaU fragile

Les pas silencieux du temps.

Un pas encore, encore une heurie.

Et Tannée aura sans retour

Atteint sa dernière demeure^ , ^^aiguilie aura fini son tour.

( taS )

Pourquoi , de mon regard avide , La poursuivre ainsi tristement, Quand je ne puis (Pun seul moment Retarder sa marche rapide ? ' Du temps qui vient de s'écoiiler Si quelques jours pouvaient renaître , Il n'en serait pas un, peut-être , Que ma voix daignât rappeler.

Mais des ans la fuite m^ëtonne, Leurs adieux oppressent mon cœur^ Je dis : C'est encore une fleur Que Fâge enlève à ma couronne.

Et livre au torrent destructeur } Cest une ombre ajoutée à Fombre Qui déjà s'étend sur mes jours ^ Un printemps retranché du nombre De ceux dont je verrai le cours.

Écoutons !... Le timbre sonore Lentement frémit douze fois : Il se tait... Je Fécoute encore , Et Tannée expire à sa voix.

Cen est £edt ^ en vain je l'appelle :

•Adieu!... Salut, sa sœur nouvelle, Salut! Quels dons chargent ta main?

Quel bi$n nous apporte ton aile ?

Quels beaux jours dorment dans ton sein?

Que dis-je ! à mon ame tremblante Né révèle point tes secrets.

D^espoir, de jeunesse, d'attraits, Attjourdliui tu parais brillante.

Et ta course insensible et lente Peu^étre amène les regrets.

Ainsi chaque soleil se lève

Témoin de nos vœux insensés ; >.

Ainsi toujours son cours s'achève ^

Effentriilnajit, comme un vain réf^y ISïos vœux -déçus et dispersés. ' Mais l'espérance fantastique.

Répandant sa clarté magique

Dans la nuit du sombre avenir, Nous guide, d'année en année , ^usqu^à Taurore fortunée Bu jour qijd ne doit pas finir^.

M™* Amable Tastu.

UN PROSCRIT AUX CHAMPS QUI L'ONT ACCUEIUl

Ubi bené, ibi patria.

Adieu , terre hospitalière, et vous , hommes sensibles qui m'avez accueilli dans mon infortune. Des jours plus sereins vont briller sur ma patrie ; elle me rappelle , et je vous quitte. Mais ne me soupçonnez pas d'ingratitude ; à la tristesse qui m'accable, aux larmes (fue je versp , vous pouvez juger de ma douleur. Elle fut moips grande , lorsqu'un décret barbare et l'injustice des hommes i^e forcèrent d'abandonner les lieux qui m'avaient va naître. Du moin^ alors j'étais soutenu par mon désespoir..^.. Mais ajQJourd'hui qu'est-ce qui peut m'^ider à supporter cette séparation? Tout, au contraire, ne me la rend-il pi^s plus douloureuse ?... Je vous dois une seconide existence^ une seconde patrie : vous m'avez accueilli lorsque , errant , persécuté, je ne savais où reposer ma te le ; vous m'avez arraché à mon désespoir; et, pour mériter votre amitié, il ne m'a fallu d'autre titre que mxm infortune.... Vos tendres soins , vos douces prévenances ont séché mes larmios , m'ont rendu à la jçie et à Fespérance- que je croyais perdue pour toujours..,. En un mot, Tes» time, la reconnaissance, tqus les liens de l'amitié m'attacl^ent à vous.... Mais la patn#a parlé, et je ne puis qu'obéir. De*méme qu'un boii fils doit excuser les .torts de «es parents et les siimer toujours| de même un bon citoyen doit à son pays le sacri*

( n5 ) ^e de stis ressentimenis et un amour éternel; je puis y trouver une seconde foi» des ingrats , des per-^ sécudons ; mais j'aurai fait nton devoir : le sentiment de ma conscience me consolera... Adieu donc , lieux charmants où j'ai trouvé le bonheur ; adieu ^ forets silencieuses où je venais encore me rappeler une ingrate patrie; je n'irai plus respirer sous vos ombrages; je n'y entendrai plus le doux concert des oiseaux; mais sans cesse vous serez présents à ma pensée, et }e ne saij» quoi m'assure que je^e vous quitte pas pour toujours.... Puissent les vipits farieux vous respecter , et la guerre ne vous rendre, jamais le théâtre de ses ravages.

Et vous aussi y aimables habitants ^ recevez mes^ tristes adieux ! Songez quelquefois au malheureux que vous accueillîtes ;»plaignez-le d'être encore forcé de s'abandonner à de nouveaux orages y à de nouvelles tempêtes, et que le Ciel^ pour récompenser votre bienfesance, vous laisse toujours ignorer.

sous yotre toit tranquille ,

Le chagria qu^on éprouye à quitter yotre asile.

MALESHER6ES.

J'ai vu plusieurs fois cet illustre vieillard , et fé tne rappelle sa figure ouverte et calme, et son air un peu distrait; ses principes étaient sévères, et sa société était douce : magistrat intègre , père tendre, ami zélé, il jouissait de l'estime générale et de la bienveillance universelle; tout, dans sa vie publique et privée , avait été bon et honorable ; mais l'éclat extraordinaire que jeta la fin de sa carrière a , pour ainsi dire, placé tout le reste dans l'ombre, et ('imagination ne s'y arrête pas»

( ia6 y

L'iiistoire a conservé uq grand nombre de traits de dévouement qui honorent l'humanité. Des citoyens se Éorit sacrifiés pour leur pays , des rois se sont immolés pour le salut de leurs peuples^ et tous les jours des milliers de héros obscurs afFrontent les plus imminents périls pour servir la patrie ou le souverain ,*qui y dans la monarchie , ne fait qu'un avec l'État. Entre ces belles actions , ce qui distingue celle de M. de Malesherbes , c'est l'absence de tous les«notîfs qui excitent ordinairement les hommes ^ et ^i les portent à des résolutions courageuses. En effet', on ne saurait attribuer son dévouement généreux à un de ces élans de patriotisme , si commun che2 les anciens , et qui était chez eux poussé jusqu'au fanatisme ; ce n'était pas non plus l'amour de la gloire ou l'ambition , passions qui portent à de 81 grands sacrifices; l'honneur^ ce tyran impérieux qui se fait obéir en menaçant de la honte, bien plus' redoutable que la mort, n'exigeait rien de lui; enfin il ne fut pas entraîné par une de ces amitiés vives et fortes , si rare entre des égaux, impossible lorsqu'il y a une grande inégalité de rang, surtout dans l'occasion dont il s*agit , puisque l'étiquette de la cour de France s'opposait à ce que la haute robe .eût aucune intimité - avec la famitte royale, la noblesse militaire étant seule admise aux chasses et aux soupers , oii les princes se^ familiarisaient avec elle. Il est bien vrai que M. de Malesherbes, ayant été quelque temps ministre, avait été à portée de connaître le cœur du Roi , et d'apprécier ses intentions bienfesantes ; mais ce sentiment n'est point de l'amitié. Quels furent donc les motifs de cette courageuse détermination ? une pieuse fidélité envers un souverain déchu sans être dégradé, une noble pitié pour le malheur.

1a simplicité de la £brme releva merveilleusement la beauté de ractiou : point d'enthousiasme , point de bravade. Il plaida cette cause mémorable comme si elle eut pu être gagnée , moins sans doute dans l'espoir de sauver son royal client , que pour se procurer un accès auprès de lui , et pour lui offrir la seule consolation digne de lui ^ les épanchements d'un cœur vertueux et sensible.

L'héroïsme calme n'excite pas seulement notre ^admiration ^ il nous inspire une affection personnelle ^our celui qui développe à nos yeux un si beau caractère, et ce sentiment n'a rien que de juste; car l'on ne peut réellement compter que sur un courage désintéressé et pur dans ses motifs, qui ne doit rien à l'exemple, aux circonstances ou à la vivacité des ^ passions. Un ancien a dit , en parlant de Caton, que la lutte d'un homme vertueux aux prises avec l'infortuneiétait un spectacle digne de fixer les regards de la Divinité; l'on pourrait ajouter ^ue celui qui se présente de lui - même à un danger imminent par vertu, qui l'affronte avec ime héroïque fer- ' ;neté , en est la plus parfaite ynage.

M. le duc DE Xivis.

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