‹ La couronne littéraireChapitre 71 sur 108 · BEGRETS DU PROSCRIT QUITTANT LES CHAMPS OU IL A REÇU L'HOSPITAUTÉ · texte numérisé non relu

BEGRETS DU PROSCRIT QUITTANT LES CHAMPS OU IL A REÇU L'HOSPITAUTÉ

Hbukeux qui du printemps admirant la verdure, Aux jours de Pespérance a connu la nature, Et la revoit encor dans sa fécondité l Tout concourt à sa joie , à sa félicité.

Chacune des saisons qui compose Tannée Offre un nouveau spectacle à sa vue étonnée.

Pour lui , de quelque point que souffle le zéphir^ 11 apporte un bienfait, il fait naître un plaisir.

( laS)

Il contemple au printemps Téclat des fleurs naûsanles; Il suit dans leurs progrès les moissons jaunissantes^ Il cueille en paix les fruits dont il a yu les fleurs; Et quand Faffreux hiyer déchaîne ses fureurs, Son cœur jouit eucor, sous son toit solitaire, .Des beaux jours (ju^il regrette et de ceux qu^il espère. Hélas! un sort si doux eût rempli tous mes yœux; Mais ces champs fortunés, ces champs aimés des cieox, Ne me reyerront plus quand la fertile automne Viendra' les enrichir des trésors de Pomone, Quand Bacchus., de ses dons mûris sur les coteaux, Du joyeux yigneron paiera les longs trayaux:

Il ne me yerra point, entonnant aea louanges, Accompagner le char des bruyantes yendangéï.

Le temps, qui semble, hélas! se fixer sur nos maux^ Emportant dans son cours nos plaisirs, nos années. Fuit et presse le yol des heures fortunées.

Les beaux jours du printemps ont passé comme un jour, Et ces beaux jours pour moi sont perdus sans retour. Ce n^est plus pour mes yeux que les fleurs yont éelore; Je n^assisterai plus au leyer de Faurore ; Et Pastre des «beaux jours, à layille étranger, Ne jettera sur ftioi qu^un regard passager.

De ces yallons riants Pimage retracée Demeurera long-tcnws dans ma triste pensée; Et mon cœur, las dirbruit, ami du doux repos, Reyiendra quelquefois errer sur ces coteaux.

Ainsi» lorsquW mortel a yu les riyes sombres, S'échappant^ lions dit-on, du noir séjour des ombres, Vers le déclin du jour, ses mânes attendris Yont soupiriJr encore aux lieux qu'il a chéris.

MiGHAVD.

( lag )

lE CHBÉTIEN MOURANT.

Qu^ENTE5DS-JE? autour de moi rairain sacré résonne. Quelle foule pieuse en pleurant m^environne ? Pour qui ce chant funèbre et ce pale flambeau ? O mort! est<-ce tat yoix qui frappe mon oreille Four la dernière fois? £h quoi! je me réveille Sur le bord du tombeau !

O toi! d^un feu divin précieuse étincelle, De ce corps périssable habitante immortelle , Uissipe ces terreurs : la^mort vient t^affranchir ! Prends ton vol, à mon ame ! et dépouille tes chaînes : Déposer le fardeau des misères humaines ,

Est-ce donclà mourir ? -t

Oui, le temps a cessé de mesurer mes heures. ^.<

Messagers rayonnants des célestes demeures^ • ,^

Dans queb palais nouveaux allez-vous me ravir ? Déjà, déjà je nage en des dots de lumière.

L'espace devant moi s'agrandit, et la terre Sous mes pieds semble fuir! ^

Maij qu'entends-je? au moment où xhon ame s^éveille, Des soupirs, des sanglots ont ftajfé mou oreille ! Compagnons de l'exil, quoi! vous pleurez ma mort! Vous pleurez! et déjà dans la coupe sacrée Tai bu Foubli des maux , et mou ame enivrée Entre au céleste port.

ALPHONSE DE LAHARTJNK.

L'HOMME , ou LE CORPS ET L'ESPRIT.

Les êtres qu'uDe volonté toute-puissante fît sortir du néant forment comme. deux mondes opposés dans un seul univers , le monde *des corps et le monde des esprits.

L'un s'ignore, l'autre se connaît. L'un est soumis à des lois qui lui sont imposées et qu'il ne peut transgresser; l'autre s'impose à lui-même des lois; il se régit par des volontés libres.

La terre que nous habitons, les astres qui nous éclairent, furent reçus dans le vaste sein d'une étendue que rien ne peut mesurer.

Les destinées des esprits, au contraire, s'accomplissent hors- de toutes les étendues et de tous les espaces.

Cependant rien n'est isolé : tout se lie par des rapports , tout se tient. L'œil des intelligences pénètre dans les profondeurs de l'espace ; il admire les merveilles dont elles sont le théâtre^ il s'élève jusqu'à celui qui ordonna qu'elles fussent.

Qu'eût été l'univers privé de tout ténaoin?Tant de'beautés , tant de magnificence devaient-elles être éternellement ignorées? £t si toutes les créatures avaient été insensibles , à qui les cieux auraient-ils raconté la gloire de leur auteur?

' « Quand 4'univers l'écraserait , l'homme, dît Pascal , serait encore plus noble que ce qui le tue , parce qu'il sait qu'il meurt j et l'avantage que l'univers a sur lui j l'univers n'en sait rien. »

La dignité du sentiment qui respire dans cette^ pensée, la manière sublime dont elle est rendue^ auraient dd faire taire toutes les critiques. Com-

( i3i ) ment a-t-on pu dire que la raison était blessée de ce rapprochement entre une telle infinie grandeur et une telle infinie petitesse ?

La raison dit impérieusement que celui qui meurt , mais qui sait qu'il meurt , appartient a un ordre plus élevé que Tétre qui existe sans connaître son existence, Vun fût-il un atome, l'autre un monde tout entier ; l'un dût-il ne vivre qu'un instant, l'autre durer toujours. La raison dit que, après la vertu , le savoir est la source et la mesure de toute no* blessé , et que le plus intelligent des êtres en es|; aussi le plus noble.

C'est donc parce qu'il pense , qu'il connaît , et qu'il se connaît, que l'homme tient le premier rang. Par son corps , il était sans doute ^ne des œuvres les plus admirables de la Divinité ; par son intelligence / il en est devenu l'image.

Là B.OMIGUIERE.

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