LE TOMBEAU DIJN ENFANT
Quel est celui que couvre cette pierte dont la blancheur pure paraît être l'emblème de Finnocence? Approchons Cest un enfant qui reçut et rendit presque au même instant son ame tendre et fugitive. Il n'a point connu la peine et la douleur ; il ne s'est arrêté qu'un moment anx portes de la vie pour laver sa tache originelle , et aussitôt il a dit un adieu rapide au temps et à la terre, et s'est élancé du berceau dans la tombe. Qu'a-t-il donc entrevu dans notre monde de m rebutant et
de si insupportable, pour en sortir si brasqaemenl? Serait-ce que ce jeune étranger , lorsqu'il goûta la vie, trouva la coupe trop amère, et, détournant la tête, refusa d'en boire davantage. Dégoûté par ce premier essai , il aura fui du monde pour se sauver dans la paix du tombeau , qui* lui sembla plus douce et plus tranquille.
Heureux et rapide passager^ à peine tu quittas le rivage que tu te vis entrer dans le port ! Plus quStoi pourtant ils méritent d'être heureux , ceux qui ont surmonté les flots et les tempêtes d'un long et dangereux trajet ; qui ont soulagé dans la route les compagnons de leurs travaux, et lai^é l'exemple de leur courage aux voyageurs qui les suivent.
Mais n'en sois point jaloux. Novice accepté sans avoir subi d'épreuve,, tu fus exempté de sentir la plus légère atteinte de tous ces maux dont sont accablés tes parents qui te survivent. Heureux enfant ! tu i^ les a point connus,' ces maux cruels qui arrachent de fréquents soupirs au courage le plus constant! Tu n'as point senti ces traits déchirants que laissent si souvent dans nos cœurs les plus doux plaisirs^ alors qu'ils expirent.
Tristes parents , quittez ee deuil et séchez vos pleurs. Pourquoi vous affliger de ce que votre enfant est couronné par la victoire , avant même d'avoir combattu ? Peut-être que le suprême Arbitre des événements prévoyait dans l'avmiir quelque piège inévitable où succomiberait sa j[0unesse , ou qu'il a voulu le sauver de quelque affreux revers que lui réservait la vie. Pourquoi vous plaindre de sa tendre prévoyance ? Que lui reprochez/ vous ? C'est une jeune fleur qu'il a pris soin de renfermer dans la serre et de sauver avant que le tonnerre
( i35 ) commençât à gronder, et que la saison des orages fût arrivée. Ahl souvenez- vous qne cet enfant si cher p'est pas perdu^ mais qu'il est seulement sou* s trait au mal futur.
£t nous 9 qui sommes condamnés à supporter le poids du jour et de la chaleur, ne soyons pas décoi;* r^gés; soQgeons qu'il est plus glorieux d'être entrés dans la lice, et qu'un combat plus long donne un plus grand prix à la victoire. Le Maître qui doit nous payer nos travaux sait les apprécier. Remplissons notre tâche, et reposons - nous sui* lui du salaire.
Letoubneub.
LES feuilles:
. La racine étant presque toujours dérobée aux regards, on peut dire que le feuillage donne seul un caractère à la plante. U croît avec elle ; il la dirige dans les aks, où il protégb de son abri les tendres rameaux. Chargé de fonctions absorbantes et sécrétoires, il est à la fois le pourvoyeur et l'ornement de la tige, à laquelle il communique son balancement onduleux. Aussi quelle prévoyance dans le bouton qui le contient I
Celui-ci , formé dans l'aisrelle d'une feuille qui le nourrit et l'enveloppe de son pétiole , ne présente d'abord qu'un point presque imperceptible. Il croît graduellement et se piontre d'une manière plus distincte aux approches de l'hiver, époque à laquelle les frima ts lui enlèvent sa protectrice. Mais si ce- secours lui manque, c'est qu'il est déjà pourvu des pellicules et des gommes sous lesquelles il peut braver impunément 1^ rude saison. C'est donc dans cet
( i36 ) espace ëtroit qae, plië& selon leurs formes, les divers-feuillages attendent le printemps. A peine le soleil de mars à réchauffé la terre , qu'on les voit de toutes parts abandonner, déchirer, ou chasser les tuniques qui leur ont servi de berceau. Les arbres se coiffent de vertes chevelures sous lesquelles leurs fronts cannelés se rajeunissent. Variées dafis leur port comme dans leurs teintes'^ elles se groupent y se divisent , s'étalent où flottent avec grâce. Tantôt, agréables pendentifs, elles s'arquent et retombent enguirlandes; tantôt, moins modestes, elles s'élèvent à la manière de faisceaux , de gerbes ou d'obélisques. Ici , c'est une flèche que l'on dé- Coche; là , c'est une touffe azurée qui se marie élégamment à l'horizon. Des feuilles innombrables se sont tout-à-coup étendues dans les airs , pareilles à l'épée qui sort du fourreau , à l'éventail que l'on déplisse , ou à la^ pièce d'étoffe que l'on déroule. Pçu de jours viennent de s'écouler, et les bosquets se sont si bien enlacés, l'ombre s'est tellement épaissie^ que l'on serait tenté de demander où donc avaient été mises eu réserves ces riches et: fraîches tentures dont s'est paré dans un instant le séjour de la race humaine.
KiKATRÏ.