‹ La couronne littéraireChapitre 75 sur 108 · OPE · texte numérisé non relu

OPE

«t Mes soeurs, Tonde est plus nraiclie aux premiers feux du jour. » Tenez : le moissonneur repose en son séjour;

» lik rive est solitaire encore; » Mempbis élève à peine un murmure confus, » Et nos chastes plaisirs , sous ces bosquets toulRis,

» N'ont d'autre témoin que l'aurore.

» Au palais de mon père on yoit briller les arts;

» Mais ces bords pleins de fleurs charment plus nos regards

» Qu'un bassin d'or ou de porphyre ; » Ces chants aériens sont mes concerts chéris; » Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris,

» "Le souffle embaumé du zéphire. '

» Venez : l'onde est si calme et le ciel est si pur! » Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur

» De yos ceintures transparentes; » Détachez ma couronne et ces voiles jialoux.; 9 Car je yeux aujourd'hui folâtrer avec yous

» Au sein des yagues murmurantes.

» Hàtona-oouB... -Mais parmi les brouillards du matin, » Que yois-je? Regardez à l'horizon lointain...

» Ne çraignfz rien, filles timicles :

I) Ce«l sans doi4e, par Tondie entraîné vers la mer, I) Le tronc d'un vieux palmier qui, du fond des déserts,

» Vient yisiter les pyramides.

» Que dis-je ? Si j'en crois mes regards indécis , . » Cest la barque d'Hermès ou la conque d'Isis,

» Que pousse une brise légère.

» Mais non : c'est un esquif où , dans an doux repos, 9 J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots, V Gomme on dort au sein de si) mère.

» 11 sommeille , et, de loin, à voir son Ut flollant» » On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant

» Le nid d'une blanche colombe.

» Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent; -» L'eau Je balance : il dort, et le gouffre mouvant » Seiïible le bercer dans sa tombe.

» Il s'éveille : accourez , 6 vierges de Memphis! » Il crie... Ab ! quelle mère a pu livrer son fils

M Au caprice des flots mobiles?

» Il tend les bras; les eaux grondent de toute part » Hélas ! contre la mort il |i^ d'autre rempart

» Qu'un berceau de roseaux fragiles.

» Sauvons-le... C'est peut-être un enfant d'Israël : » Mon père les proscrit : mon père est bien cruel

» De proscrire ainsi l'innocence !

» Faible enfant ! ses malheurs ont ému mon amour; • » Je veux être sa mère : 'il me devra le jour ,

j» S'il ne me doit pas là naissance. »

A insi parlait Iphis , l'espoir d'un roi puissant , Alors qu'aux bords du Nil son cortège innocent

Suivait sa course vagabonde ; £t ces jeunes beautés, qu'elle efiàçait encor , Quand la fille des rois quittait ses voiles d'or.

Croyaient voir la fille de l'onde (' ).

( i) Les Égyptiens , coraitie les Grecs et les Tfriens , croyaient U déeJW de la beauté née de récame des mers.

Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit.

Tremblante, la pitié , vers Penfant <|ui gémit,

La guide en sa marche craintive 5 ERc a saisi Tesquif ! fiére de ce doux poids, ' Uorgueil sur son beau front, pour la pieoiiére fois,

Se mêle à 1 1 pudeur naïve.

Bientôt, divisant fonde et brisant lés roseaux , Elle apporte à pas lents Teufant sauvé des eaux

Sur le bord de l'arène humide ^ Et ses sœurs tour à tour, au front du nouveau-né, Garant leur doux sourire à son œil étonné ,

Déposaient un baiser timide^

Accours, toi qui de loin , dans un doute cruel. Suivais des yeux ton fils (0 sur qui veillait le ^el.

Viens ici comme une étran^jérej Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas.

Car Iphis n'est pas encor mère. ' •

Alors , tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant^ La vierge, orgueil d^un trône, amenait l'humble enfant * Baigné des larmes maternelles ,

On entendait en chœur, dans les cieux étoiles. Des anges, devant Dieu de leurs ailes voilés , Chanter les lyres éternelle^ ;

« Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d'exil;

» Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil ^

. » Le Jourdain va t'ouvrir ses rives; » Le jour enfin apprùch«.oii, vers les champs promis, » Gessen iÊtca s'enfuir, malgré leurs ennemis , » Les tribus si long-temps captives.

» Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flots, » C^st l'élu du Sina ^ c'est le roi des fléaux ,

(1) La Bible dit que la mère de MoTae laissa sa fille au lord du fleuve pour veiller aùr le berceau | on a cru pouvoir supposer, poiir/«ndjc PactioB plus rapide, ^u* y% «làre était testée («Ue-iuèiue afin de remplir ce triita deveïp,

» Qu^une yierge sauve de Tonde.

» Mortels! vous dont l'orgueil méconnaît TÉteniel, M Fléchissez : un berceau va sauver Isra^j » Un berceàn doit sauver le monde, h

• y, Hugo.

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