L'ENFANT AU BERCEAU
ÂiMlBLE enfant , tandis que tu sommeilles^ ta mire est la qui veille sur ton repos. Au bruit de ton haleine, son C0ur a tressailli : attentive ^ iu* quiète y elle respiré à peine. Ses yeux contemplent avec transport des traits embelli» par le calme de l'innocence. Quelle récompense ton jeune âge peut*il donner à sa tendresse? Sans fcwce y sans raison , sans doute on ne peut rien; mais le cœur pour aimer n'attaod pas l^r secours, et le tien pour ta mère a déjà palpité. Déjà ce nom chéri a frappé ton oreille : tes caresses , ton sourire lui parlent pour toi. Sur ses genoux lorsqu'elle te berce, -tes yeux, fixés sur elle, semblent lui dire je t*aime. Sa tendresse te comprend, elle te répond par un baiser; mais bientôt elle va changer de titre où en ajouter eueot^ à cehti qu'elle a défà mérité; elle va devenir ton guide, ne voulant pas Confier à des mains Àra^gires les lisières qui soutiennent Ca marche
chancelante : c'est elle qui veut diriger tes pre^ mîers pas; tous tes mouvements sont pour elle un sujet (le bonheur. Tu ne peux sentir le prix dp ses soins^ mais tu grandiras, telle est son çspérancç, et tu comprendras ce qu'elle fut pour toi.
Tu la veiTas sans cesse auprès de. ton berceau, tu l'appelleras , et jusqu'alors tu ne fesais que la reconnaître; bientôt tu pourras lui parler de ton amour. Ton langage enfantin pourra se faire entendre; ton cœur alors aimera plus encore celle h qui ton regard l'avait dit tant de fois; enfin ^ tu recevras une autre vie. Peu à peu la raison^ éclairant ton esprit, te fera goûter les avis que cette tendre mère te répétera sans cesse. Elle fera ton bonheur et tu fecas le sien. Ton cœur docile à ses conseils comblera tous ses désirs : caressant, attentif, tu deviendras pour elle ce qu'elle fut pour toi. Vivant l'ui) pour l'antre, vous vous trouverez heureux, et tu sentiras que de tous les sentiments le plus doux c'est celui que l'on éprouve pour sa mère*.
M"" Rosalie de G.
DE LITTIUTÉ D£ L'HISTOIRE.
Ce n'est pas sans raison que l'histoire a toujours été regardée coQime la lumière des temps , la dépositaire des événements ; le témoin fidSle de k vérité, \ÙL source des bons conseils et de la prudence^ la règle de la conduite et des mœurs. Sans elle, renfermés dans les bornes du siècle^ du p^ys où nous vivons, resserrés dans le cercle étroit: de nos connaissances particulières et de nos propres réflexions ^ nous demeurerions toujours dans une espèce d'enfance, qui nous laisse étrangers à l'égard
du reste de l'umVers , et daos une profonde igoo^ rance d^tout ce qui nous a précédés et de tout ce' qui nous environnd. Qu'est-ce que ce petit nom- * bre d'années qui compose la vie la plus longue, qu'est-ce que l'étendue du pays que nous pouyons occuper ou parcourir sur la terre ^ sibon un point imperceptible à l'égard de ces vastes régions de l'univers, et de cette longue suite de siècles qui se sont succédé les uns aux autres depuis l'origine du monde ? Cependant c'est à ce point imperceptible que se bornent nos connaissances , si nous n'appe- ' Ions- à notre secours l'étude de l'histoire , qui nous ouvre tous les siècles et tous les pays^ qui nous fait entrer en commerce avec tout ce qu'il y a eu de ' grands hommes dans l'antiquité 5 qui nous met sous les yeux toutes leurs aclious, toutes leurs entreprises, toutes leurs vertus, tous leurs défauts^ et qui, par les sages réflexions qu'elle nous fournit ou qu'elle nous donne lieu de l'aire, nous procure en peu de temps une prudence anticipée, fort supérieure aux leçons des plus habiles maîtres.
On peut dire que Thistoire est l'école commune du genre humain, également ouverte et utile aux grands et aux petits , aux prinoes et aux sujets, et • encore plus nécessaire aux grands et aux princes qu'à tous les autres; car comment, à travers cette foule de flatteurs qui les assiègent de toutes parts^ qui ne cessent de les louer et de les admirer, c'est-à-dire de les corrompre et de leur empoisonner l'esprit et le cœur; comment, dis-je, la timide vérité pourrat«elle approcher d'eux, et faire entendre sa faible voix au milieu de ce tumulte et de ce bruit confus? Comment osera-t-elle leur montrer les devoirs et les servitudes de la royauté; leur faire entendre
( i58 ) «h quoi ^mUte leur vëriuble gloire; leur représenter que s'ils veulent bien remonter jusqu'à rorigine de leur institution, ils verront clairement qu'ils «ont pour les peuples, et non les peuples pour eux; les Avertir de leurs défauts ; leur faire craindre le juste jugement de la postérité^ et dissiper le nuage épais que forment autour d'eux le vain fantôme de leur grandeur et l'enivrement de leur fortune. * Elle ne peut leur rendre ces services , si importants et si nécessaires, que par le secours de l'histoire, qui seule est en possession de leur parler avec liberté; et qui porte ce droit jusqu'à juger souverainement des actions des rois mêmes , aussi bien que la renommée. On a beau faire valoir leurs talents, admirer leur esprit ou leur courage, vanter leurs exploits et leurs conquêtes , si tout cela n'est poiut fondé sur la vérité et sur la justice, l'histoire leur fait secrètement leur procès sous des noms em- {»runtés. Elle ne leur fait regarder la plupart des plus fameux conquérants que comme des $éaux publics, des ennemis du genre humain, des brigands des nations , qui , poussés par une ambition inquiète et aveugle , portent la désolation de contrées en contrées, et qui, semblables à une inondation ou à tin incendie , ravagent tout ce qu'ils rencontrent. Elle leur met sous les jeux un Caligula , un Néron , un Domitieu, comblés de louanges pendant leur irie, devenus après leur mort l'horreur et l'exécratton du genre humain, au lieu que Tite j Trajan , Antonin, Marc-Aurèle, en sont encore regardés <:onime les délices , parce qu'ils n'ont usé de ieiir pouvoir que pour faire du bien aux hommes. Aitki l'on peut dire que l'histoire, dès leur vivant niiéme, leur tient lieu de ce tribunal établi aautifoia thèz
( iSg ) les égyptiens , oa les princes , comme les particuliers y étaient cites et juges après leur mort; et que, par avance , elle leur montre la sentence qui dëdâera pour tonjours de leur réputation ; enfin , c'est «Ne qui imprime aux actions véritablement belles le sceau de l'immortalité, et qui flétrit les vices d'une note d'infamie que tons les siècles ne peuvent effacer. C'est par elle que le mérite inconnu pour un temps , et la vertu opprimée , appellent au tribunal incorruptible de Ui postérité, qui leur rend avec dédomgiagement la justice que leur siècle leur a quelquefois refusée , et qui ,.sans respect ^ur les personnes, ei; sans crainte d'un pouvoir qui n'est plus, condamne avec une sévérité inexorable l'abus injuste de l'autorité !
LES SAGRinOEa HUMAINS ABOLIS EN EGYPTE.
Quand les Musulmans eurent fait la c6nquét6][de l'Egypte, Abulphégà lut nommé pacha du Caire: c'était upi homnte doux, husnain, modéré^ libéral. Il existait alors une coutume étrange et barbare :: lorsque le 1^1 , d^ns sa crue , ne montait pas \ la hauteur. exigée poAr fertiliser les terres, le peuple s'assemblait; on tirait au sort celle d'entre les jeunes vierges qui serait sacrifiée au fleuve; on couronnait de. fleurs la tête de Ja victime , on entourait son front de basideiettes sacrées , et on la conduisait vers le fleuve. Les prêtres , couronnés de verveine , us chceur de }eunes vierges et tout le peuple , l'accempagoaient en chantant des hymnes^ Au bord du fleuve, le grand^prétre ayant prié le dieu de déteui*ncc sur la tête de la victime tous les malheurs dont ^gmefnixÊA jâtre menacés tes Egyptiens^ lui plongeait
( i6o ) le couteau sacré dans le sein. Ob la précipitait dans le fleuve, et à Teadroit même du sacrifice on élevait un autel de gazoa et.de fleurs. Le Nil, disait- on, apaisé par cette oflrande^ montait à la hauteur exigée. La première année du gouvernement d'Abulphéga , le Nil ne se dâ>orda point ; déjà le peuple se préparait au sacrifice, déjà la victime était choisie; mais Abulphéga , saisi d'indignation , fit entendre la voix de l'humanité, et ordonna (fue ces sacrifices barbares fussent abolis pour jamais. Au reste, par ses générosités , il préviût les horreurs de la famine.'
Le peuple, adouci par les vertus d' Abulphéga et par ses bienfaits, écouta les sentiments de la nature, et obéit sans murmurer. L'année suivante le Nil ne se déborda point encore, l'Egypte était menacée <le la plus horrible famine. Abulphéga ayant épuisé ses greniers l'année précédente, ne pouvait plus secourir le peuple j cependant il veut encore empêcher le sacrifice. Le peuple , animé par la crainte d'une aflreuse famine, se révolte. Abulphéga cherche^ en vain à l'apaiser; il a beau lui opposer les sentiments de la nature, le peuple persiste toujours à vouloir faire le sacrifice. Abulphéga ne pouvant l'apaiser' lui ordonne de s'assembler sur une montagne voisine du Caire} là il fit à la multitude un discours touchant, dans lequel il employa toute son éloquence pour engager les Egyptiens à écouter la v6ix de l'humanité. 11 termina son discours par une ardehte prière.
a Grand Dieui dit-il, si j'ai toujours été fidèle à 9» mes devoirs , exauce mes vœux } jette un regard » 'de compassion sur ce peuple insensé ; fais-lui en- » tendre les sentiments de l'humanité; abolis pour 9 jamais ces sacrifices barbares^ Divinité impréiH»!
( .6. ) » n'abandonne plus (on peuple; répands Ion urne » féconde sur cette terre altérée; rends au Nil ses » crues ordinaires et à l'Egypte sa fécondité. »
A peine eut- il fini, qu'on vint annoncer que le Nil augnientait. Le peuple égyptien répond par mille acclamations, et*renonce pour jamais à l'horrible sacrifice* Depuis ce jour, quand le Nil ne montait pas à la hauteur exigée pour fertiliser les terres , on se contentait d'élever sur les bords du Nil un autel de gazon en mémoire de l'ancien sacrifice, et tout le peuple s'assemblait sur cette même montagne pour faire une prière à l'Être suprême.
M. DupoifT, élève.