‹ La couronne littéraireChapitre 82 sur 108 · LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE

De la mémoire encor retraçons les secours; Sans elle> ce qui fut périrait poi^r touiourst La mémoire, il est vrai, de palettes privée, Ne gardant des objets quWe image énervée, N'ofi&e que les lointains de Tespace et du temps, Et n'a point de sa sœur les pinceaux éclatants. Mais de nos souvenirs riche dépositaire.

Elle peuple d'amis notre exil solitaire; Elle adoucit pour nous les rigueurs du destin , Et Tami qui n'est plus vit enco» dans son sein. Je la vois, Foeil en pleurs, de regrets attendrie. S'incliner dans la nuit 8u%son urne chérie; le la vois, des savants éclairant les travaux. Aux coïkfins de l'cAbli placëF ses longs fanaux, Retracer les destins d'un monde ou d'un atdme , Des siècles décédés ranimer le fantôme , • £i redire au présent les fastes du pas&é.

StTGCESâlON BÉCtrUÈRE DES FLËtTIlft :

EFFETS AORKABLES QtTI RESULTEITT DE CETTE ECONOMIE.

Quoi de plus digne encore de notre admiration que l'ordre régulier dans lequel chaque espèce de fleurs succède k l'autre. Tandis qu'une foule d'espèces nous prodiguent leui*s appas , une foule d'autres germent dans le sein ,de la terre, et nous préparent de nouveaux plaisirs; le lis s'avance le premier à travers les glaçons ; sans craindre les frimas , il vient y décoré de la robe -de l'innocence, o£frir à son maître le premier tribut de l'année; près de lui , la fleur de safran s'efi'raie du bruit des vents impétueux et des rugissements de la tempête : elle cache sa tête timide; elle n'ose trop allonger sa tige y qui l'exposerai^ k leurs fureurs* Dans cette brillante ambassade de l'année, la violette se montre des premières ; ornée de ses simples grâces^ et digne d'embellir les jardins des rois , elhe se contente de border nos haies , et de croître au pied des buissons; elle distribue librement et sans faste la douceur de ses parfums , bornant toute sa gloire à nous donner du plaisiF^ sans chercher notre admiration : emblème expressif de ces vertus modestes qui, dans le silence et l'Abscurilé, verseât leurs douces influences sur le malheureux, sans attendre que l'importuuité leur arrache des bienfaits. La malheureuse polyanthci qui fesait l'ornemjBnt de nos plates-bandes, a disparu : transplantée sur nos fenêtres, elle servait de barrière aux rayons du soleil, et nous fesait goûter un ombrage frais et parfumé; je l'ai vue se faner, elle a penché sa tête

languissante, et la mort l'a desséchée. Tu es venue nous consoler de sa perte ^ toi (i), fleur agréable et brillante 9 qui empruntes ton nom de l'ours féroce^ marquée de mille couleurs, un œil de cristal te couronne; ta draperie est du plus beau satin : tu exhales dans les airs un parfum délicieux : tant de titres t'ont rendue la favorite de ton maître; mais ses soins ne peuvent te préserver de la loi commune ; ta douce odeur et ta beauté ne peuvent te dérober aux coups du sort.

Je vois éclore la majestueuse tulipe, elle nous fait oublier pour un temps toutes nos pertes; sa douce fantaisie la colore à son gré de mille couleurs,^ sa passion est de plaire à tous les yeut. L'anémcme la suit; sa robe est étendue; sa cime est couronnée d'un dôme superbe; son manteau flotte ûégligemment ; sa touife agréable offre un trône aux amours de Flore et de Zéphyre. Le m^me mois produit encore la renoncule : fière et gracieuse^ elle étale la richesse de son feuillage; pour nous plaire, elle n'a besoin que de l'élégance de ses formes, et de la brillante variété de ses teintes* 11 me semble que la nature se perfectionne dans ses opérations : à mesure qu'elle s'apprête à finir l'année, ses derniers ouvrages sont loujours plus marqués au coin du grand maître. Pour couronner ses bienfaits, elle feft naîtreTœillet , qui captive tous les yeux par ses grâces^ et charme notre odorat de ses parfums. Cette fleur rassemble seule toutes les qualités des. fiears qui ont passé avant elle, et nous les fait oublier. La giroflée , cofnme une amie fidèle , nous accompagne constamment au milieu des viciSsi^

(0 L'oreilk-d'ours.

tudes de la saison. Les autres fleurs ne vivent qu'un

matin ^ elles ne se montrent à nous que pour nouS

laisser des regrets; mais celle-ci se perpétue, pour

ainsi dire , dans nos jardins , et ajoute la fidélité à la

complaisance.

' Traduction cCBxxcK^r,

ON ADMIRE CE QXn EST GRAND; ON N'AIME QUE CE QUI EST BON. .

Qu'un homme , par l'éclat de ses belles actions y s'élève au-dessus de l'humanité; qu'il immortalise sa mémoire par ses hauts faits , ses exploits et ses entreprises hardies, je l'admire, sa valeur m'étonne. Mai& s'il n'est remarquable que par ses vertus guerrières; s'il ne met sa gloire qu'à faire tout ployer devant lui , et s'il ne cherche pas à faire le bonheur de ses peuples en protégeant les lois y les établissements, et en maintenant les institutions, je ne puis l'estimer et Kaimer autant qu'un bon roi qui cherche plutôt à régner dans les cœurs qu'à soumettre ses voisins , et qui préfère au ravage et au pillage de la guerre la tranquillité de ses états. La réputation de ce dernier sera peut-être moins brillante que celle du conquérant, mais sa gloire sera plus durable.

Les qualités paisibles et les vertus, qui font le bonheur des peuples, sont aussi celles qui méritébt aux princes l'amour de ces mêmes peuples. On admirerait le soleil, s'il ne fesait qu'éclairer la nature, mais c'est parce qu'il la vivifie qu'autrefois les hommes l'ont adoré, et lui ont rendu un culte qu'ils ne devaient qu'ait créateur de cet astre bien-

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