‹ La couronne littéraireChapitre 85 sur 108 · LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

LA SOLITUDE

Qu'ils sont doux ces sentiments que Fon éprouve lorsque, livré à ses propres réflexions, on peut avec tranquillité se rappeler le passé et envisager Tayenir I •

Le monde a des attraits, mais à ses moindres plaisirs sont attachées des peines; le monde est flatteur , et c'est* en cela qu'il nous attire, mais les illusions dont nous aimons à nous entourer, dès qu'elles se dissipent, ne laissent après elles que de l'amertume. L'homme qui tire ses jouissances de Jui-méme est le plus heureux; il veut cependant des amis, car son cœur a besoin de s'épancher; tout dans la nature l'y engage, tout le lui prescrit, mais le travail est la première de ces divinités, et la' retraite e^t-un bien nécessaire à son existence. Avec quelle admiration nô contempler t-il pas le soleil sortir* du sein des nuages pour comn^^ncer une belle Journée de printem'ps ! Avec quel délice n'àime>t-il

( '69 ) pas k s'égarer dans un bois solitaire où le silence semble parler à l'ame, où le frémissement des feuilles , où le chant des oiseaux sont autant d'objets qui l'agitent et le portent à méditer. N'est-ce ï>as h ces inspirations divines , descendues au sein du silence et de l'étude^ que nous devons tant de chefsd œuvre dont notre esprit ne peut comprendre la création? Young, seul , dans l'obscurité des nuits, élevait son ame vers les cieux, et composait ces chants de tristesse si remplis de sublimité qu'ils pénètrent en même temps qu'ils touchent !

Boileau , dont la muse épiait les ridicules hu-» mains pour les retracer avec une gaîté amère, dans son séjour d'Auteuil, assis sur un simple banc de verdure , transmettait à la postérité des modèles de goût et de pureté.

Pope, auprès du tombeau de sa mère, allait pttiseï- ces pensées brillantes qui lui valurent des palmes immortelles; et Demoustiers , à Saint- Vinnemer, rêvait l'amitié dans les détours des bois : son pinceau, sous les yeux de la nature, exprimait avec plus de grâce et d'ingénuité les plus douces émotions, de son cœur. • -

Et cette solitude si douce n'a-t-elle pas été la consolation des grands hommes malheureux ? C'est dans elle que Scipion cherchait un adoucissement à Ja peine que lui causait l'oubli de sa patrie. Dioclétien, dans l'obscurité et la retraite, trouvait des plaisirs plus doux que sur le tràne; et Sully, ce sage moderne k qui nous devons une partie du bonheur du beau règne d'Qenri IV, cet homme désintéressé, qui par ses talenU sut se faire le plus cher ami de son maître*, disgracié par un roi faible et voluptueux, loin de la cour si long-temps ornée

par lui y sut trouver un repos plus agrëable à sa vieillesse et plus utile à «on cœur.

La paix intérieure est le plus grand de tous les biens , mais où la dierdber cette paix si précieuse? Ce n'est pas dans un inonde où elle. est inconnue; ce n'est pas dans les fêtes ^ auxqudles elle ne préside janoiais; c'est dans son propre cœur qu'on la trouve ; c'est la méditation et la solitude qui la favorisent, et c'est dans sa famille, au sein de ses amis , qu'on peut seul la goûter.

Heureux donc celui qui la possède, celui qai Aime à s'entretenir avec lui-même , qui n'a pas besoin de ressources qui soient hors de lui; il sait se contenter de peu, il est étranger à l'ennui ; car la richesse de l'esprit , jointe au conten ternit de l'ame, est pour Thomme la véritable source de bonheur*

M"* CÉLESTE D

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