‹ La couronne littéraireChapitre 86 sur 108 · L£S SOEURS DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

L£S SOEURS DE CHARITÉ

Que de bienfaits le seul nom dje la religion chrétienne ne rappelle- t-il pas ! Combien d'établissements pieux ont été fondés par ses disciples ! Combien d'hommes, aidés et soutenus par elle, se «ont élevés aux plus hautes vertus ! Qui donna à saint Vincent de Paule la force «t le courage de porter pendant deux ans les fers d'un malheureux forçat inconsolable d'avoir laissé ses enfants et sa femme dans la plus profonde misère ; si oe n'est cette religion sainte qu'il professa toute sa vie par la pratique de la plus ardente charité ! Enchaîné parmi les galériens, il donna encore l'exemple du travail et de la soumission : ses pieds restèrent enflés pendant

le reste de sa vie du poids des fers honorables qu'il avait portés. On lui doit la fondation de IWdre des Filles de la Charité pour le service des pauvres malades. Nous voyons tous les jours ces vertueuses filles , cherchant à remplir le but de leur fondateur, parcourir nos villes et nos campagnes pour porter des^ecours.aux êtres souffrants et malheureux, et pour se consacrer à l'instruction de n^ enfants. Retirées du mcfhde et de ses plaisirs, elles n'y paraissent que comme des anges consolateurs. Et gardons-nous de croire qu'à force de voir souffrir, elles ne sachent pas compatir à nos peines ; personne au ccyntraire ne prodigue des soins plus touchants , des consolations plus douces. Il en est sans doute dont l'habitude ou le temps a émoussé la sensibilité^ mais la véritable religieuse, celle qui sent toute l'importance de la noble tâche dont elle est chargée, qui a embrassé son état par amour et par vocation , a un fonds inépuisable de pitié et d'humanité. Je me rappelle la réponse que me jfît l'une de ces respectables femiûes à des informations q»e l'on m'avait chargé de faire sur une malheureuse qu'on voulait secourir, mais dont on voulait connaître là<:onduite passée. Elle avait été soignée pendant quelque temps dans un hospice dirigé par des sœurs «de la Charité. Je m'adressai à l'une d'elles pour avoir des renseignements sur la malade, a Nous ignorons qui elle est et d'où elle vient , me dit la religieuse avec beaucoup de simplicité; nous ne l«i a^otis pas demandé : les gens qui sont ici ont besoin de nos soins, notre devoir est de les leur cTonner, quelles que; soient leurs vertus ou leurs vices. Ils sottâvent-, ^^a seul doit suffire pour les soulager. » ' Tel fut .à peu près' le sens de ses paroles , plus mo-

destes et plus simples encore qae celles que ]e rapporte. J'étais presque honteux de mon message, en comparant en moi-même la charité des gens du monde à celle que prescrit la religion. Combiea je trouvais cette dernière plus grande et plus universelle I Tandis que l'homme riche s'informe avant de donner à son semblable, s'il a toujours mérité son estime* la religion appelle également dans son sein tous les malheureux. A l'imitftiion de son divin modèle notre Seigneur Jésus-Christ : « Venez à moi, dit-elle, vous tous qui souffrez; venez, et je vous soulagerai. » Je n'ai jamais pénétré dans les asiles ouverts au malheur et à l'indigence , e^ confiés au zèle de ces saintes femmes , sans y voir exercer les plus hautes vertus. -L'humilité, la patience, si difficiles à pratiquer dans le monde, s'y montrent à tous les moments. Les préceptes de l'Evangile j sont suivis dans toute leur pureté , et là du moins l'accomplissement de cette loi céleste n'est, profané par i^ucun motif humain. Une sœur de Tordre de Saint- Vincent veillait un grenadier blessé et diàngereosement malade. Accoutumé à la vie des camps et au désordre de la guerre ^ le militaire n'avait aucun respect pour le rang et l'habit de sa bienfaitrice. Souvent il repoussait avec rudesse ses officieux secours : quelquefois il l'accablait d'injures^ grossières. Cette pieuse fille opposait à ces insultes unepatiedce inaltérable , et finissait par vaincre , à force ide bonté, le caractère emporté du soldat. Cependant, un jour qu'il souffrait davantage , elle se pr^nta devant lui , tenant à la niain une poticm que le médecin avait ordonnée; il refuse de la prendre^ elle insiste avec douceur^ Du refus il pass2^ aii^x injures et aux menaces. Elle le'conjura depepser au

( 173 ) , danger qu'il courait , aux suites que pouvait avoir soD obstÎDation.- Convaincu à la fin qu'il ne pouvait se délivrer de son importunité , il feignit de se rendre, prit la tasse qu'on lui offrait^ et jeta tout ce qu'elle contenait au visage de la religieuse. Elle s'éloigna sans murmurer : mais l'instant d'après la vit reparaître au chevet du lit du malade avec le breuvage qu'elle avait apprêté de nouveau. Poussé à bout par une constance qu'il croit de l'obstination , le grenadier furieux saisit le vase et le brise en éclats : la liqueur jaillit sûr les vétqpiens de la femme charitable à laquelle il insulte si cruellement. Il croit cette fois qu'après un pareil outrage elle ne s'exposera plus à revenir près de lui; mais le militaire ne connaissait que le com'age qui se montre sur un champ de bataille , il n'avait aucune idée de celui que peut donner la religion. La sœur de Saint-Vincent s'approche pour la troisième fois : « Prenez ce breuvage , lui ditelle ; prenez-le , je vous en conjure , ne me refusez pas cette grâce , je vous la demande à genoux. » Le malade ne sait plus s'il doit croire ce qu'il entend ; sa dureté a fait place à un attendrissement involontaire ; des larmes s'échappent de ses yetix : « Vous êtes un ange! » s'écfie-t-il ; et saisissant le breuvage salutaire^ il l'avale sans hésiter. Cet homme dut la vie à la pieuse persévérance de celle qu'il avoit traitée comme une ennemie* Il fut reconnaissant de cette faveur du ciel ; et témoigna le désir de mieux connaître la religion qui inspirait des vertus à la fois si douces et si élev^ées.

M""* SW. BCLLOG.

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