LE CHIEN
^ Un soldat blessé ayant été oublié sur le champ de bataille y un seul ami , son compagnon , son chien était resté auprès de lui. Inconsolable , sans nourriture , il avait passé deux jours sur le corps de son maître , résolu de ne pas lui survivre. Tout-à-coup il a senti quelques légers mouvements. L'œil de ce maître chéri s'est rouvert à la lumière. Il respire î il vit encore! O transports inexpriiQrables! L'animal géhéreux le couvre de caresses; il lèche ses blessures , il réchauffe ses membres glacés. Le soldat se soulève ; mais , épuisé par sa longue agonie y il retombe san*> force ^ il va périr d'inanition. Ou chercher quelque assistance? Où 'trouver du secours? De tous côtés le silence et la mort! Mais que ne peut l'instinct dirigé par l'atnour? D'un nez avide ^ le chien interroge l'espace , et bondissant de joie, il part comme un trait, revient plus vite encore, et apporte à son maître défaillant- la moitié d'un pain qu'il a découvert au milieu des cadavres.
I£ SOMBIEIL.
Ce n'est point dans les palais , oà le riche étale avec ostentation ses fragiles richesses , qu'il faut chercher le doux sommeil. En vain l'homme opulent, fatigue du m<)nde, ennuyé de tous les plaisii*s^ appelle- t-il à son secours ce dieu charmant. Couché sur un mol ëdredon, il se remue, s'agite, change sans cesse de place, et froisse dans tous les sens lés coussins sur lesquels il ne peut trouver le repos. Enfin si, cédant à sa voix, le sommeil vient clore (quelques instants ses paupières , les songes les plus sinistres trouhlent son imagination. Si c'est un amhitieux , le ministre dont il briguait la faveur afin d'obtenir pne place vient de la donner à un autr» favori; le prince à qui il fait sa cour ne l'a pas même remarqué. C'est ainsi que mille idées fantastiques viennent en foule l'assiéger. Inquiet, troublé, il se réveille, et a de la peine à s'assurer quB tout ce qu'il vient de voir n'est qu'un songe trompeur. Quittez à présent la demeur» du riche, et transportez-vous sous l'humble chaumière du paysan : c^est là seulement qu'habite le bonheur, et, par conséquent^, le repos. Ah! qu'il dort en paix^ celui qui, chaque jour, ouvre le sein de lia terre pour la forcer à nous- prodiguer ses dons» A peine s'est-il posé sur un lit, ii'oii sont bannis le luxe et la^ mollesse, que le sommeil vient de réparer ses forcesw Les songes riants voltigent autour de lui, et le bercent de douces espérances. Il voit dans ses champs de riches moissons, ses vignes couvertes des présents jàe Bacchus, ses moutons chargés d'une riche toison; et lorsqu'il ouvre ses paupières^ il se hâte
et
T i83 ) de courir au tcwsà\, afin de réaliser ces image» de bonheur.
t M"' Caboline B.