‹ La couronne littéraireChapitre 91 sur 108 · L'HIVER · texte numérisé non relu

L'HIVER

Que vous êtes puissant, mystérieux et terrible Dieu de l'univers! Lorsque l'air est tranquille, que les vents furieux donnent le calme à la nature, dans quels antres souterrains sont-ils enchaînés ? quelle, main puissante retient leur impétuosité, jusqu*à ce qu'il vous plaise de réveiller leur fureur? Les portes épaisses de leur- prison s'ouvrent à grand bruit : l'atmosphère est ébranlée; les éléments sont confon^ dus^ des torrents d'air se précipitent à travm les montagnes et les mers; les flots se soulèvent et mu* gissent au loin dans le continent; les arbres frémissent j^que dans leurs racines; le mouvement des sphères se précipite; le soleil, rouge de feir, consterne la nature ; les forets plient sous les vio^ lentes secousses; les chenes> long-temps respectés pav l'orage, sont écrasés par la foudre; tandis^qiie le ro* seau flexible, sortant du sein de» marais^ se plie et se courbe au gré de l'orage , et survit au dîsaHre général.

La tempête a, pour un moment,. ralenti ses^ fa« reurs; mais c'est pour reprendre des- forces 'bouvelles. Sa rage est parvenue à son comble : l's^r estplus violemment agité; les menaçantes tou|^ s'écroulent sur leurs fondements;, les dômes ^evéSf éclatent et se précipitent; les rocs- impélueuiM'tOUr lent dans les plaines, et renversent la cabane du Is^oureur. Où trouver maintenant un asile? Les villes sont ébranlées^ l'ardoise vole, l'obscurité iloia« environnei : l'horreur se joint à la désolation ; l'or-

dre des éléments est renversé; la consternation poi* gnarde le cœur de Thomme : la nature est un vaste désert. Ce n'est ici pourtant qu'un effet léger de la colère divine : la coupe de son indignation n'est pas encore épuisée. Que ton orgueil sera vain lorsque rÉtemel méditera l'épouvante , et la versera toute dans ton cœur; qu'il se rendra visible à la nature , et jugera l'univers étonné I

. L'océan frémit dans ses abîmes : les vagues pesantes s'élèvent et ouvrent des gouffres profonds; elles se brisent contre les rochers menaçants, ou vont se perdre dans les nues; les vaisseaux mal assurés, malgré les ancres les plus fortes, sont élevés; plus rapides^u'une flèche, plus légers que les vents, ils sont les jouets de l'orage : la mer écumiante s'ecitr'ouvre pour les engloutir^ lorsqu'une vague impétueuse ferme l'abîme^ et les lance de nouveau dans les airs. Que Fart du pilote est vain! que la force du matelot est impuissante! Ce vaisseau erre de gouffre en gouffre; il pirouette aussi rapidement que le sabot sous le fouet de l'enfant' qui le chasse. Le désespoir est dans l'ame du pilote; la mort, sa faux tendue, le menace à chaque flot. Ne perds pas ton temps à t'effrayer : la main du Seigneur s'est-elle retii^, parce que ton oreille est frappée des hurlements affreux du tonnerre , et que tes yeux sont éblouis du feu dès éclairs? Lève tes mains vers les cieux : implore son pouvoir ; les vents impétueux sont à ses ordres; toutes les eaux de la mer sont dans le creux de sa main. A sa voix, l'orage rentre dans le silence profond; la mer redevient calme; les voiles s'enflent d'un vent fav<»'able; le port se présente au vaisseau délabré : la joie renaît sur ton front.

Ihiducdonu'BzKytr.

LES TOMBEAXTX.

Quelle est cette pierre isolée et simple, posée sans appareil sur la terre ? Modeste et sans oroementSy elle parait placée par la main économe de la médiocrité. J'aperçois seulement unç courte in* scription^... mais les caractères en sont effacés :... j'ai peine à en saisir le sens... Monument infidèle! as-tu laissé périr le nom qu'on te chargea de conserver ? ou bien ces lettres seraient-elles usées par les larmes d'une famille désolée, qui serait venue souvent pleurer sur ce tombeau?... Regardons de plus près... Ah! c'est un père dont les cendres sont ici! un père chéri, enlevé à ses faibles enfants avant qu'il les eût établis dans le monde, avant qu'il eût achevé d'affermir leurs vertus et leurs principes.

Oui , voilà le malheur le plus déplorable, le plus compliqué de maux qui se soit encore offert à mes réflexions. La chambre où expire un père de famille pr^ente le spectacle le plus touchant et le plus triste qu'il soit possible d'imaginer... Je le vois sur son lit funèbre , ce père tendre , cet époux fidèle, cet ami généreux, ce bon maître, luttant avec la mort^ et près de succomber. L'art est à bout : la maladie l'a vaincu; furieuse, elle achève de briser et de rompre les derniers fils d'une vie si cHère, et les liens les plus sensibles encore qui attachent son cœur à ses enfants, à son épouse.

Deux anciens domestiques, se tenaut à une distance respectueuse, jettent par intervalle sur leur^ maître des regards où leur ame est peinte, et lui expriment leurs vœux dans leurs soupirs. Il leur commandait avec tant de douceur! lui obéir était

C i86 ) pour eax un si grand plaisir! Ce souvenir rend leur douleur plus amère, et fait ruisseler les pleurs le long de leurs joués^

. Ses amis, qui tant de fois ont partage sa joie , et qui savaient l'égayer de leurs doux entretiens, n'entendent plus rien à le consoler : souffrir avec lui, le regarder d!un œil tendre et compatissant, prier le ciel en silence, hasarder dç loin en loin quelques paroles consolantes de l'Écriture , est tout ce qu'ils peuvent.

£t ces enfants! ces êtres innocents environnent son lit; noyés dans leurs larmes et presque forcenés de douleur, leurs sanglots éclatent. Ils s'écrient r « Nous quittera-t-il ? nous laisserait-t-il, à notre âge, sans appui, sans ressources^ ii la mepqi d'un monde indifférent et insensible. »

Mais c'est dans le cœur de sa malheureuse épouse, c'est là que vont se réunir toutes ces douleurs partagées; elle en est accablée : en elle souffrent l'épouse et la mère. Tant d'années et de jours d'une union si tendre, d'une société si pleine de charmes, d'une amitié devenue nécessaire! quelle perte immense! Hélas! où trouvera-t-elle cette fidélité rare, ce cotfur si confiant, et abandonné sans réserve au sien? Ou retrouver un ami aussi sûr, un protecteur qui veille

avec le même intérêt sur elle et sur ses enfants ?

Voyez-la penchée sur le lit où son époux languit; quels soins ! quel empressement pour prolonger une vie plus précieuse que la sienne ! Ou, s'il n'y a plus d'espoir^ que ne fait-elle pas pour adoucir du moins Jes dernières agonies de cette chère moitié d'ellemême! D'une main tremblante des terreurs qui passent dans sa pensée, elle essuie la froide sueur qui glace les joues livides de son époux. Tantôt de

{ i87 ) ses bras suspendus elle soutient sa tête dëfailknte j tantôt elle la repose doucement sur son sein agité. Gomme elle fixé sur lui ses regards muets! comme eUe observe, dafns un silence morne et d'un œil attendriy son visage pâlissant et ses traits qui se défigurent!... '

Cependant*' ce bon père^ souffrant dans touft son être, soumet son ame et ses douleurs à la volonté de rÉtre suprême, et sa résignation victorieuse le rend supérieur à ses maux. Il est profondément affecté du deuil de ses domestiques fidèles^ ses entrailles se déchirent à la vue de son épouse qui sera bientôt une veuve inconsolable et délaissée^ de ses enùints, qui vont être bientôt de tristes orphelins sans appui. Ces réflexions cruelles le consternent et l'écrasent, mais son cœur résiste au désespoir. La religion le relève et le soutient : l'espérance d'un bonheur qui s'approche le rafraîchit et le console. Dans les intervalles que lui laissent ses 'douleurs, c'est lui qui console ceux qui essayaient de le consoler; il souffre avec toute la majesté qu'il est possible de conserver dans l'excès de ses miaux.

Letourneur.

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