‹ La couronne littéraireChapitre 93 sur 108 · LE CAPTIF · texte numérisé non relu

LE CAPTIF

lie crime ffit la honlC) et non pas l^chaTand.

CoMBiEH dans ces cachou icretués par Tinjustice, Combien mes jours captifs se traînent lentement ! Cest déjà le subir qn^attendre le supplice , Et chaque heure nouyeUe est un nouveau tourment. O murs! sombre séjour de deuil et d^épouyante! OuyreZi-yous, laissez-moi m'emparer de mon sort; Laissez-moi, libre enfin de ma tombe vivante, Me réfugier dans la mort.

Un rayon faible et pâle, à travers les ténèbres, l'Téclaire qu^à regret mon vaste souterrain, - Et n^offîre à mes regards, sous ces voûtes funèbres, Que des portes de fer et des chaînes d'airain. Seul et déshérita de toute )a nature^ Les pleurs vont de mes jours éteindre le flambeau. Tai pour lit un rocher , du pain pour nourriture, Et pour asi^e le tombeau.

Privé de Pair des deux, de Taspect de la terre, Soleil, mes yeux jamais ne monteront vers toi : Dans Pablme où languit ma douleur solitaire, Le monde des vivants n'existe plus pour moi.

O champs de ma patrie ! ô 4brtiles riyages !

Rochers d'où mon r^rd interrogeait les mers, Beaux vallons, verds coteaux^ voluptueux ombrages, Adieu^KJur jamais , je vous, perds !

Quand d'un léger sommeil la douceur bienfesante Vient fermer un instant mes yeux lassés de pleurs,

De mon bonheur passé Tiinage séduisante, «

Comme un baume céleste assoupit mes douleurs. Je ressaisis £es JGuTrs où ma jeunesse ardente, Aimant, pour tout connaître > à se multiplier, Étendait en espoir sa course indépendante Juscpi'aux bornes du inonde entier.

reml>i'asse d^u regard un horizon immense.

Combien ces flots sont purs! combien ces vents sont frais I L'aide avec maj^i^té dans les airs se balance. '^ L'univers m'appartient j /nais tout change. O regrets ! Plus mon songe était doux, plus sa fuite est terrible. Mon rapide bonheur ^envole dans les àtrs.

Quand on se revoit libre, hélas ! qu'il est horrible De s'éveiller au bruit des fersi

Si mon cœur égar« m'eut poussé vers le crime, ^

Si mon bras Veut commis, je ne nfe plaindrais pas, Et sous le fer des lois, d'un juste arrêt victime, *

J'irais sans murmurer eourbe^mes attentats.

Mais des mortels trompés quand la haine m'accable, Puis-je ne pas gémir d'un trépas flétrissait? ' La terre v-ainement m'a proclaifté coupable, Le ciel me proclame innocent,

Quoil moi d'un meurtre affreux j'aurais été complice. Et le nom d'assassin me^uivrtit au tombeau!

Sur la foi d'un soupçon faut-il que je périsse? Je demandais un juge, et ne voÎB qu'un bourreau ! Condamné par les lois , absous par la nature, L'homme pur de forfaits ne craint point le trépas ; ^ La rage est dans son cœur , la douleur y murmure j Mais le remords n'y frémit pas.

Trahi par les humains; je ^lescends dans moi-m^e : Là je tro.u'V^ un appui, ^ j'obtiens un vengeur^ Ln s'élève en secret un tribiij^ suprême , Qui me rend le repos en me rendant Thonneur. .

' Mon ame, en sa rertu confiante et tranquille, Ne dit pas à Tespoir un éternel adieu; Si Thomme me repousse, il me reste mt asile Aux pieds du trône de mqn Dieu. ^

Pourtant j^aimais à yiyre, et je meurs jeune encore, Et la fleur de mes ans tombe dans son matin y Gomme un soleil d^hiver roilé dés son anrore, Astre décoloré, je touche à mon déclin.

Deux enfants , doux portrait d'une épouse chérie, Pesaient battre mon sein et d'espoir et d'orgueil; Mais l'éclat dont pçr eux s'eqolbellissait ma ^ie S'éteint dans la nuit du cercueil.

Heureux qui, 8'entourant,,des fils de sa tendresse, Riche de jours nombreux coulés dans le bonheur, Ck>uronné de repos, d'amour et de vieillesse, ^ Sur sa couche du soir expire arec honneur; Le respect d'&ge en âge escorte sa mémoire :

On le chérit eaoorjprsqu'il n'existe plus, ]E)t la postérité se lègue fr?ec sa gloire L'héritage de aea vertus.

Pour moi je vais mourir étranger dans le monde; Je vais mourir flétri, mourir abandoimé, Semblable au malheureux qui de la lèpre immonde A reçu dans ses flancs ie germe empoisonné* Mes fils ne viendront pa^recueiUir sur ma bouche Ma dernière pensée et mes derniers adieux , Ni, IVbU en pleurs, autour de ma funèbre couche Traîner le âeial rel^ieux.

^ous deux, associés à l'erreur de la terrt.

Dans leur amour pour moi ne verraient qu'un afiront; Ils baisseront les yeux au souvenir d^un père : Mon seul nom prononcé fera rougir leur iront. L'opprobre et l'abandon, voflilisur héritage : NnUtf vierge aux auteMi^àcceptera leur main , Et le peuple en fuyan^Kra sur leur passage : « Malheur aux fib de l'assassin !» -

( îg5 )

Et toi , dont Vhjménée avait fait ma conquête , Heureuse ûe donùk dans la paix du tombeau , Béjouis-toi; tes yeux n'ont pas vu sur ma tête Peser du déshonneur Texécrable fardeau.

Veuve de ses plaisirs , si ma couclie fidèle . • Long-temps pleura l'épouse enlevée à l'époux, La mort va nous rejoindre, et la tombe m'appelle A ^n étemel rendez-vous. *

La mort!... Quel bruit soudain ébranle mon abimeT J'entends des cris confus, j'entends des pas nombreux^ On accourt... L'échafaud réclame sa vfctime.

Eh bien, mon dernier jour sera le moins affreux. D» fond de ces cachots ma paisible ignodenee S'élève en souriant vers la Divinité^ Mes tourments vont finir, ma liberté commence : Je suis prêt pour l'éternité.

A. BiGNAir.

LE RUlfeSEAtJ. *

2DTZ.LE.

Joli ruisseau ! que mes années Ont de rapport avec ton cours I Sôus tfe semblables destinées S'écoulent tes eaux et mes jours.

Tu rencontiq^^ dans tes vojages, Des champs féconds , de frais bocages , Et des bords chéris du berger ; Ouelquefoft des pHiges désertes , De ronces, d'épines couvertes, Oh l'homme craint de s'etigager.

Joli ruisseau, etc.

Ldcs^'&.oidiy de leaiB ^hdleiiies Les vents d'^té irùleat nos plwnes,

( «ge )

Tu désaltères nos troupeaux; Mais, pour prix de la bienfesance.

Souvent leur ingrate imprudence D^un noir limon couvre tes caox.

Joli ruisseau, etc. .

Une roche aride et sauvage Parfois s'élève à jton passage , Et voudrait suspendre ton. cours; liaisaant une lutte inutile, Tu pour^s ta course fertile, En prenant de légers détours.

Joli ruisseau, etc. ^

Crains ot fleuve qm, de son onde, Dans le sein de la mer profon4e Vorte les superbes tributs.

l4oin de son pasaage icapide , Fuis, ruisseau modeste et timide !

Si tu rapproches, tu n'es pluf .

Joli ruisseau, etc.

Ah! vois son faste sans envie;

En vain sa vague enorgueillie

insulte à top qbscurité : *

Il porte le luxe en nos villes ;

Dans nos champs te? dons pliu utilists

Répandent la fécondité.

Joli ruisseau, etc.

Loin des jardins de Foiitîlence Tu promènes ton inconstance Sur un lit pur bordé fie fleurs;' Dans le marbre t<Hi eau captive Sans doute e&t regretté sa rive.

Son sable d'or et ses erreurp^ Joli ruisseau, etc.

Long-temps, dans ta comrse inégale, Éludant la pente fatale,

Ta fais et reriens toar à Ipurj Mais enfin ton onde limpide Tombe dsuu l'océan avide , Où ta disparais sans retour.

Joli ruisseau î <jâe mes années Ont de rapport avec ton cours J ^us d^semblables destinées S'^écoulent tes eaux et mes jours.

^ C. DuBOSi^

tÉNÉLOI^.

Ïe pourrais doimer à Fënëlon les mêmes 'ëWe^ qu'à Bossuet, C'est la même beauté de discoJtfU même force d'ëïoqucBce, la mêmenoblesse de sentiments^ la même sagesse de pensées. Tant6t*on le voit sublime et grave comme Platon; tantôt , par on badinage ingénieux , il emploie li légèreté et la dél«iatesse de Lucien. Quelquefois, simple et naïf, il se proportionne à l'enfance; d'autres fois, noble et élevé , ses préceptes sont digne» de la' grandeur de son esprit. La sagesse prend chez lui loales les formes; maw elle est toujours Compagne© de grâces ibsinuame».

Son Télémaque est une source in^uisable de sages conseils ;ïl décèle une main très-habilê. C'est un chef-d'œuvre de goût et de raisonnement. Cest unjleui^e majestueux qui serpente dans des praU ries émaillées de fleurs. Il annonce , comme ses autrès ouvrages, un#Ume pur« et animée de l'amour du bien, avec des talents très-capables de faire aimer la vertu par la morale la plus douce et la plus consolante.

Il pouvait nous dire, comme saint Pautaux habuanu de Thessalonique ; « J'ai été au milieu de

( 198 ) vous comme une nière qui caresse ses enfants quand elle est nourrice. »

Considérons Fénelon, quand on vet^t peindre toutes les vertus : il en est le modèle. Son respect pour la Divinité^ son amour pour les hommes j sa raison toujours maintenue dans remrpCre qu'elle doit avoir sur les passions ; son ame5naccessible aux illusions; sa tranquillité inaltérable que rien ne pouvait troubler; son courage que rien ne pouvait#battre ; sa sagesse que les biens extérieurs ne pouvaient séduire; ce besoin dç devenir utile; sa touchante senyfcilité envers les malheureux; ces sentiments si pu4R^ui donnaient à ses pensées l'expression de la vertu ; cette douce gravité qu'il portait partout et qu'il communiquait à tout , même aux leçons im* portantes de ses discours et de ses exemples !

Voyons ce digne prélat, au milieu du peuple comme un bon père au milieu de ses enfante ; ses sages conseils sont des lois adorées; il est l'organe de la Providence et de la justice^ le soutien des mœurs; son intention 'inquiète veille toujours pour maintei^ir .le calme; sa prévoyance naît*de tout, et ne néglige rien; il gouverne/ comme le bonheur , par la crainte seule de le perdre.

M. Satgé Bordes.

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