CONSEILS D'UNE JEUNE PERSONNE A SON FRÈRE
QUI SORT »E l']ÊCOL£ DE SÀ1HT-CTR POUR SUIVRE LA CARRIÈRE MILITAIRE.
Tu vas donc entier dans la brillante carrière des armés! Je t'en félicite, mon cher Ernest, et mon cœur prend la plus vive part au plaisir que tu éprouves. Cependant je ne suis pas 'sans, crainte çn te voyant embrasser cet état : la carriève militaire, quelque l|ono(able qu'elle soit, est remplie d'écueils où la jeunesse échoue. Cette triste vérité, que j'ai apprise de;mon père, me trouble et me tourmente depuis ton départ, et c'est pour me tranquilliser que je vais entreprendre de te donner des conseils. Je sais que jem'impoSe une tâche bien dii^icile^ car ma faible éloquence est loin d'égaler mes sentim€^Dt,s; cependant je me rassure en sougeaat que je
parle à un (rère qui m'aime^ et. qui prendra sur ma tendresse ce qui manque à mon talent.
La première chose que je te recommande y c'est robéissance envers tes chefs ^appelé toi-même à c^^mmander, tu sentiras peut-être combien il est pénible de conduire des hommes rebelles; fais ce que tu voudrais que tes soldats fissent pour toi> soumets ton sentiment et ta volonté à ceux qui^ par leur âge, leur expérience et leurs exploits, on^mérite l'honneur du commandement; ils sont les organes du souverain; c'est par eux qu'il communique ses ordre» : Feçois-les donc avec respect, et mets ta gloire à les exécuter. Prends garde aussi que l'orgueil ne .s'empare de ton ame, et ne te fasse méconnaître ceux que tu es appelé à l'honneur de commander. Peut-être de nombreux exploits ont déjà^ signalé leur valeur, et tu dois honorer par t#s égards ceux que la patrie a appelés avant toi à la gloire de la défendre. Sois toujdurs leur père; aime-les, et ils t'aimeront; respecte leur front, que la guerre a cicatrisé; récom^nse leur mérite et leur vertu; yis jusjle surtout, mais sois bon :Ja clémence est la vertu des grandes âmes. 1^'oublie jamais que si la valeur fait des héros, la bonté fait des amis, et qu'on arrive plus sûrement à la victoire quand le courage et la vertu en montrent le chemin.
Tu vas bientôt, peut-être, voler au champ d'honneur : c'est là que lé guerrier, que le Français vient apprendre à mourir |y>ur son roi. O m<fti frère! dois-je te parler de gloire, de patrie.^ ces noms chéris ne sont-ils pas gravés dans les cœurs français? Oui, tu brûles de répandre ton sang; je te vois déjà, tout bouillant de courage, affronter mille morts * pour cueillir un laurjer» Allie cependant la pru-
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dence à la valeur /et songe que cciUe gloire , dont ton cœur est avide, ne s'acquiert pas toujours au prix du sang ennemi. Vois ce guerrier qui, à la prise d'une ville^ brûle^ m||sacre tout ce qu'il vencontre; baigné de sang et entouré de victimes , il plante son drapeau sur le sommet d'une tour. On l'admire : déjà toute l'armée retentit du brcrit de sa vaillance; mais y pendant qu'il triomphe , un de ses compagnon» d'arme» vient, au péril de ses /jours, de saaver son général, qui succombait sous mille coups. Il panse ses blessures , le charge sur ses épaule», et 'le ra'mène au milieu de ses soldats. Dis-moi, mon cher Ernest, auquel de ces deux hommes voudraistu ressembler ? Ton cœur me répond; tu préfères Je dernier. £h bien! imite-le : la véritable gloire est celle qui est foiidée sur l'humanité.
• Nos aAcéires ont été braves 1 tâche de joindre tes lauriers aux leurs; mon frère ^ le premier que tu remporteras sera placé par nous deux sur la- tombe de mon père. Que le souvenir de ce père chéri enflamme ton courage, et que celui Ae ma mère mette un frein à ton ardeur. Triomphe, Ernest, pour 1% gloire de l'un, et conserve tes jours pour le soutien de l'autre. Surtout n» les expose pas pour un vain > point d'honneur ; loin de toi l'exemple de ces hommes qui , croyant être braves , lavent la moindre injure dans le sang de leur semblable! Méprise de tels guerriers; ils sont indignes de .l'être : le véritable Honneur a sa source dans le cœur de l'homme bon et juste, et non dans ce préjugé barbare qui fait des assassins et non des braves.
Ne te livre pas à là passion du jeu : ta fortune ne te permet pas df'en courir les chances, et l'honneur te le défend. Consacre plutôt.tes moments de loisir
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à des lectures utiles en même temps qu'agréables : il est beau d'uuir les palmes du savoir aux lauriers de la victoire. Donue aussi quelques instants au souvenir de ta famille f pense à nous , mon bon frère , c^mme nous pensons à toi } écris-nous souvent; disnous que tu es heureux y et tu adouciras les rigueurs de Fabsence. Tels sont les conseils que j'ai crus t'étre utiles; dictés par l'amitié, peut-être auronwls quelque prix à tes yeux. Profîtes-en, mon Ernest , pour ton intérêt personnel , pour le bonheur .de ta famille , et en particulier pour celui d'une soeur ^ui te chérit teiidfement. * ,'
Poi^oitiE.