À L’INCONNU
Lorsque ce sera vous qui viendrez à ma porte, Il faudra frapper doucement.
J’ai tant souffert, ami, que je suis demi-morte Et que j’ai peur étrangement.
Que de fois, dans la nuit, je m’éveille et je songe A l’heure où vous apparaîtrez.
Je sais que ce sera bien suave mensonge,
Tout ce que vous me promettrez,
Mais j’aurai tant besoin d’espérer et de croire.
Avec un tel besoin d’aimer,
Que je saurai chasser de ma triste mémoire, L’ancien mal de mon cœur fermé.
J’ai connu les sanglots, les froids, les cris, arpège Qui monte des nerfs palpitants.
Aussi, mon pauvre ami, comment, comment saurai-je Que c’est vous, bien vous que j’attends ?
Peut-être apercevrai-je un reflet de votre âme, Dans la profondeur de vos yeux;
Alors je me dirai, conquise à tant de flamme: “C’est lui, le maître que je veux”.
N’allez pas murmurer les vains mots: “Je vous aime”;
Je veux ne les entendre pas. . .
J’ai trop longtemps dormi d’un sommeil lourd, extrême, Je m’éveillerai dans vos bras.
J’ignore les détours de cette longue route Qui vous aura mené vers moi.
Vous me raconterez vos ennuis, votre doute Et même quelque ancien émoi,
À l’inconnu
Dont vous feindrez d’avoir vaguement souvenance.
Vous me jurerez, sûrement,
N’avoir aimé jamais, avec cette puissance Et ce suprême enchantement
Que vous apporteront nos heures enivrées.
Toutes ces femmes d’autrefois,
Oui, vous nierez que vous les avez adorées
En pensant bien que je vous crois. . .
Mais qu’importe, j’aurai votre tendresse aimante, Vous serez mon lion jaloux;
Parfois vous me direz: “Vois-tu, petite amante, C’est si charmant d’être un peu fous”.
Et nous cheminerons, serrés l’un contre l’autre, Nous croyant maîtres du destin.
Mais nous verrons, un soir, notre amour, oui le nôtre! S’affaisser, chancelant, éteint.