‹ La course dans l'auroreChapitre 22 sur 39 · FANTAISIE · texte numérisé non relu

FANTAISIE

Reste près de moi, mon amour.

Les pâleurs mourantes du jour M’ont fait l’âme toute frileuse Et mon cœur est rempli d’émoi.

Tu dis que tu me veux heureuse, Et tu vas t’éloigner de moi ?

Que ferai-je de la tendresse Qui gonfle mon sein et l’oppresse, Et de mon cœur, si tu t’en vas ?

Peut-être qu’un autre, à ta place, Viendrait, et m’ouvrirait les bras, Disant: “Je suis l’amour qui passe”

On est plus prompte à se leurrer, Quand on a bien des fois pleuré. . .

Je me prendrais à son sourire, Sans lui demander de serment.

Ah! c’est présomption d’en dire, Puisque l’on change à tout moment

Je t’en prie, oh! ne t’en vas pas!

Je suis triste quand tu t’en vas. Nous causerons de mille choses:

Du printemps, de l’air embaumé, De l’azur, des lilas, des roses,

De ce que nous aurons aimé. ✓

Je serai candide et tranquille,

Ainsi qu’une petite fille;

Sur notre frémissant destin Planera la paix de la plaine,

Nos yeux fixés dans le lointain, Seront pleins de clarté sereine.

Mais cjuand la nuit frémira toute, Qu’Eros, embusqué sur la route, Guettera les couples heureux, Amour, il faudra que tu partes,

Car notre paix à tous les deux Est un frêle château de cartes.

APRÈS L’ADIEU

APRÈS L’ADIEU

Vous êtes reparti depuis une heure à peine,

0 vous qui parliez de bonheur.

Avez-vous donc changé la nature sereine Qu’elle n’a plus de charme et n’a plus de douceur ?

Hier, c’était l’azur, la gaîté, la lumière;

Tout était bleu, tout était beau.

Avez-vous le pouvoir d’envelopper la terre Dans la tristesse du tombeau ?

Avez-vous le pouvoir de ramener l’automne,

Et ses langueurs et ses frimas,

Que je n’aperçois plus qu’un ciel gris, monotone, Et mes rêves morts dans mes bras ?

Dites, qu’étiez-vous donc, passant, hôte d’une heure, Qui m’avez tendrement souri ?

Etiez-vous cette brise errante qui m’effleure, Quand mon cœur a vingt ans, que le val est fleuri ?

Etiez-vous ce rayon échappé de l’aurore,

Qui parfois caresse mes doigts ?

Etiez-vous ce parfum des fleurs qui vont éclore,

Lorsque le printemps passe en chantant dans les bois ?

Etiez-vous la fauvette habitant les espaces, Qui sur mon balcon vint chanter, Ou ce murmure éteint qui monte des terrasses, Mélancolique et tendre, aux soirs lents de l’été ?

Etiez-vous, mon amour, cette étoile lointaine, Sœur de mes rêves palpitants ?

Etait-ce vous, l’écho berceur courant la plaine, Dites, étiez-vous le printemps ?...

APRÈS L’ADIEU

Puisque vous éclairiez d’un tel rayon de vie,

Mon solitaire et noir chemin;

Puisque vous êtes l’âme où mon âme ravie Se reposait, ainsi qu’entre votre main ma main

Et puisque vous pouviez être le cher asile Où mon cœur se serait blotti, Rassuré, confiant, amoureux et tranquille,

Pourquoi donc êtes-vous parti ?

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