‹ La course dans l'auroreChapitre 23 sur 39 · J’AI SI LONGTEMPS · texte numérisé non relu

J’AI SI LONGTEMPS

J’ai si longtemps souffert et pleuré d’être triste Et de ne point aimer,

Que mon cœur, aujourd’hui, plus mollement résiste A ton regard charmé.

Tu ne m’en as rien dit; il suffit que tu poses Dans mes yeux ce regard,

Pour que je sache bien les doux mots, et les poses Que tu auras plus tard.

Il ne faut pourtant pas espérer davantage D’un cœur tel que le mien:

Un geste maladroit, un rien le départage,

Et brise le lien.

Mais je vois à tes yeux que tu veux mieux me prendre, Que ton rêve est plus haut,

Et je pourrais, demain, être comme Léandre Fuyant avec Héro. . .

Mais ne t’en fais pas gloire en ton être agréable,

Si tout de toi m’a plu,

Car, sache-le bien, seule, en serait responsable, L’heure où tu es venu.

PUISQUE LE PRINTEMPS

PUISQUE LE PRINTEMPS

Oh! puisque le printemps à l’amour nous invite, Soyons un écho de sa voix.

La terre, à célébrer le culte d’Aphrodite,

Prépare l’autel de ses bois.

Vois! la nature fait éclater sa fanfare;

Entends ses bondissants accords.

Dans l’espace chantant, lumineux comme un phare, Les brises font un bruit de cors.

Eveillons-nous, partons! allons boire la vie, Limpide aux coupes des matins.

Et laissons dans les bras d’or de la poésie, Se bercer nos riants destins.

Nous irons, ayant fui les paisibles campagnes,

Et suivi des sentiers errants,

Vois les Saisons danser au sommet des montagnes, Aux rythmes des vents odorants.

Nous nous recueillerons pour contempler les cimes, Ombrant le bleu des horizons;

Alors nous oublierons, pacifiés et sublimes,

Les douleurs que nous nous causons.

Les heures passeront avec un bruit d’hélice, Egal, solitaire et joyeux.

Il semblera soudain, dans la nuit claire et lisse, Que l’aube descend de nos yeux.

Nous verrons, dans l’espace, étinceler l’aurore, Ainsi qu’un bouclier d’airain,

La fertile forêt suer par chaque pore La bruyère et le romarin.

PUISQUE LE PRINTEMPS

Les feuilles couvriront d’un bienfaisant ombrage, Le frêne, l’orme et le cormier;

Nous bénirons les bois et leur bruit de tangage, Avec le cœur d’André Chénier.

Nous nous tairons parfois dans un calme silence, Tout empreint de réflexion,

Que viendra déranger, bucolique cadence, L’innombrable orchestration.

L’espace merveilleux sera notre domaine,

Nous aurons la splendeur et le calme des eaux; Nous irons, sans ennuis, où le hasard nous mène, Et nous serons pareils à des couples d’oiseaux.

l’éternelle chimère

Page 1