‹ La course dans l'auroreChapitre 24 sur 39 · L’ÉTERNELLE CHIMÈRE · texte numérisé non relu

L’ÉTERNELLE CHIMÈRE

Vous dites, ému, le cœur ivre,

Que vous saurez m’aimer toujours.

Pauvre ami!... Vous croyez donc vivre Bien peu de jours.

Ah! c’est l’éternelle Chimère Qui vous a longtemps caressé;

Elle sait, autant qu’une mère,

Nous bien bércer.

Mais un jour, cruelle et méchante, Elle s’enfuit sans un remords,

Et l’on craint ce. qui nous enchante, Comme l’enfant a peur des morts.

On est surpris quand on s’éveille, D’un changement inavoué;

On cherche l’amour de la veille,

Sans le trouver.

Il était là, jeune et sincère,

Entre nos caresses blotti ;

On ne sait pour quel coin de terre Il est parti.

On disait: "Ce soir il emporte,

Mon cœur! Et moi j’aurai le sien”.

Hélas! plus d’un reste à la porte, J’ai souvent trouvé là le mien.

On se promet d’être inflexible,

De garder ce cœur sous le frein,

Mais le malheureux est la cible Où s’exerce l’adroit destin.

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