L’ÉTERNELLE CHIMÈRE
Vous dites, ému, le cœur ivre,
Que vous saurez m’aimer toujours.
Pauvre ami!... Vous croyez donc vivre Bien peu de jours.
Ah! c’est l’éternelle Chimère Qui vous a longtemps caressé;
Elle sait, autant qu’une mère,
Nous bien bércer.
Mais un jour, cruelle et méchante, Elle s’enfuit sans un remords,
Et l’on craint ce. qui nous enchante, Comme l’enfant a peur des morts.
On est surpris quand on s’éveille, D’un changement inavoué;
On cherche l’amour de la veille,
Sans le trouver.
Il était là, jeune et sincère,
Entre nos caresses blotti ;
On ne sait pour quel coin de terre Il est parti.
On disait: "Ce soir il emporte,
Mon cœur! Et moi j’aurai le sien”.
Hélas! plus d’un reste à la porte, J’ai souvent trouvé là le mien.
On se promet d’être inflexible,
De garder ce cœur sous le frein,
Mais le malheureux est la cible Où s’exerce l’adroit destin.