‹ La course dans l'auroreChapitre 3 sur 39 · L’ARDEUR · texte numérisé non relu

L’ARDEUR

Déjà l’ombre descend dans la campagne ardente, Tous les bruits se sont apaisés;

Dans l’espace, l’Amour, sur un rythme d’andante, Prélude à d’infinis baisers.

Un rayon attardé luit sur les plaines lisses, / La brise évente les chaleurs Du cytise ondoyant et des pâles mélisses,

Pâmés d’une extase de fleurs.

Frémissante, la Nuit vient d’ouvrir sa demeure, Devant F Hécate aux beaux yeux d’or;

Un amoureux frisson monte partout de l’heure, Mon cœur en est plein jusqu’au bord.

MON ENFANCE

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MON ENFANCE

A maman.

Venez, ô mon enfance, ô ma petite mie, Donnez-moi votre main.

L’écho me répond seul clans la plaine endormie Et ma voix vous appelle en vain.

Hier, il faisait gris. La nuit, plus triste encore, A tout voilé là-haut;

Mais j’ai vu, ce matin, s’épanouir l’aurore Comme une fleur sur un tombeau.

Et je vous ai cherchée, inquiète et chagrine, O mon âme d’enfant,

Pour que vous réchauffiez votre frileuse mine Au soleil triomphant.

Beau comme le guerrier paradant dans l’arène Il venait, enchanté,

Et de sa face claire, amoureuse et sereine, Emanait la beauté.

Je savais que la terre allait chanter et vivre Sous l’œil du soleil d’or;

Son regard m’attirait comme un merveilleux livre Qu’on veut relire encor.

J’ai vu son insondable et ruisselante grâce Eblouissant les fleurs,

Et l’odorant frisson que mêlaient à l’espace Ces vestales en pleurs.

J’ai vu de beaux oiseaux monter, joyeux convives, Au festin de l’azur

Et descendre, grisés, de ces lointaines rives,

D’un vol léger et sûr.

MON ENFANCE

Et je vous ai cherchée, ô compagne joyeuse,

O mon âme d’enfant,

Pour que vous preniez part à la fête rieuse De ce jour triomphant.

Car, depuis que l’on s’est, ô mignonne charmante, Quitté sans le savoir,

Que de fois je me sens pareille à l’eau dormante Qu’effleure un oiseau noir!

Et je me sens pareille au soir, à la nuit sombre,

A ces ports désertés

Qui regardent au loin fuir des vaisseaux dans l’ombre, Par l’orage emportés.

Et je sais tant d’espoir et de force vibrante Descendus au néant

Que, sans foi, ironique et lointaine, je tente L’avenir décevant. . .

A cette heure, malgré l’aurore qui se pare De multiples clartés;

Malgré le clair matin, lumineux comme un phare,

La chaleur des étés;

Malgré toute la vie errante et vagabonde, Eparse dans l’azur

Et ce soleil naissant qui réjouit le monde, L’insecte et le blé mûr;

Malgré ce chant vibrant qui sans peur et sans plainte De mon cœur est monté,

Et ce débordement de mon âme disjointe,

— J’ai si peu de temps à chanter! —

Malgré vous, Univers, Splendeur, chaude Abondance, Gais Faunes des Saisons,

Lumière des beaux jours, Ivresse de la danse, Beauté des horizons;

A cette heure, je sens que même tout un monde Ne me changerait pas Ma vi^ton auguste, étonnée et profonde,

Des choses d’ici-bas;

Ne me changerait pas mon âme douloureuse Ni mon cœur inconstant,

Mon âme qui s’éprend, fascinée, anxieuse, De tout être vivant.

MON ENFANCE

— Vous souvient-il, pourtant, des rieuses années, Enfance, ô souvenir!

De nos timides mains avidement tournées Vers le bel avenir?

Vous souvient-il des soirs planant sur nos prairies Comme un splendide oiseau,

Lorsque s’enjolivaient nos belles rêveries Du murmure de l’eau ?

Vous souvient-il aussi des abondantes larmes Coulant au moindre émoi ?

Car vous eûtes toujours de secrètes alarmes,

Sans trop savoir pourquoi.

Vous souvient-il des jours de notre insouciance D’où les malheurs étaient exclus?. . .

Mais, hélas! à quoi bon, ô ma candide enfance, Puisque vous n’êtes plus. . .

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