MES JOURS
Mes jours joyeux d’antan viennent dansants et roses, Reposer sur mon front leur front de gais bambins; Et devant mon regard trop sage, ils ont des poses, Des gestes, des accents berceurs de chérubins.
Us se tiennent les mains, ils dansent mille rondes, Fous un peu, confiants, candides et joyeux.
A revoir tant de joie et tant de gaîtés blondes,
Tout mon vieux cœur sourit, mon cœur déjà si vieux.
Les jours, que maintenant le Temps cruel m’apporte, Arrivent tous chargés de plus pesants fardeaux Ils tempêtent et crient dès le seuil de ma porte, S’en retournent, hagards, déçus, courbant le dos.
Et je les vois venir, ironique ou lointaine,
Ne leur demandant rien pour ne pas les haïr,
Et je me sens pareille au brave capitaine Qui jusques à la mort, avance sans faiblir.
Ma vie, où lentement se profilent les heures,
Aux visages glacés, funèbres et perclus,
Est pleine de l’ennui des trop vieilles demeures,
Où le vent vient se plaindre et qu’on n’habite plus.