QUAND IL EÛT FAIT SI BON
Quand il eût fait si bon d’aller, l’âme sereine, Confiant dans l’honneur, méconnaissant la peine, De rire, d’espérer, de vaillamment lutter;
Quand il eût fait si bon de prodiguer son âme En ces humbles labeurs que chaque jour réclame, De prodiguer son âme et ne rien regretter;
Quand il eût fait si bon de marcher sur la route,
Sans se blesser jamais aux épines du doute,
De marcher sur la route où se traînent nos pas,
Et, malgré tout, toujours, de chanter l’espérance, D’aller le regard plein de foi, de confiance,
Vers ce noir lendemain que l’on ne connaît pas;
Quand il eût fait si bon de retrouver un frère Dans l’inconnu qui va, ployant sous sa misère; Quand il eût fait si bon de moissonner l’amour, D’ignorer l’abandon et l’envie et les haines,
Et d’oublier un peu le fardeau de nos chaînes, Quand le soir est plus bleu, plus lumineux le jour
Quand il eût fait si bon de posséder des ailes, Pour monter et planer dans les sphères si belles Que, seul, le rêve humain d’un essor atteignit,
Et de fuir à jamais la douleur angoissante De l’homme cheminant, solitaire, en la sente, Avec lé poids trop lourd de son rêve infini;
Quand il eût fait si bon, mon Dieu, dans cette vie, De voir en ta bonté paternelle, infinie,
Une cause de tout, et douleurs et regrets,
Douter, parfois maudire, et pleurer et se plaindre, Croire, croire au bonheur, mais ne jamais l’atteindr Suivre un idéal, mais ne l’étreindre jamais.