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CHAPITRE II

De la portée de la Déclaration de Paris.

Les marines auxiliaires et la course des navires marchands.

En abordant ce dernier chapitre de notre travail, nous touchons au point le plus délicat peut-être, puisqu’il pose la question de la portée exacte de la Déclaration : Get acte, abolissant la course, a-t-1l cet effet d'empêcher à jamais les puissances maritimes signataires et adhérentes de mettre en réquisition une partie de leur flotte marchande pour remédier à l’insuffisance de leur flotte militaire ou pour la renforcer tout au moins ? Get emploi d’une marine auxiliaire peut-il passer pour licite dès lors que des précautions seraient prises pour éviter la possibilité de toute comparaison entre les marins auxiliaires ainsi recrutés et les marins corsaires attirés jadis par l'attribution des prises ou par la concession de primes faites au profit de l’armateur et de l'équipage ?

La question a été posée au cours de la guerre de 1870; le précédent alors établi par l'Allemagne semble avoir servi de nouveau au cours de la guerre his-

pano-américaine ; en tout cas, l'usage de la marine auxiliaire paraissant vouloir s'établir ainsi, il y a lieu de prêter une attention toute particulière à un problème qui a été discuté et apprécié de différentes manières dans la doctrine. Ce n’est point d’ailleurs une simple querelle théorique agitée entre les auteurs ; elle préoccupe aussi bien les hommes du métier et les marins que les publicistes et les professeurs ; elle est agitée dans les Parlements tout comme elle est examinée dans les mers.

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Au point de vue technique, voici, en effet, que depuis linvention et les perfectionnements introduits dans la fabrication des bâtiments de guerre, les avantages des grandes guerres d’escadre paraissent plus ou moins incertains et problématiques. Sans doute, entre mille autres avantages, les unités navales seules qui ont de vastes soutes, capables d’emporter de grandes quantités de charbon, ont ce privilège de tenir longtemps la mer, sans qu'il leur soit besoin d’être accompagnés de navires charbonniers, qui, trop aisément, au cours des hostilités, peuvent devenir la proie de l'ennemi ; c’est dire que les bâtiments corsaires présentent cette Infériorité d’être, à raison de leur taille même, contraints à n’entreprendre que de courtes expéditions; 1l n’en serait différemment que si les puissances, suivant l'exemple de l’Angleterre, possédaient dans tous les pays du

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monde des dépôts de charbon, et ne cédaient jamais, lorsqu'il s’agit de les acquérir, à des menaces et à de vicieuses interprétations erronées des traités, comme la France le fit vis-à-vis de l'Angleterre lors de l’incident de Mascate en février 1839. De ce chef, en effet, un auteur (1) a bien montré l’utilité des acquisitions territoriales, par cession définitive ou temporaire à titre de station navale ou de dépôt de charbon: « Par ce procédé, dit-il, les Etats unionnaires recherchent une extension de leur empire, et, d’une manière moins apparente, mais peut-être plus réelle, le moyen d'exercer sur certaines régions une influence directe, utile à leurs intérêts stratégiques ou commerciaux; il en est à cet égard des dépôts de charbon comme des établissements que les nations, propriétaires de territoires situés à proximité d’un fleuve dont elles ne sont pas riveraines, sont tenues, dans l'intérêt de leur négoce, d’avoir sur la rive de ce fleuve : la possession des unes et des autres dérive des mêmes causes. » Mais, ceci mis à part et cet avantage étant réservé, il semble que, de plus en plus, doivent augmenter et augmentent les facilités et les chances d’une guerre de course, qui serait réglementée conformément aux lois de la guerre moderne et selon les principes du droit international actuel : en effet, les bateaux minuscules, torpilleurs et canonnières, qui pourraient faire la course, — « la

(1) Delpech, dans la Revue générale de droit international public, t. vr, année 1899, p. 313-320 et notamment p. 320.

Pr VIRE

course par microbes, » a-t-on dit plus ou moins plaisamment, — à condition d’être escortés par un transport capable d'échapper par sa vitesse aux menaces des lents et lourds cuirassés, sont capables de se tenir sur la mer, invisibles et ignorés généralement, toujours prêts à fondre sur un bâtiment public ou privé supposé de bonne prise, habiles aussi bien sur la pleine mer que sur les côtes.

Certains auteurs imaginent, à la vérité, que la logique du développement historique doit forcément amener à reconnaître l’inviolabilité de la propriété privée ennemie sur mer, comme elle est déjà reconnue sur terre. Mais il y a peut-être illusion à penser ainsi et surtout à imaginer que l’accomplissement de cette réforme s'opère lentement et paisiblement, mais à coup sûr d’une manière continue. Il n'en est rien d'après nous; aussi bien pencherions-nous à croire à l’opportunité d’une course rétablie, d’une course bien déterminée dans ses conditions, étant donné, comme on l’a très justement fait observer, qu’il est licite, obligatoire même de frapper la propriété privée sur les mers, parce que, si on ne la frappe pas, 1l n’y a plus de guerre possible, le fort demeurant ainsi toujours maître d’écraser le faible sans pitié, de s’arroger le privilège de l’exploitation du monde, d’accaparer tous les marchés, se faisant ainsi de la richesse du globe une sorte de monopole. « C’est donc, au déclin du règne des gros navires battant les fortifications, le début de celui des

petits engins meurtriers s’attaquant à ce qui fait la vie et la richesse des nations. »

Ce n’est point à dire bien évidemment qu'il soit nécessaire, qu'il serait prudent d'instaurer désormais la course comme méthode principale de guerre. D’une part, l’arme essentielle de la course est la vitesse; or, la vitesse est, en définitive, de tous les facteurs de la puissance d’un navire celui qui est peut-être le plus cher et le plus relatif, si bien que, comme l’a très judicieusement dit le capitaine de vaisseau Mahan, « quand une flotte n’a pour elle que la vitesse,sa destruction peut être retardée, mais elle ne peut l’éviter qu’en restant au port ». D'autre part, avec beaucoup de raison le député rapporteur du budget du ministère de la marine pour l'exercice 1901, M. Fleury-Ravarim, a fait remarquer que le but de la guerre est d'arriver, finalement, à forcer l'ennemi à se soumettre, ce qui n’est possible, sur mer comme sur terre, que par des batailles auxquelles tôt ou tard il faut bien aboutir. Partant l'armement en course régulière de la marine marchande ne peut avoir qu'un effet et une importance accessoire.

Néanmoins, on ne saurait lui refuser cet avantage de forcer l’ennemi, pour se couvrir, à un grand déploiement et même à une certaine disposition de forces dont l'Etat, à qui ressortissent les navires marchands employés, pourrait tirer parti. Il y a là un aspect de la question qui, à juste titre, n’a point échappé aux diverses nations, à leurs hommes politiques et à leurs

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