LES MÊMES, M. DOR VILLE
DORVILLE
El ! mon frère, bonjour ! vous paraissez surpris De ma visite ?
Monsieur Jobin.
Mais, je crois que je peux l'être.
DoRVILLE.
Sans contredit, aussi pour faire disparaître La crainte, la froideur qui glace votre accueil, Je vais vous informer sans de'tours, sans orgueil. De l'objet important qui vers vous me ramène. Madame Jobin ( avec aigreur).
Nous vous en dispensons.
Monsieur Jobin.
C'esi prendre trop de peine.
DoRVILLE.
Ah I que non , j'eus des torts, j'en conviens hautement .
Mais rien n'est au-dessus d'un raccommodement;
J'appréhendais long-temps pour vous et votre femme
Le crédit qu'en ces lieux avait acquis Madame ,
Je craignais que des lois un abus criminel ,
Ne vous fait déroger à l'amour paternel ,
Qu'Ursule n'en souffrît, et contre son attente,
Ne fût sacrifiée à sa chère parente ;
Cet intérêt puissant ne m'occupait pas seul ,
Et je plaignis aussi votre jeun« filleuJ;
Sur ces differens poinls mou âme est plus tranquille, Ce que j'apprends m'enchante, et dans ce domicile. Qui retrace à mes yeux des sot.venirs si doux, Je viens, quoique un peu tard , me réunir à vous.
Monsieur Jobin {stupéfait).
Est-il possible?
DORVILLE
Eh I oui.
Madame Jobiw.
Vous venez....
Madame Albert ( à part ).
Quel langage î
DoRVlLLE.
Que ne puis-je en ce jour en faire davantage ! Vous donnez, m'a-t-on dit , votre fille à Coquard ? La tète sera belle et j'y veux prendre partj Je suppose d'ailleurs que pour cette alliance, Son cœur au fond n'éprouve aucune répugnance ; Pour Ariliur on connaît vo$ sentimens secrets. D'autres qne vous ici prennent ses intérêts, Je ne les nomme pas, mais cette certitude. Me laisse sur son sort sans nulle inquiétude.
( En s' avançant vers Mad. Albert. ) Hautement, devant vous, je me suis condamné; Madame, entre nous deux que tout soit pardonné; Parlez , qu'en liberté votre cœur se déploie.
Madame Albert {fausse modestie ).
Monsieur....
Monsieur Jobin.
Je n'y liens plus Monsieur Jobiî» ( s''essuj ant les yeux ).
Moi, j'en pleure de joie.
Madame Albert ( à part ).
C'est un piège. ( haut ) U m'est doux , j'aime à le publiev , De pouvoir avec vous me réconcilier ; A ce rare bonheur, j'étais loin de m'attendre, Mais si je l'apprécie et me plais à vous rendre Une justice exacte , il est juste à mon tour , Que je lasse à vos yeux briller dans tout son jour....
DoRVILLE.
Ne vous disculpez pas, temps perdu.
Madame Albert.
De ma vie.
De chagriner quelqu'un je n'eus la moindre envie , Et tous mes soins. Monsieur , n'ont tendu , dieu merci, (^uis. conserver la paix dont on jouit -ici ;
( '9 ) Quand j'ai parle de vous, demandez, qu'on vous dise Si je n'ai pas toujours vaulé votre truiicliise , Vos talens, vos vertus , je ne tarissais pas ; Mon cousin , embrassez et serrez dans vos bras Cet ami généreux , ce respectable frère , Dont le retour me touche autant qu'il est sincère.
DoRViLLE ( à part ).
Traîtresse.
Monsieur Jobih ( attendri, embrassant son frère ). Ahl
Madame Job in.
Quel tableau !
DoRviLLE {à son frère).
Tu m'as presque étouffé.
Monsieur Jobin.
Cher Dorville , avec nous tu prendras le café j J'ai prévenu mon gendre, il doit être des nôtres.
Madame Albert.
Du café ? ce régal suffisait pour nous autres , Mais il faut à Monsieur des mets plus succulens. Quelques morceaux choisis et des vins excellens.
Dorville.
Non, ne dérangez rien.
Madame Albert.
Je n'en veux pas démordre , ^
Le couvert sera mis et j'y vais donner ordre.
( A part ).
Un pas et je l'emporte, Arthur est mon époux.
( Elle sort. ) Monsieur Jobin.
C'est un ange !
Madame Jobtn.
Un Phénix.
Dorville.
A qui le dites-vous?