MADAME ALBERT , ARTHUR
Madame Albert.
Qu'a-l-il ? et vous, Monsieur, d'où vient cette rougeur , Et ces yeux enflammés qui me glacent de peur ?
Arthur.
Vous le savez de reste , il u'tst j!us temps de feindre , Tout me traliit , de vous je n'ai plus rien à craindre , Mais si du moins Ursule échappe à mon amour , J'ai renversé vos plans, vos complots sans retoui- Et votre protéjjé, s'il aime encore la vie , Calmera pour un temps son amoureuse envie j Je vi. lis de lui parler , je me suis expliqué ; A mes ordres, Mudame, il n'a pas répliqué,
Et s'il avait recours à quelque subterfuge ,
jNe prenant entre nous que mon amour pour juge ,
Je jure hautement devant lui , devant vous ,
Que le traître, aujourd'hui, tomberait sous mes coups.
Madame Albert.
Fort bien ! continuez; on sait qui vous conseille; Ce ton là m'intéresse et vous sied à merveille. Arthvr ( s* animant par degré).
Vous croyez quand j'insiste et vous force à rougir, Qu'un aulre contre vous ici me fait agir? Et que monsieur Dorville et me presse et m'excite ? Non, je n'espère plus aucune réussite; Ses mots entrecoupés et sa discrétion IN'ont fait qu'accélérer ma résolution, Et l'accomplissement de mes projets ; mon àme Devant vous trop long-temps a comprimé sa flamme , Devant vous trop long-temps je me suis déguisé; Je succombe au fardeau qui m'était imposé, Je renais^ je reprends nia dignité première, Connaissez donc enfin cette àme tout entière; Je rétracte à jamais d'infidèles sermens: Lrsule captiva mes premiers senlimens, Ursule de son sexe est pour moi le modèle. Jamais je n'eus d'amour, de penchant que pour elle, Sans elle je n'aspire à rien dans l'univers , Et l'avenir pour moi, n'est rien si je la perds.
Madame Albert.
Traître ! de tant d'ardeur voilà donc le salaire ? Voilà l'aveu tardif que tu voulais me faire I
Je devrais , dans l'excès de mon ressentiment
( Elle se reprend ).
Tout peut se réparer, profitez du moment. Sur mon compte en erreur on cherclie à vous induire, Ursule à Ibrce d'art aura pu vous séduire ,
A sa main, cependant, il vous faut renoncer
Sur votre étal encor vous pouvez prononcer ; De tout ici moi seule on veut que je dispose, Wallez-pas rejeter ce que je vous propose.
Arthur.
Madame
Madame Albert.
Dès ce soir vos vœux sont accomplis, Je fixe votre sort et je vous établis; Mais c'est à mon époux qu'à présent je ni'.idrfsse , Soyez-le , et qu'un écrit m'en donne la promesse;
Alors
Arthur.
Que dites-vous ? par un feint repentir ,
Ma franchise à ce point peurrait se démentir!
Et je sacrifirais par un calcul infâme ,
A la cupidité , l'intérêt de ma flammej
Quoi I l'appât décevant d'un prétendu bonheur,
Me ferait déroger et manquer à l'honneur j
Et quand Ursule enfin s'est pour moi déclarée,
Je m'en séparerais malgré la foi jurée !
IVoti , dut le ciel sur moi rassembler son courroux,
Fussé-je en persistant abandonné de tous ,
On ne me verra point avec tant de bassesse ,
Marchander un état , acheter la richesse !
De vos bontés pour moi , je suis honteux, confus ,
Et souftre plus que vous d'un si cruel refus.
Qui dis-je ? ah ! je voudrais qu'il fut en ma puissance
De les récompenser par mon obéissance ,
Mais je n'aurai jamais ce lâche procédé j
J'abjure votre don et j'y suis décidé.
Madame Albert, Ah ! de ce dernier trait, la noirceur me terrasse, Et l'amour dans mon cœur à la haine fait place , Mais si par les bienfaits je n'ai pu te tenter , Je mettrai mon plaisir à te persécuter ; Rien ne le retient plus dans ta noble carrière , A dater d'aujourd'hui rentre dans la poussière , Ton caractère faux ici vient de percer , Tu nous abusais tous , mais je vais te chasser.