SCÈNE DEUXIÈME
cine; j*ai résisté, j'ai lutté, cVst plus fort que moi; dussé-je être sifilée, il me faut le théâtre et j'y arriverai. J'ai tout un drame dans la tête : ce sera persan, indien, birman, je ne sais pas encore quoi, mais ce sera éblouissant et sublime !
LA BARONNE
Je n'en doute pas.
ZÉNOBIA
Je vois un palais immense, au milieu d'un lac; un roi, assis sur un trône de diamants ; des éléphants, des guerriers portant des boucliers d'or... naturellement, il y a une grande scène d'amour... et je ne sais comment la faire.
LA BARONNE
Ce n'est pas possible ; dans vos romans...
ZÉNOBIA
Oui, chère, dans mes romans, j'ai écrit des scènes d'amour...
Si passionnées, si passionnantes... je ne me lasse pas de les relire...
ZÉNOBIA
Vous êtes gentille. (EUe lembrasse.) Mals, dans les romans, c'est de l'analyse, de la psychologie ; au théâtre, c'est autre chose, il faut la vie elle-même, l'amour vécu... et quand on n*a pas de ressources dans ses souvenirs...
Elle baisse les yeux.
LA BARONNE, détournant les siens.
Pauvre innocente !
ZÉNOBIA
Beaucoup plus, ou autrement que vous ne le pensez. L'art, la littérature, la magie, l'impressionnisme, le symbo-
lisiiie, voilà ce qui m'occupe, mais l'amour m'est bien indiCéreut !... alors... c'est maintenant que Qa devient embarrassant..,
LA BARONNE
Je ne devine pas du tout
Eh bien, chez une femme peintre de mes amies, j'ai -rencontré un jeune homme charmant, du meilleur monde...
LA BARONNE
Un beau nom ?
ZÉHOBtA.
Je n'en sais rien.
LA BARONNE
Comment ! voire amie ne vous l'a pas présenté? zënoBiA,
Elle s'en serait bien gardée. Ce jeune homme m'a farlé de mes œuvres, il m'a comparée à George Sand, à madame de Staél, il est ébloui de mes talents ; il m'a demandé à venir me voir, je n'ai pas dit non, et comme ma modeste habitation manque de prestige...
LA BARONNE
Eh bien ?
ZÉNOBIA
Je lui ai donné voire adresse. Il sera ici dans une demiheure.
LA BARONNE, » leiaEl.
Ah 1 par exemple, ma chère, je retire ma promesse ; malgré toute mou admiration pour vous, mon amiUé même, je ne puis me prêter à des choses pareilles. Je vais dire qu'on défende ma porte.