SCR LES TRAVAUX DE VERSAILLES
Colbert n’avait pas vu sans tristesse les fantaisies du jeune Louis XIV se porter aussi exclusivement sur Versailles. Il n’imaginait pas que l’on pût tirer
parhe d’une disposition de terrain vraiment ingrate, d’une butte de peu de largeur, entourée de marécages et sans grande vue, et il ne jugeait pas qu’il valût la peine d’embellir davantage une résidence, destinée, semblait-il, à rester toujours assez mesquine. Que le Roi s’en tînt à de petits séjours de là Cour, comme celui qu’on avait fait en octobre 1663, c’était fort bien; mais les constructions déjà élevées étaient largement suffisantes, et l’on ne devait plus penser qu’à les entretenir. Faire davantage semblait a Colbei t un gaspillage d argent, alors qu’il y avait un édifice important à terminer à Paris, ce Louvre qui devait, d après lui, immortaliser son maître. Il avait été nommé <i surintendant et ordonnateur par provisions royales du lor janvier 1664-, quand il écrivit la lettre qn on va lue II > eut quelque courage de sa part à se mettre en travers des goûts bien affirmés du Roi, en exprimant son sentiment, comme il le fit, avec la franchise d’un serviteur fidèle.
Votre Majesté retourne de Versailles. Je la supplie de me permettre de lui dire sur ce sujet deux mots de réflexion que je fa, s souvent et qu’elle pardonnera, s’il lui plaît, à mon zèle. Cette maison regarde bien davantage
LES PREMIERS TRAVAUX DE LOUIS XIV 41
le plaisir et le divertissement de Votre Majesté que sa gloire... Il est bien juste qu’après une si grande et si forte application quelle donne au* affaires de son État avec l’admiration de tout le monde, elle donne quelque chose à ses plaisirs et à ses divertissements, mais il faut bien prendre garde qu'ils ne préjudicient à sa gloire. Cependant, si Votre Majesté veut bien chercher, dans Versailles, où sont plus de cinq cent mille écus qui y ont été dépensés depuis deux ans, elle aura assurément peine à les trouver. Si elle veut faire réflexion que l'on verra à jamais dans les comptes des trésoriers de ses Bâtiments que, pendant le temps quelle a dépensé de si grandes sommes en cette maison, elle a négligé le Louvre, qui est assurément le plus superbe palais qu'il y ait au monde et le plus digne de la grandeur de Votre Majesté*... Votre Majesté sait qu’au défaut des actions éclatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l'esprit des princes que les bâtiments; et toute la postérité les mesure à l'aune de ces superbes maisons qu'ils ont élevées pendant leur vie. Ah! quelle pitié que le plus grand Roi et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fût mesuré à l'aune de Versailles! Et toutefois il y a lieu de craindre ce malheur2.
Cette lettre résume des observations et des regrets que le ministre avait dû sans doute faire entendre plus d une fois. Louis XI\ lui donna satisfaction pour ce qui regardait le Louvre. On sait qu’il fit venir