LA TOUR D EAU DE VERSAILLES ET LES MOULINS DE CLAGNY. ESTAMPE ANONYME
VERSAILLES SÉJOUR DE FÊTES
de nombreuses commandes aux artistes. Les sculpteurs qui reçoivent les principales sont les frères Gaspard et Balthazar Marsy. En deux ans, 1666 et 1667, ils touchent près de dix mille livres sur des « figures de plomb et ornements de sculptures pour les fontaines »; toute l’ornementation du bassin du Dragon est comprise dans cette somme, le dragon, les quatre dauphins et les quatre amours sur des cygnes1. Ils ont fait également, pour la jolie fontaine du Triton ou de la Sirène, située sur la terrasse a l’angle nord-ouest du Château, des groupes qui sont déjà dorés en 1668 2. On y voit un triton soutenant une sirène, qui jette de l’eau par une coquille portée à sa bouche, et deux enfants assis sur des dauphins. Ce groupe, qui disparaîtra avec le bassin, est indiqué comme étant de bronze doré. D ordinaire, pour les fontaines, le métal employé par les sculpteurs est un mélange de plomb et d’étain, que la dorure rend semblable au bronze doré ; il faut se méfier toujours en lisant les descriptions, de cette mention du bronze doré, faite à propos d’objets que nous ne retrouvons point en ce métal et que les Comptes indiquent comme exécutés en plomb. A cette première époque surtout, les ouvrages de bronze sont extrêmement rares. Cependant, en 1666, Louis Mazeline, qualifié de maître plombier, fait un dauphin de bronze « pour mettre à une des fontaines de Versailles », et Michel Anguier, le modèle en cire de deux grands vases qui sont fondus en bronze pour être mis au Parterre du Nord. En 1667, Lerambert est payé pour une figure de l’Amour, évidemment « l’Amour de bronze qui tire une flèche d’eau » de l’estampe de Le Pautre, mis à la fontaine du Jardin des fleurs3; l’excellent sculpteur fait en même temps cc deux sphinx de marbre pour poser dans le Petit Parc », que les premières estampes nous montrent placés d’abord de chaque côté des degrés de Latone, sans les enfants de bronze qu’ils porteront plus tard4. Divers ouvrages de dorure et de bronzure pour les fontaines sont indiqués par les Comptes, et l’on voit clairement que le principe adopté alors est celui d’une dorure complète des plombs et même des bronzes employés à l’ornementation des bassins.
Le plus vaste travail d’art de l’époque, celui auquel sont conviés les premiers artistes de Versailles, c’est la Grotte de Téthys, destinée à célébrer, d’après les idées des deux Perrault, le Soleil que Louis XIV a pris pour emblème. On s’est. mis à en construire les rocailles, dans un bâtiment spécial élevé au nord du Château, à partir du mois de juillet 1665 5. L’ouvrage compliqué du rocailleur Delaunay a avancé très vite; au mois de décembre 1666, il est fini. On achève alors le pavé et le cailloutage de la Grotte, et l’orgue hydraulique, qu’on y a installé et qui imite le chant des oiseaux, est mis en état de jouer. Il vient de la maison d’un particulier de Montmorency, qui paraît l’avoir offert au Roi 6. Les dates sont fournies par les rapports à Colbert, qui marquent aussi l’intérêt que porte Louis XIV à ces travaux. Citons, par exemple, la fin de sa visite du 27 avril 1666 : « Sa Majesté fut derechef à l’Orangerie et au jardin potager et, étant prêt de monter en carrosse, voulut voir la Grotte, qu’elle trouva fort belle, et dit qu’elle ne connaissait personne qui fût plus long dans ses ouvrages que le sieur Jolly. Il nous est arrivé ce matin le reste des orgues et autres machines prises à Montmorency, ce qui nous fait espérer que le sieur Jolly sera bientôt ici, dont nous avons grand besoin ». Le réservoir ménagé au-dessus de la Grotte est rempli pendant l’été de cette même année7; ses eaux, amenées sur toutes les surfaces et jusque dans le pavé, par les soins de Denis Jolly, sont destinées à y produire les effets les plus variés et les plus inattendus.
Un maître sculpteur se trouve occupé à la Grotte de Versailles au cours de 1666. C’est Gérard Van Opstal, d’Anvers, qui est un des membres les .plus anciens de l’Académie royale, et dont ces ouvrages doivent être sans doute les derniers. En peu de temps, sa figure de fleuve du fond de la Grotte et son importante décoration de la façade sont terminées : « Le sieur Van Opstal, écrit Petit à Colbert le 16 juin, ne travaille point encore aux bas-reliefs du dehors de la Grotte. Le fleuve, qui est au niveau de l’imposte du milieu de ladite Grotte, est entièrement ébauché, lequel sera fini dans deux jours. » Et le 18 septembre : a La sculpture du devant de la Grotte sera au plus tard finie dans la fin de la semaine prochaine8 ». A ce moment, sont déjà accumulées à l’intérieur toutes les curiosités de l’art du rocailleur, dont la description par les contemporains sera donnée plus loin. Les gravures de Le Pautre les remettent seules sous nos
LE PARTERRE DE l/AMOUR, AVEC LA VUE DES COTEAUX DE SATORY.