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ESTAMPE MON TERMINÉE

milieu de la couronne et des fleurons sortaient onze jets d’eau. Tubi et Le Hongre avaient eu ainsi à rappeler une fontaine célèbre des jardins de Vaux. Mais cette ingénieuse disposition fut un peu plus tard modifiée, et les divinités marines, d’ailleurs maintes fois restaurées, nagent à présent à la surface des Bassins des Couronnes., n’ayant au milieu d’elles qu’une médiocre couronne de feuillages4.

Le Brun avait donné les dessins de tous les morceaux de sculpture de l’Allée d’eau. Les groupes d’enfants, qui devaient se répéter seulement deux par deux et tournés de façon à ne point paraître se répéter aux yeux, avaient nécessité bien des croquis du premier peintre ; on trouve en effet dans ses papiers plusieurs « pensées » fort différentes sur ce même motif : des enfants debout soutenant un bassin d’où monte un jet d eau. Le Roi adopta la disposition la plus heureuse pour faire valoir la souplesse des jeunes corps et la grâce variée des attitudes. Les groupes de l’Allée d’eau ou plus exactement, comme on le verra, ceux de la partie haute de l’Allée, qui sont au nombre de sept de chaque côté, furent partagés entre Pierre Le Gros, Louis Lerambert et Étienne Le Hongre. On ne cite g’uère pour ces ouvrages que les deux premiers sculpteurs, mais les Comptes révèlent la part importante du troisième ; son éloge académique l’affirme ; l’estampe de Le Pautre, datée de 1673, met un des

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groupes sous son nom ; enfin un état officiel manuscrit le porte aussi pour le groupe d’ « une jeune fille et deux petits cupidons » attribué à tort à Lerambert1. Le même Le Hongre et Benoît Massou furent chargés des ornements de fruits et de fleurs qui remplirent les vasques supportées par les enfants. Le souvenir de cet état primitif est gardé par les sept estampes des groupes de l’Allée d’eau que Le Pautre reçut, dès 1672, l’ordre de graver. Félibien décrit ainsi les quatorze morceaux :

Ce qui est digne d’être remarqué est l’agréable disposition de tous ces enfants et leurs différentes actions. Car, comme de chaque côté de l’allée il y a sept groupes de ces enfants disposés d’espace en espace, les deux premiers de ces groupes, que l’on trouve vis-à-vis l’un de l’autre, représentent de jeunes tritons qui portent de grandes coquilles en forme de bassin pleines de corail et de divers coquillages [Le Gros]. Les seconds sont trois jeunes enfants qui portent un bassin rempli de diverses sortes de fruits [Le Gros]. Les troisièmes sont deux amours et, au milieu d’eux, une jeune fille; ils soutiennent ensemble une corbeille pleine de fleurs [Le Hongre]. Les quatrièmes sont trois jeunes enfants qui portent un bassin rempli de fruits et appuyé sur le tronc d’un arbre [Lerambert]. Les cinquièmes sont trois autres enfants appuyés sur un piédestal sur lequel est un bassin ; ils tiennent des tambours de basque, des flûtes et des flageolets [Lerambert]. Les sixièmes sont trois petits satyres, qui ont sur leurs têtes des corbeilles pleines de fruits [Le Gros]. Les septièmes, qui sont tout au bas de l’allée, sont de jeunes termes, c’est-à-dire trois figures d’enfants qui n’ont que la moitié du corps au naturel ; le reste depuis le ventre en bas se terminèrent forme de scabellon ou piédestal, que l’on nomme ordinairement gaine dans ces sortes de figures [Lerambert].

Tous ces divers enfants sont de bronze doré; dé même que les fleurs et les fruits dont les bassins et les corbeilles sont remplis ; pour le reste, il est de bronze. Du milieu de chaque corbeille ou bassin s’élève un gros jet d’eau, qui baigne les fleurs et les fruits et retombe dans les bassins où sont posés les pieds des enfants. Les tapis de gazon sont garnis des deux côtés, depuis un des bassins jusques à l’autre, de plusieurs vases de cuivre peints et dorés et remplis de petits arbrisseaux verts 8.

Ces œuvres charmantes, où l’enfance est interprétée avec une grâce si souple et tant de vie, ont une histoire assez compliquée et que seuls les Comptes peuvent dévoilera notre curiosité. D’abord, le nombre en fut augmenté, quelques années plus tard, lorsque les deux grands bosquets latéraux furent remaniés et devinrent, l’un, celui des Trois-Fontaines, l’autre, celui de l’Arc-de-Triomphe. La disposition nouvelle de l’entrée de ces bosquets donna sans doute l’idée de prolonger l’Allée d’eau dans la demi-lune où ils s’ouvraient ; et on trouve Le Gros, associé cette fois avec Massou, appelé à fournir des modèles pour une partie des huit groupes nouveaux ou plutôt des quatre groupes répétés chacun deux fois. Le premier paiement fait aux deux sculpteurs est de mai 1678, « à compte des groupes d’enfants de plomb et étain qu’ils font pour la continuation de l’Allée d’eau du Petit Parc » ; le parfait paiement monte h 8400 livres3. Mazeline, de son côté, reçoit 3800 livres « pour les groupes de l’Allée d’eau4 ». Il n’est pas sûr du tout que les groupes de Le Gros et de Massou soient encore à la place où ils ont été mis à cette époque ; on a pu les faire disparaître, alors que l’ensemble a changé de matière, ainsi qu’il sera dit plus loin. Les seuls sculpteurs nommés par les descriptions imprimées et les états manuscrits sont Mazeline et Buirette. Le premier groupe de Mazeline, qui vient immédiatement au-dessous des groupes anciens, représente trois enfants, dont deux petites filles, l’une jouant avec un poisson. Le suivant, qui est aussi de Mazeline, rappelle la chasse : l’un des enfants tient une pique, le second caresse un chien, le troisième porte un lievre soutenu par un bâton. On donne à Buirette les deux derniers groupes : trois enfants regardant l’eau tomber du bassin au-dessus de leur tête, et trois petites filles dont l’une tient un perdreau. Buirette a dû travailler à ces ouvrages vers l’époque où il était occupé aux enfants de bronze du Parterre deau5. Peu de temps après, au cours de 1684, un détail se trouve changé dans toutes les fontaines de 1 Allée d eau : ù la place des bassins de métal, les groupes porteront désormais des bassins de marbre rouge de Languedoc1’, et sans doute alors disparaissent les ornements qui faisaient corps avec les premiers bassins et que reproduisent les estampes de Le Pautre.

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Les groupes de la partie inférieure de l’Allée d’eau semblent, à certains égards, moins parfaits que les anciens. Mais ce que les Comptes révèlent clairement, c’est que nous n’avons, ni pour la première série, ni pour la seconde, les Ouvrages de l’origine. Ces ouvrages étaient, comme on vient de le voir, de ce « métal », alliage de plomb et d’étain, qui était utilisé pour les fontaines de Versailles et qu’on passait de temps en temps en couleur de bronze doré ; le socle des groupes et les bassins qu’ils supportaient étaient du même métal et peints, nous apprend Félibien, en couleur de bronze. Ce n’est que plus tard, à un moment où le véritable bronze paraît envahir Versailles, lorsque s’exécutent les premières fontes du Parterre d’eau, que quelques mentions éparses rappellent notre attention sur l’Allée des enfants. Que sont, en effet, les « moules et cires de l’Allée du Dragon et de l’Allée d’eau », pris, dès 1684-, par les sculpteurs-fondeurs Varin et Langlois, et les a modèles de groupes d’enfants que Melo,

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sculpteur, reforme de terre et de cire pour l’Allée de la Pyramide », au 14 septembre 1687, sinon la préparation d’une fonte à cire perdue d’après les anciens plombs qu’on va remplacer ? Et cette fonte n’est-elle pas indiquée par les sommes versées, à diverses reprises, « aux nommés Varin, Meunier et Langlois, sculpteurs et fondeurs, à compte des groupes d’enfants qu’ils fondent en bronze pour l’Allée des Cascades de Versailles1 »? Les diverses dénominations de l’Allée ne peuvent égarer; et c’est bien à nos groupes de Lerambert, par exemple, que s’appliquent les indications recueillies par Guillet de Saint- Georges sur ce sculpteur : « Il avait fait aussi, pour la cascade qu’on trouve en allant à la pièce du Dragon, quatre groupes d’enfants qui portaient des bassins ornés de fleurs et remplis de fruits ; les airs de tête, les contours et la composition en étaient si fort estimés que M. de Louvois les a fait jeter en bronze pour la même cascade2 ». Ce « jet en bronze » ordonné par Louvois est celui dont nous parlons. On est occupé, dans l’automne de 1688, à replacer en bronze, le long de l’Allée, les groupes anciens, h remplacer les bassins de pierre qui les supportent par des bassins de marbre et à changer jusqu’aux socles, que les mêmes sculpteurs ont faits « en marbre, ornés de glaçons, pour mettre sous lesdits groupes3 ». Rien ne manque en vérité à nos renseignements, pas même le petit accident survenu à un ouvrier, ce qui nous donne la date exacte de la pose4. A ce moment, tous les détails de Y Allée d’eau, tels qu’ils doivent durer jusqu’à nous, se trouvent en place. Il n’est plus question, bien entendu, de remettre les ornements de fruits et de fleurs, la beauté de la matière nouvelle pouvant suffire aux vingt-deux fontaines définitives.

Le travail que nous avons aujourd’hui sous les yeux est donc celui de 1688 seulement, exécuté sur des modèles de 1668 et de 16/8. Ainsi, de dix ans en dix ans, l’aimable Allée d’eau s’est transformée. Le bas-relief des Nymphes qui la termine est-il, en même temps qu’elle, destiné à changer de matière ? Cela est très probable, puisqu on a commencé à jeter en bronze les masques qui avoisinent l’œuvre de Girardon ; mais ce point n est pas indispensable aux conclusions générales que suggèrent les précédentes observations. Il m a semblé qu on ne saurait trouver un exemple plus frappant de la continuité des remaniements apportés, par Louis XIV lui-même, à la décoration de Versailles. Retenons également, de ce qui vient d être établi, une rectification à 1 honneur du goût du dix-septième siècle : à part les enfants assis sur les sphinx de marbre, dont la dorure remonte à 1670 et qu’on « dédore » expressément en 1685 5, aucun des beaux bronzes existant aujourd’hui à Versailles n’a été doré. La dorure a été réservée aux plombs, qui seuls en avaient besoin ; jamais l’aspect naturel du plus noble des métaux n’a été sacrifié à des apparences plus riches et mensongères.

Les grands morceaux placés dans le voisinage des groupes de Le Gros, de Le Hongre et de Lerambert, furent réservés à un maître plus habile encore et qui est au nombre des plus glorieux sculpteurs de Versailles, François Girardon. La Pyramide fut assez longue à édifier, à cause de la multiplicité des ornements que Félibien va nous décrire. Girardon y travaillait encore en 1672°. Quant au grand basrelief, également fait en plomb doré, de la Fontaine des Nymphes ou de la Nappe, appelée quelquefois plus tard Bains de Diane, il semble avoir été achevé dès 1670. Charles Perrault en attribue le dessin à son frère: « M. Girardon, ajoute-t-il, l’exécuta avec encore plus d’agrément que le dessin n’en avait; aussi ce bas-relief est peut-être un des plus beaux qu’il y ait eu jusqu’alors 7. » Aujourd’hui encore, sous la dehcieuse patine dont le temps l’a recouvert, il compte parmi les œuvres les plus exquises du Parc.

On en jouissait surtout à l’apercevoir au travers de la Grande Nappe, dont le mouvement semblait donner la vie aux nymphes, de grandeur naturelle, si agréablement groupées. Le bas-relief de Girardon, ainsi que les autres ornements du bassin furent dorés entièrement. Après la restauration qu'en fit 1 auteur lui-meme en 1683, on trouve un paiement au peintre Chaillot pour le « vernis de bronze qu’il a mis au bas-relief de la Nappe et aux groupes d’enfants de l’Allée d’eau », qui allaient, peu après, être transformés en bronze véritable8. Pour la fontaine de la Pyramide, qui dominait le bassin, il semblerait

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qu’il ait pu y avoir un mélange d’effets, l’or étant réservé aux figures et le bronze aux ornements : le peintre doreur Jacques Bailly recevait, en 1671, 1800 livres,

« pour la dorure et bronzure de la fontaine en pyramide ». Écoutons à présent Félibien :

La fontaine de la Pyramide est ainsi nommée à cause de sa figure ; car le haut est un gros vase qui sort d'un bassin soutenu par quatre écrevisses, qui servent de consoles, posées dans un autre bassin plus large porté par quatre dauphins. Ces dauphins ont la tête sur les bords d’un autre bassin que tiennent quatre jeunes tritons, qui ont une double queue et qui posent dans un autre bassin encore plus grand, soutenu par quatre consoles en forme de pied de lion et par quatre grands tritons qui semblent nager dans le grand bassin, dont les bords sont de pierre et au niveau de la terre, avec un rebord de gazon tout autour. Ce bassin est de figure carrée mais arrondie des quatre côtés. Il reçoit toute l’eau qui tombe avec abondance, et en forme d’une grosse

gerbe, du vase qui est tout au haut des bassins, d’où elle retombe successivement de l’un en l’autre, comme par grandes nappes, qui forment comme autant de cloches de cristal qui s’élargissent à mesure qu’elles descendent en bas *.

Proche de la Pyramide, et à la tête de l’Allée d’eau qui descend à la fontaine du Dragon, est un grand bassin dans lequel tombe une nappe d’eau, qui couvre, comme d’un voile d'argent* un grand bas-relief de bronze doré où l’on voit des nymphes qui se baignent. A côté de ce bas-relief, il y en a d’autres qui représentent des divinités des eaux et quelques enfants. Ceux qui sont en face sont séparés par de gros masques qui jettent de l’eau par la bouche et qui ressemblent à des faunes ou à des satyres, dont on ne voit que la tête et les pieds, comme si le reste de leurs corps était enfermé dans la pierre même dont le bassin est revêtu.

FONTAINE ANCIENNE DE L ALLÉE D EAU. GROUPE DE LERAMBERT ESTAMPE DE LE P AUTRE.

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La partie latérale de la Cascade de l’Allée d’eau n’est point de Girardon. De chaque côté du grand Bain des Nymphes, s’appliquent deux bas-reliefs en hauteur, représentant, l’un un fleuve, 1 autre des enfants portant des corbeilles de fleurs ; ceux de droite sont attribués à Le Gros, ceux de gauche à Le Hongre. Les mêmes sculpteurs ont traité les faces latérales, où s’étagent trois reliefs dont la forme suit la pente du terrain et qui présentent successivement une nymphe, un amour porté sur un dauphin et enfin des poissons. Je ne sais où désigner en ce bassin la part de Magnier et de Legendre, qu assurent les Comptes et que Guillet mentionne ainsi, à propos du premier : « Un enfant de métal et un terme qui jette de l’eau, proche les baigneuses en bas-relief que M. Girardon a faites de métal1. » Les quatre termes qui séparent les bas-reliefs dans le fond du bassin sont des figures de satyres, dont les masques et les

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