BOSQUET DD BERCEAD D’EAU. — ESTAMPE HOLLANDAISE
forment une espèce de pavillon ; ces cinq jets sont accompagnés de quatre autres qui sortent de quatre vases posés dans les angles du cabinet; l’eau de ces jets va se décharger dans le bassin du milieu par quatre masques de bronze qui la vomissent dans des coquilles1 ». L’autre massif est percé d’une longue allée, de chaque côté de laquelle jaillissent, derrière une banquette de gazon ornée de vases de porcelaine, une infinité de jets d’eau qui se réunissent en forme de berceau au-dessus de la tête du promeneur et sous lequel on marche sans être mouillé. Cette curieuse disposition est appelée le Berceau d'eau. On paraît y avoir ajouté comme fond de décor une sorte de cabinet de treillage avec des statues dans des niches. Mais nous connaissons mal ces deux bosquets qui, ayant disparu de bonne heure, n’ont guère pu être décrits 2. La fontaine du Pavillon fait place, dès 1677, à celle de l’Arc-de-Triomphe, et le Berceau d’eau aux Trois-Fontaines. Ils sont, d’ailleurs, à peine mentionnés dans les Comptes, et les très rares estampes qui les représentent sont insuffisantes pour notre curiosité.
LA TRANSFORMATION DES JARDINS
« En ce temps-là, raconte Perrault, le Roi laissait ordonner de toutes choses à M. Colbert ; et M. Colbert se fiait à nous pour l’invention de la plupart des dessins qu’il y avait à faire. Mais les dames ayant remarqué que le Roi y prenait beaucoup de plaisir, elles voulurent se mêler d’en donner, de leur côté, pour amuser le Roi agréablement. Madame de Montespan donna le dessin de la pièce du Marais, où un arbre de bronze jette de l’eau par toutes ses feuilles de fer-blanc et où les roseaux de même matière jettent aussi de l’eau de tous côtés1. » Cet arrangement, qui semble avoir inspiré plus tard la fontaine de l’Obélisque, fut commandé en 1671 et, toutes les années suivantes, on ne cessa d’embellir de maintes façons la coûteuse fantaisie de la favorite. Louis XIV s’intéressait particulière¬
ment à l’arbre du Marais et Colbert y faisait travailler sans discontinuer. Il en est fait mention dans plusieurs de ses lettres, et l’on peut en citer une où se révèle une fois de plus la minutie des détails dans lesquels entrait le Roi : « La tige de l’arbre du Marais, qui est de fonte, est sur le lieu, et l’on y a soudé plusieurs branches. Tous les feuillages sont redressés et en état d’être rejoints aux branches. J’ai fait faire un petit contre-mur dans le bassin du Marais, pour porter les planches de roseaux ; après quoi il n’y a pas à craindre qu’ils tombent dans l’eau, comme ils ont fait. On travaille autant qu’il se peut au massif des deux buffets ; il y en a un d’achevé, et les tuyaux qui passent dans les gradins sont posés avec chacun leur robinet*. » Le Marais était fini, en même temps que le Labyrinthe, pour le retour du voyage d Alsace, à l’automne de 1673 3. Quoique certains détails y manquassent encore en 1674, ce bosquet servit à inaugurer la série des fêtes de cette brillante année. André Félibien, qui a écrit la relation de ces fêtes et qui composait en même temps sa description de Versailles, put offrira Madame de Montespan la flatterie de deux pages distinctes en ses deux ouvrages4. La moins longue sera choisie pour le lecteur :
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C’est un petit bois où il y a un grand carré d’eau plus long que large, au milieu duquel est un gros arbre si ingénieusement fait qu'il paraît naturel. De l’extrémité de toutes ses branches sort une infinité de jets d’eau qui couvrent le Marais. Outre ces jets d'eau, il y en a encore un grand nombre d’autres qui jaillissent des roseaux qui bordent les côtés de ce carré. Aux deux bouts et dans l’épaisseur des palissades sont deux enfoncements de verdure en manière de cabinets, où l’on monte par deux marches de gazon. Dans chacun de ces enfoncements, il y a une grande table de marbre blanc, et sur chaque table une corbeille de bronze doré remplie de fleurs au naturel, de laquelle sort un gros jet d’eau qui retombe dedans et s’y perd sans mouiller la table. Au milieu
des côtés de ce carré, il y a aussi d’autres enfoncements semblables à ceux des deux bouts , où sur des marches de gazon sont élevées de longues tables de marbre blanc et rouge avec des gradins pour servir de buffets. De ces gradins, il sort de l’eau par des ajustages qui forment des aiguières, des vei’res, des carafes et d’autres soi’tes de vases, qui semblent être de cristal de roche garnis de vermeil doré.
Il serait difficile de se Figurer ces garnitures singulières, sans un grand dessin en couleur des Archives nationales qui en montre la disposition ingénieuse ; les montures de métal doré adaptées au massif du buffet, laissaient, au moment où les cascades plan Dü THÉÂTRE d’ead. se mettaient à jouer, tom-
aqüarelle du temps de louis xiv. ber l’eau entre leurs inter¬
valles, et ainsi se complétaient les vases et les aiguières, qui apparaissent sur le fond de marbre rouge et blanc pendant tout le temps que durait le jeu des eaux1. L’ensemble de cette fontaine du Marais est mië sous nos yeux par l’estampe d’Israël Silvestre, dont nous avons le dessin à la plume. Elle subit de fréquentes restaurations, que le nombre de ses accessoires et le mécanisme délicat de ses ajustages rendaient inévitables. On la supprima définitivement en 1704, quand Madame de Montespan vivait encore.
Le Théâtre ou Amphithéâtre cl’ eau, commencé en 1671 2 , utilisé comme le Marais pendant les fêtes de 1674 et conservé pendant toute une partie du dix-huitième siècle, était une oeuvre d’une importance toute autre et une de celles qu’on doit regretter le plus 3. Nulle part les effets d’eau n atteignaient autant de précision et de variété, et les plans de la canalisation, qui en sont conservés, suffisent à donner l’idée de leur complication savante. Ils furent sans cesse remaniés et perfectionnés au cours du règne de Louis XIV, et le décor permanent du bosquet subit aussi plusieurs changements, comme l’attestent les différentes estampes. En 1677, on ajouta dix-huit bassins4; plus
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tard, on mit partout un fond de treillage, au lieu de « palissades de charmes », et on remplaça les groupes sculptés, dans quatre niches rustiques, par des effets d’eau. Dans sa forme première, Félibien le décrivait ainsi :
C’est une grande place presque ronde, qui a environ vingt-six toises de diamètre. Elle est séparée en deux parties. La première contient un demi-cercle autour duquel sont élevées trois marches en forme de siège pour servir d’amphithéâtre, qui est environné d’allées couvertes d’ormes sur le devant et de palissades de charmes derrière. L’autre partie qui est élevée d’environ trois à quatre pieds, est le Théâtre. Il s’élève dans le fond par un petit talus de gazon qui laisse des passages pour les acteurs; et dans la palissade qui l’environne, il y a quatre grandes niches remplies de bassins de fontaines rustiquement travaillés. Dans ces bassins, il y en a d’autres plus élevés où sont assis des enfants, qui se jouent les uns avec un cygne, les autres tiennent un griffon, les autres une écrevisse et les autres une lyre, le tout de bronze, et d’où sort de l’eau en abondance. Entre ces quatre niches sont trois allées qui s’enfoncent dans le bois et forment trois perspectives d’une beauté toute nouvelle. Car le milieu de chaque allée est comme un canal de quatre à cinq toises de large, revêtu des deux côtés de divers coquillages avec un glacis de gazon qui borde les deux contre-allées, qui sont terminées d’un côté par des palissades de charmes et de l’autre, le long du canal, par des petits arbrisseaux verts, avec des pots de porcelaine pleins de diverses fleurs d’espace en espace. Ces canaux ne sont pas remplis d'une eau tranquille et paisible : ce sont plusieurs cascades qui tombent les unes dans les autres et qui tirent leur source d’un grand bassin de coquillages élevé sur trois autres au bout du canal. L’eau qui en sort par grandes nappes vient enfin jusque sur le derrière du Théâtre, où, après avoir passé par des coulettes, elle finit dans trois bassins qui sont vis-à-vis de ees longues cascades.
Il y a encore aux deux côtés du Théâtre joignant l’amphithéâtre deux bassins d’où s’élèvent deux lances d’eau ; et du bord du Théâtre tombent deux grandes nappes d’eau l’une sur l’autre qui le séparent de l’orchestre. Mais ce qui est le plus surprenant est la quantité des jets d’eau qui s’élèvent du milieu de ces canaux et des côtés des allées, lesquelles forment une infinité de figures d’eau toutes différentes !.
C’était bien en réalité un théâtre ou tout au moins un lieu où l’on pouvait entendre de la musique. Mais le spectacle était fourni par les eaux elles-mêmes. Le chef des fontainiers Denis en indique 1 usage dans son poème descriptif inédit sur les fontaines de Versailles, dédié au Roi2. Si la mythologie, les beaux-arts et surtout la poésie y sont parfois bien maltraités, l’auteur a du moins toute qualité pour donner des renseignements autorisés sur les matières de sa profession. Il s’y emploie particulièrement pour le Théâtre d’eau, auquel il consacre plus de cent cinquante de ses « vers héroïques » vigoureusement chevillés. Peu nous importe qu’il ait cru y célébrer en poète les merveilles auxquelles, en lontainier, il donnait la vie :
On y voit des gradins qui sont à trois étages,
Où sont les spectateurs commodément assis
Pour entendre et pour voir les desseins qu’on a pris.
On met dans ces gradins, où la joie est publique,
Les joueurs d’instruments et les gens de musique,
Dont la douce harmonie enchante tellement Qu’on ne peut s’ennuyer dans un lieu si charmant...
Le poème décrit, avec une complaisance minutieuse, les dix combinaisons qui peuvent se succéder : les berceaux et les lances avec leurs deux cents jets, les bouillons seuls ou les aigrettes seules, la grille seule, les berceaux avec les aigrettes, les bouillons avec les berceaux, les lances seules, les bouillons avec les aigrettes, les fleurs de lis seules, les fleurs de lis avec les berceaux, et, pour terminer cette fête des yeux, la décoration des grands berceaux :
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Enfin les grands berceaux, pour être les derniers,
Ne cèdent point l’honneur et la gloire aux premiers. Ce spectacle est charmant, il faut que je l’avoue,
Et, durant tout le temps que le Théâtre joue,
Les décorations avecque les bassins,
Les nappes et la grille ayant les mêmes fins,
Font leurs jets différents pour nous faire paraître Le respect et l’honneur qu’ils rendent à leur maître
Tels sont les effets qu’ont sous les yeux les invités des fêtes de 1674, durant l’après-midi de la quatrième journée : « Le Roi, ayant donné l’ordre que la fête de ce jour-là fût encore plus magnifique et plus décorée que les précédentes, commanda que l’on préparât la collation au Théâtre, qui est dans un des bois du Petit Parc. C’est une grande place presque ronde et séparée en deux parties. La première, qui sert d’orchestre, contient un demi-cercle, autour duquel sont élevées trois marches en forme de sièges pour servir d’un amphithéâtre... Il semblait que le lieu même présentât à la compagnie les différents mets dont elle devait être régalée ; car c’était sur les trois marches qui environnent la place qu on les avait disposés dans un ordre qui charmait les yeux de tout le monde... Sur le plus haut des degres régalait un ornement de fleurs composé de vingt-quatre g'randes bordures en forme de miroirs, qui renfermaient le chiffre du Roi; sur les deux autres degrés, il y avait, dans de grands vases de porcelaine, cent soixante tant pommiers, abricotiers, pêchers, qu’autres différents arbrisseaux, tous chargés de leurs fruits. » Le bon Félibien, auquel je renvoie le lecteur, continue assez longuement d énumérer les pyramides de fruits, les corbeilles remplies de pâtes et de confitures sèches, les « quatre cents tasses de cristal pleines de glace », et mille autres choses délectables à la vue et au goût. Mais le grand plaisir fut le spectacle des eaux, qui mirent sous les yeux des assistants leur féerie changeante et le plus admirable décor qu’elles eussent jamais réalisé.
Les œuvres d art réunies au Théâtre d’eau méritent de nous arrêter ; elles ont complètement disparu, comme le Théâtre lui-même, devenu la modeste cuvette gazonnée du « Rond Vert », et nous ne les pouvons connaître que par les estampes très précises, il est vrai, de Le Pautre. C’est encore l’imagination de Le Brun qui a fourni aux sculpteurs les symboles et les formes. Plusieurs de ses compositions ont été gravées au dix-septième siècle dans son Recueil de divers desseins de fontaines , si important à étudier pour Versailles, qui se vendait chez Édelinck. J’ai moi-même retrouvé plusieurs dessins de sa main qui sont la première pensée de ces ouvrages^.
Les groupes placés en ce bosquet servent de supports à des jets d’eau et chacun a pour piédestal un massif de coquillages rares et de rocailles. Les trois perspectives du Théâtre aboutissent à des bassins dominés par trois figures mythologiques. Ce sont des enfants auxquels sont donnés des attributs de dieux : Jupiter au centre, lançant la foudre, représente le génie de la puissance royale ; il est monté sur un aigle, dont les serres posent sur la sphère céleste ; Mars est à cheval sur un lion qui dévore un loup ; Pluton, le trident à la main, a pour monture Cerbère enchaîné et entouré de vases précieux et des symboles de la richesse. Les trois sculpteurs sont Pierre Le Gros, de Chartres, Martin Desjardins, de Breda, Benoit Massou, de Richelieu. A l’entrée des perspectives, quatre groupes de deux amours, portés dans de grandes coquilles, se livrent à des divertissements variés ; ceux de Massou « se jouent avec un griffon, qui fait un jet d eau » ; ceux de Tubi, avec un cygne, dont le cou verticalement dressé lance également un jet d eau ; ceux de Ifouzeau, avec une écrevisse de mer, et ceux de Le Gros, avec une lyre. A 1 entrée du Théâtre est un huitième groupe de plomb doré, placé au sommet d’un petit iochei sui trois coquilles superposées : un amour sur un dauphin se retournant pour prendre une flèche dans son carquois, d’où un jet d’eau s’élance ; cet amour est de Gaspard Marsy. Les bas-reliefs de douze vases « de bronze dore » complètent la décoration sculpturale de ce palais des eaux. Tout cela fait
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un ensemble d’un éclat extraordinaire, et l’on comprend que ce soit le lieu où notre Denis , élevant subitement le ton, se mette à célébrer le Roi inventeur de tout :
Ce qui doit augmenter notre admiration,
Au Roi de toute chose on doit l’invention.
De toutes les beautés, de toutes les merveilles Qui charment les esprits, les yeux et les oreilles,
De tout ce qui ravit, de tout ce qui surprend.
De tout ce que Versaille a de rare et de grand
PROJET d’un DES GROUPES DU THÉÂTRE D’EAU. DESSIN DE CHARLES LE BRUN.
On doit l’invention à son puissant génie Que le ciel a comblé d'une grâce infinie.
Il est vrai que Le Brun, ce peintre ingénieux.
Le plus docte en son art qui soit dessous les cieux. Excite ce monarque à former des idées Que d’autres potentats n’ont jamais possédées. Aussitôt les sculpteurs, peintres et tapissiers, Architectes, graveurs et les autres ouvriers (sic), Suivant l’ordre du Roi; sont tous sous sa conduite, Dont on voit tous les jours le succès et la suite...
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d’un treillage, soutenant une palissade de chèvrefeuille, derrière laquelle s’élèvent les grands arbres. Ce treillage est coupé de niches renfermant chacune un jet d’eau ; la corniche porte des pots de porcelaine garnis de fleurs, et tout le long du sol court une goulette « ou petit canal bordé de gazon et de coquillages, avec des petites chutes ou bouillons d’eau ». Les allées ainsi encadrées aboutissent à un salon rond, palissadé et orné de la même façon, et autour duquel sont ménagées commodément, pour le repos des compagnies, cinq grandes niches cintrées avec un banc circulaire. A l’extrémité de chacune des percées, on aperçoit des niches semblables, décorées de rocailles et de jets d’eau. Le grand effet de l’eau est au centre : elle y forme, en jaillissant d’un rocher, comme une montagne liquide et se répand en cinq grandes nappes autour du bassin, en face des cinq allées rayonnantes. On fait honneur à Berthier de tout cet arrangement, ainsi célébré par Denis :
L abondant fontainier poursuit de bien d’autres louanges « cette personne illustre » qu’est le Premier Peintre et aussi M. Le Nôtre, et aussi M. Bontemps, gouverneur de Versailles 1 ; il excepte seul de sa distribution de flatteuses rimes l’homme qui est justement son chef direct, Francine. Pénétrons avec lui, et aussi avec Félibien, dans le bosquet de l’Etoile, où nous a déjà menés la fête de 1668, et regardons-y les nouveaux embellissements. Mainte estampe ancienne et un des tableaux mythologiques de Cotelle peuvent nous aider à les comprendre2. Les cinq allées sont maintenant bordées
GROUPE DU THÉÂTRE D’EAU, SCULPTÉ PAR 1IOUZEAU. DÉTAIL d’dNE ESTAMPE DE LE PAUTRE.
LA TRANSFORMATION DES JARDINS
Enfin, pour achever cette belle montagne,
Que l’esprit inventa, qu’un bel ordre accompagne, Du haut de ce rocher il sort un bouillon d’eau, Que l’on peut appeler un prodige nouveau...
Les eaux en retombant produisent des cascades Qui peuvent réjouir les cœurs les plus malades. Ainsi, tout est charmant, tout est miraculeux;
Les grottes, les rochers, tout en est merveilleux. Et l’on doit admirer de Berthier le génie,
Dont la gloire jamais ne peut être ternie,
1I0SQUET DE LA MONTAGNE d’eAC.
ESTAMPE DE PÉBELLE.
Pour avoir observé dans tout ce qu’il a fait Une belle conduite, un ordre si parfait,
Et, par ses beaux desseins, au plus grand des monarques De son zèle donné les plus illustres marques1.
Tout oc décor d'eau, de treillage et de rocailles, qui sera modifié plus d'une fois, comme les autres décors du Parc, a été dressé en 1671, et la fontaine est fameuse sous le nom de Montagne d’eau. Elle sera un peu modifiée en 1684 et disparaîtra, à son tour, en 1704; à ee moment, le bosquet, où les treillages de Colinot seront remplacés par les charmilles primitives, redeviendra simplement le Bosquet de L’Etoile.
La Salle des Festins ou Salle du Conseil a été ouverte dans le bois voisin en 1672 2. C’est une
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vaste clairière, dont le milieu fait une sorte d’île, entourée d’un fossé soigneusement maçonné et franchi par des ponts mobiles qui peuvent se retirer et laisser le visiteur enfermé sur le terre-plein. Du fossé, de quatre petits bassins dans l'île et de quatre autres en dehors s’élèvent, quand on' donne les eaux, soixante-treize jets. Plus tard, « chacun de ces jets, tant des bassins que du fossé, est un groupe d’enfants dont les attitudes sont différentes, et tous ces groupes sont dorés1 ». Même lorsqu’il a reçu ce charmant décor de sculpture, le bosquet de la Salle du Conseil n’est pas un des plus importants des jardins, et l’on comprend qu’il soit marqué pour la destruction, quand, en 1706, Mansart met à la place la belle fontaine de Y Obélisque.
En revenant vers le Château, on trouve au-dessous du grand parterre de Latone, de chaque côté de l’Allée Royale, ce qu’on nomme alors les deux Bosquets. Ils sont composés l’un et l’autre d’allées et de cabinets d’un dessin semblable, au milieu desquels jaillit une fontaine.
Le bosquet du nord s’appellera plus tard le Bosquet du Dauphin, à cause du motif mis pendant quelque temps sur le bassin qui en occupe le centre2.
Celui du midi prendra le nom de Bosquet de lu Girandole ; au milieu est un cabinet de verdure déforme circulaire et percé en étoile, avec un bassin d’où s’élancent une très haute gerbe
et plusieurs jets paraboliques 3. Les jets n’existent déjà plus sous Louis XV, bien que le nom de « Girandole » continue à être en usage. C’est aux quatre coins de ces Bosquets que se trouvent symétriquement placés les bassins des Quatre Saisons.
La plupart des travaux de Le Nôtre et de Francine se sont portés, comme on le voit, dans la
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partie gauche des jardins, et les principaux effets hydrauliques y ont été jusqu’à présent concentrés. On commence à creuser, il est vrai, en 1674-, la grande pièce d’eau qui doit s’appeler Vile Royale et qui doit réunir et utiliser les eaux stagnantes du voisinage. Dans le massif où sera un jour la Colonnade, les plans montrent un tracé de petits ruisseaux, qu’on appelle les Sources 1 . On dessinera bientôt la Galerie d’eau, dont il sera mieux parlé plus tard. Mais ce qu’on a fait de plus intéressant de ce côté est une création d’un genre tout, spécial, destinée à donner au Labyrinthe de Versailles son universelle célébrité. Ce labyrinthe est fort ancien ; les premiers plans l’indiquent déjà avec un dessin un peu différent de celui qu’il eut plus tard ; les rapports adressés à Colbert en mentionnent 1 existence dès 1665, et nous avons vu Mademoiselle de Scudéry le faire traverser par sa belle étrangère2. C est
d’ailleurs un ornement généralement adopté et presque inévitable dans les jardins de l’époque.
Mais Le Nôtre a trouvé le moyen d’ajouter à celui de Versailles un caractère unique et un charme inattendu ; il a eu la pensée d’amener sous les yeux du promeneur, embarrassé de choisir son chemin, une profusion de fontaines variées et de groupes décoratifs, qui piquent sa curiosité et l’engagent à les découvrir successivement à chaque détour des allées.
Les groupes mis au Labyrinthe, et dont plu-