‹ La création de VersaillesChapitre 32 sur 118 · UNE FONTAINE DD LABÏRINTHE · texte numérisé non relu

UNE FONTAINE DD LABÏRINTHE

sieurs peuvent être aper-

F.STAMPK HOLLANDAISE. 1 1

çus à la fois, représen¬

tent les principales fables d’Ésope. On aime à penser que le succès des Fables de La Fontaine, dont les six premiers livres ont paru en 1668, n’est pas étranger à l’idée qu’ils réalisent. Ils sont au nombre de trente-neuf, tous placés au milieu de petits bassins de la plus fine rocaille, et quelques-uns dans des cabinets de treillage d’un dessin varié, auxquels Jean Colinot, resté depuis 1672 le seul jardinier du Petit Parc, a porté ses soins les plus attentifs3. Les jeux d’eau donnent du mouvement aux groupes d’animaux, qui sont tous de la grandeur de la nature ; ils sont faits « en plomb colorié selon le naturel », et beaucoup d’oiseaux à l’éclatant plumage ont été exactement copiés sur ceux de la Ménagerie. La mise en couleur, qui a été faite par les peintres Delarc et Herman, nécessitera fréquemment des retouches d’entretien, confiées à Jacques Bailly4. En 1722, au moment où Louis XV ramènera la royauté à Versailles, on remettra le Labyrinthe complètement à neuf ; Belin de Fontenay, excellent spécialiste en son art, rafraîchira de son pinceau les fleurs et les fruits ; et les oiseaux et animaux seront repeints par un peintre illustre, historiographe des chasses royales, François Desportes en personne, qui recevra pour ce travail 6 975 livres 5. Rien ne montre mieux que ce dernier détail l’importance accordée aux œuvres d’art du Labyrinthe. Les gravures qui en sont faites dès sa création et surtout la jolie suite due au

LA TRANSFORMATION DES JARDINS

burm de Leclerc dispensent de décrire ces charmants motifs, qu'un graveur hollandais reproduit il son tour en y mettant des personnages*. Le galant rimeur Benserade a été chargé d’en donner l’explication au visiteur par des quatrains gravés en lettres d’or sur des plaques de bronze, et Lister, en son Journal de voyage, remarque avec raison que le Labyrinthe de Versailles « est en quelque sorte un commentaire des fables d’Ésope ad usum Delphini* ». L’élève de Bossuet a en effet douze ans au moment ou le travail s’achève, puisque c’est en revenant de Lorraine, à la fin de 1673, que Louis XIV le trouve entièrement termine. Le rôle attribué au Labyrinthe dans l’éducation du Grand Dauphin a fait naître sans doute la tradition, d après laquelle l’évêque de Meaux aurait eu une clef particulière du bosquet du Labyrinthe et en aurait fait son lieu de promenade favori.

C est à 1 occasion des fontaines du Labyrinthe que Colbert écrit de Versailles, le 16 septembre 1672, au sieur Arnoul, intendant des galères à Marseille, la lettre suivante : a Vous m’avez ci-devant envoyé des rocailles et coquilles pour les grottes de Versailles. Comme j’en ai besoin d’une très grande quantité pour les nouveaux ouvrages que le Roi fait faire, je vous prie d’en faire amasser le plus que vous pourrez des plus grosses et des plus fines, comme aussi d’une certaine grosse roche dont nous avons particulièrement besoin et dont vous m’avez cidevant envoyé. Ne manquez pas d’en faire chercher et de faire emplir des caisses, tant desdites rocailles, coquilles, que de ladite roche, et de les 3 .

faire charger sur tous les - une fontaine du labyrinthe.

vaisseaux qui passeront estampe hollandaise.

le détroit pour venir dans

la Manche 3. » C’est, en effet, après la Grotte de Téthys, le travail capital du rocailleur Berthier que cet ensemble de trente-neuf ouvrages plus ou moins considérables, qui s’adapte de la façon la plus diverse à l’art ingénieux du fontainier : « Je ne parle point des coquillages et des ornements des bassins qui sont en grand nombre et qui forment des figures différentes, non plus que de la quantité de jets d’eau qui accompagnent ces bassins et qui sont proportionnés aux sujets qui y sont représentés. Ceux qui sont comme dans des arcades formées dans des palissades sont à moitié couverts et environnés de feuilles et de roseaux qui jettent de l’eau. La plupart sont de fer-blanc et d’autre matière propre à cet usage, aussi bien que les branches par où passe l’eau; et le tout, étant peint d’un vert qui imite le naturel, passe pour une véritable verdure, jusqu’à ce qu’on en voie sortir l’eau4. »

Il a fallu réunir beaucoup d’artistes pour peupler rapidement le Labyrinthe des personnages des fables d’Esope, dont plusieurs sont aussi ceux du bon La Fontaine. Tous les plombs qui les représentent ont été faits, au cours de 1672 et 1673, par une compagnie d’artistes dont il convient de conserver

LA TRANSFORMATION DES JARDINS

les noms. On y voit Tubi, Massou, Mazeline, Le Hongre, Houzeau, Desjardins, les Blanchard, les Marsy, Regnaudin, Le Gros, Magnier, Temporiti, Raon, Hutinot, Drouilly, Dossier, Errard, La Perdrix, Siebrecht, Legeret1 ; Temporiti, en outre, a sculpté des bancs, Cafïiéri et Lespagnandel des chapiteaux pour les édicules de treillage ornés des rocailles de Berthier2. Cette énumération montre à Versailles un premier groupement d’artistes, de célébrité bien diverse, mais qui s’appliquent ensemble, sous une même direction, celle de Le Brun, à une œuvre collective.

Bien peu des figures placées à cette époque dans le bosquet du Labyrinthe ont une attribution distincte; les guides ignorent leurs auteurs et l’on n’en trouve que fort peu à désigner. Le Hongre a travaillé « pour la figure du coq, pour celle du loup, pour celle du diamant » [le Coq et le Diamant ),

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