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PREMIÈRE PENSÉE DES STATEES DE VERSAILLES

DESSIN DE CHARLES LE BRUN

la nouvelle maison royale, ni larges degrés, ni fontaines abondantes, ni figures de marbre, et l’espace où s’étendra la noble perspective du Grand Canal n’est longtemps qu’une plaine marécageuse. Mais le Roi a eu la fortune de trouver un jardinier qui a le sens de la grandeur : André Le Nôtre trace du

premier coup les lignes générales des jardins à venir. La plupart des bosquets sont découpés dans les

taillis de l’ancien parc de chasse; de vastes bassins creusés dans les parties basses voient peu à peu arriver les eaux jaillissantes; aux termes de pierre qui les entourent, rangés le long des buis taillés, font bientôt contraste leurs groupes de plomb doré; un « parterre de broderies » d’un dessin nouveau s’étend

devant l’habitation, et une petite orangerie vient compléter, du côté du midi, l’aspect pittoresque du

Château, par les briques mêlées de pierre de ses arcades.

Un second Versailles succède à cette première création, célébrée déjà comme une merveille, et

c’est le même architecte qui en a l’honneur. Le Vau enveloppe, sans le détruire, le petit château par les trois façades sur les jardins et conçoit l’ordonnance générale de l’architecture, qu’il n’y aura plus qu’à développer après lui. Les Grands Appartements, l’Escalier des Ambassadeurs sont

commencés à cette époque. Déjà aussi est établi, par les premiers artistes, tout ce symbolisme de la

INTRODUCTION

maisons royales l'appellent maintenant à un rôle que ce petit château de plaisirs n’attendait point. Le Roi, de plus en plus attaché à son œuvre, a voulu en faire le centre de son pouvoir et le lieu où l’Europe devra admirer les éblouissants rayons de l’astre dans tout son éclat. L’installation de la Cour et du Gouvernement, en 1682, donne la principale date de l’histoire de Versailles. Le plan de Mansart est alors adopté dans ses parties essentielles, bien jqu’il ne doive point se réaliser tout de suite. Après la Grande et la Petite Écurie, se bâtissent le Grand Commun, l’aile du Nord, la nouvelle Orangerie, qui amène le remaniement de toute une partie des jardins. La reconstruction de Trianon appartient encore à Mansart, ainsi que la Chapelle définitive. La Chapelle est l’ouvrage dernier du règne déclinant, qui semble vouloir clore par un hommage à Dieu cette série inouïe de travaux consacrés à l’apothéose d’un homme.

Ce majestueux décor du grand règne n’a donc pas été fait en une fois, tel |que nous l’admirons dans sa solitude mélancolique. Les Versailles divers, que nous révèlent les estampes et les vieux tableaux oubliés, sont comme les ébauches et les essais de l’œuvre définitive, qui correspondent aux progrès de la grandeur royale. Chaque partie du Château et des jardins a été détruite à son heure, mais pour se relever

décoration de Versailles, qui va multiplier, dans les peintures et les sculptures des intérieurs, comme dans les motifs des principales fontaines, la flatterie perpétuelle de l’allusion au Roi-Soleil. Louis est le vainqueur de l’Espagne et de l’Empire, le conquérant de la Franche-Comté, et son château favori grandit avec ses triomphes.

Un Versailles différent, qui se trouve déjà le troisième, est l’œuvre de Mansart. Mansart doit céder à Le Vau la première place dans nos souvenirs, puisque sa direction ne commence qu’en 1678; mais il va attacher son nom à la ville nouvelle par la masse énorme de constructions qu’il y élèvera en peu d’années. Il dresse d’abord la Grande Galerie et ajoute, au midi du Château, la première des deux longues ailes nécessaires aux logements de la Cour. C’est que les destins de la dernière née des

INTRODUCTION

plus belle, suivant un rêve toujours plus ambitieux du maître. C’est la restitution de ces anciens états disparus qui fait la véritable histoire du Versailles royal.

Cette histoire est semblable à celle d un organisme vivant qui croît et qui se développe suivant des besoins grandissants, en se modifiant continuellement, afin de s’adapter aux circonstances nouvelles. Rien n est plus aisé, pour s en rendre compte, que de comparer entre eux les plans successifs du Château et de ses abords pendant le régné de Louis XIV. On voit les espaces s’élargir, les constructions se multiplier et les proportions de tout ce qui disparaît tripler et quadrupler lorsqu on le remplace. Chaque période politique laisse sa trace particulière dans un important changement d ensemble. Si, après le Grand Roi, les lignes extérieures semblent arrêtées, la vie n’en

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