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LE CHATEAU APRÈS LES PREMIERS TRAVAUX DE MANSART. ESTAMPE DE FÉRELLE

persiste pas moins à faire son œuvre, et la royauté du dix-huitième siècle accommode à ses habitudes et à la diminution de son prestige les intérieurs d’un palais qui, vers la fin, ne semble plus à sa mesure.

Peut-on dire que le dix-huitième siècle a créé un quatrième Versailles ? Ce serait excessif, s’il ne s’agit que de la construction ; c’est nécessaire, si l’on songe aux énormes renouvellements intérieurs qui se sont produits dans le Château. Louis XV a fait faire le Salon d’Hercule, qui apporte ici le nom d’un excellent architecte, Robert de Cotte ; à la fin du règne, s’élève la grande Salle de l’Opéra, un des meilleurs travaux de Gabriel. En revanche, le Roi a détruit, pour ses commodités personnelles, la Petite Galerie, l’Escalier des Ambassadeurs, changé et compliqué l’ancien appartement privé de Louis XIV, modifié tout le reste des appartements de la Famille royale et de la Cour. Cette transformation si radicale de Versailles au dix-huitième siècle n’a pas été l’œuvre de quelques années ; les principaux

INTRODUCTION

épisodes en jalonnent le long règne de Louis XV et un peu aussi celui de Louis XVL U faut bien que nous donnions une place étendue à ces observations, puisque l'état intérieur du Château, tel qu il se présente à nous aujourd’hui, n’est aucunement celui de Louis XIV : si les pièces de représentation sont pour la plupart du dix-septième siècle, tout le reste est seulement du dix-huitième.

Il n’a pas tenu à Louis XV que la construction même de Louis XIV ne fût détruite dans toute la partie centrale du côté des cours. Les architectes souffraient depuis longtemps du manque d équilibre entre le petit château de briques si élégant, si discret, et les grandioses et royales façades du parc. Mansart n’avait-il pas déjà proposé de masquer au moins l’entrée par des colonnades ? On adopta au dix-huitième siècle un projet de reconstruction générale, qui fut nécessairement dans le style gréco-romain, alors à la mode. Le commencement d’exécution de ce projet a produit la fâcheuse aile Gabriel. Le grand artiste, dont le nom y demeure joint, venait d 'être mieux inspiré en dessinant pour son maître l’exquise maison du Petit Trianon. Pour Versailles même, on ne jugera équitablement son œuvre que par ses dessins d’ensemble, et la laideur de 1 unique morceau exécute tient surtout a son incohérence. Dans le parc, replanté tout entier au commencement du règne de Louis XVI, d’autres transformations étaient projetées, et plus d’un vieux bosquet semblait menacé. Comme pour le Château, le manque de fonds empêcha l’évolution du goût de produire ses destructions ordinaires, et nous devons peut-être à la Révolution et au transfert du gouvernement à Paris la conservation des jardins de Louis XIV, aussi bien que celle des parties les plus anciennes du Château.

A partir de la disparition de la Monarchie, qui en faisait un centre de production d’art, Versailles n’offre plus le même attrait. Il ne serait pas, cependant, sans intérêt de voir de quelle façon Napoléon, qui habita quelquefois Trianon, s’est plu à envisager le domaine le plus fameux du régime ancien, l’usage qu’il rêva d’en faire et les travaux qu’il y ordonna. II ne serait pas inutile de noter les restaurations tentées sous Louis XVIII, qui avait pensé un instant, en 1815, à revenir dans la demeure où le comte de Provence avait vécu sa jeunesse. Il faudrait se rendre compte de l’état des lieux, au moment où le roi Louis-Philippe conçut l’idée d’utiliser le palais définitivement abandonné, en le consacrant, sous forme de musée, « à toutes les gloires de la France». Ce n’était plus cet éphémère musée de peinture de l’école française, que le Directoire y avait installé, mais une collection tout historique, amassée aux frais du Roi et destinée à présenter aux générations à venir l’image des grands faits et des grands hommes de la nation.

Les erreurs inévitables commises dans la réalisation d’un aussi vaste plan de musée ont relativement peu d’importance, puisque la fin du siècle essaie de les rectifier et cherche à donner sa valeur complète à cette intéressante pensée. Il n’en est pas de même des destructions intérieures qui accompagnèrent l’œuvre de Louis-Philippe. Que de profanations furent accomplies ! Que de vandalismes inutiles, que de sacrifices inintelligents de l’art ancien à des appropriations parfois malheureuses ! D’admirables pièces d’art décoratif, éparses dans les appartements supprimés, furent mutilées sans scrupule et dispersées avec insouciance, comme l’avàit été, pendant les ventes révolutionnaires, le somptueux mobilier du Château. Cette irréparable perte est chaque jour sentie avec plus de force, à mesure que grandissent le respect et l’amour des arts du passé. On est porté à être sévère pour Louis-Philippe, de qui ce fut l’œuvre personnelle, et c’est à peine une excuse pour lui d’avoir partagé le goût à peu près général de son temps. Il n’a fait cependant que mettre en pratique le dédain que le plus grand nombre professait alors pour cet art du dix-huitième siècle, dont les appartements de Versailles étaient remplis. Pour être juste envers tout le monde, il faut réfléchir que ce grand château inhabité, où la royauté du droit nouveau ne pouvait songer à paraître, allait être voué, dans un siècle utilitaire, à des usages destructeurs et peut-être déshonorants. Si Louis-Philippe a fait à Versailles un mal à jamais déplorable, il 1 a sauvé sûrement de malheurs pires ; il en a assuré la conservation au pays, de la seule façon qui en fût digne, par la noble et immuable fonction de musée national.

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