DÉTAIL DE L’ESTAMPE DE L. SIMONNEAC
LES NOUVEAUX BOSQUETS
autour du bassin en fer-à-cheval cle Saint-Cloud que restaurait Louis-Philippe1. Il était souhaitable de les rendre au bosquet pour lequel elles avaient été faites. Sauf Y Amphitrite, demeurée au Louvre et qui sera remplacée par une copie, elles ont été remises, en 1897, sur les socles de Caffiéri le fils ; bien qu’elles ne concordent point tout à fait, pour la date, avec le rétablissement partiel des balustres dorés, on peut dire qu’elles complètent par leur présence la résurrection du bosquet des Dômes.
Les deux bosquets de Y Arc-de-Triomphc et des Trois-Fontaines, créés à la même époque que celui de la Renommée, devaient en partager la fâcheuse destinée et souffrir même un désastre plus complet, lis naissaient déjà d’une destruction, celle des bosquets antérieurs du Pavillon d’eau et du Berceau d’eau. Le double projet qui les concerne paraît, au milieu des recettes de l’année 1677, avec un chiffre de prévision assez élevé : « 300000 livres pour employer au paiement des dépenses à faire pour la maçonnerie, fouilles et transport de terre, plomberie, sculpture, peinture, cuivre, marbre, bronze doré et autres ornements des deux fontaines que S. M. fait faire dans les jardins de Versailles, l’une appelée la fontaine de l’Arc-de-Triomphe et l’autre les Trois-Fontaines2. » Les Trois-Fontaines n’exigent pas de travaux artistiques; tout le mérite de ce bosquet est dans la ligne d’architecture, qu’un ancien dessin fait mieux connaître qu’une longue description, et dans l’heureux aménagement des eaux savamment conduites à des hauteurs différentes et disposées avec art pour le plaisir des yeux : « Ce bosquet est dans un lieu bas; de sorte que les élévations qui sont autour, étant remplies de vases de porcelaine sur quantité de manières de piédestaux, qui sont au devant des treillages, produisent un fort agréable effet. Toutes les eaux de ce lieu consistent en trois bassins de diverses figures et dont les jets sortent de différentes manières. II y en a de si gros qu’on ne les peut voir qu’avec surprise. Cet endroit a l’air grand, et c’est un de ceux que l’on estime le plus3. » Un détail précis n’est pas ici de trop : la grosse gerbe s’élève à 22 pieds et les lances du bassin octogone jusqu’à 78 pieds. Mais ce sont là seulement, comme dit le langage du temps, « des beautés champêtres et naturelles » et qui reposent l’esprit du promeneur, après qu’il a contemplé tant d’œuvres d’art assemblées dans le reste des jardins.
Nulle part la profusion n’est plus grande qu’au bosquet de l’Arc-de-Triomphe. On y voit accumulés, par contraste avec la simplicité des Trois-Fontaines, les ouvrages les plus raffinés : « Ce lieu, dit le Mercure galant, est du dessin de M. Le Nôtre, dont le merveilleux génie pour tout ce qui regarde le jardinage a beaucoup contribué aux embellissements de la plupart des bosquets de Versailles. » Les sculpteurs Houzeau et Mazeline ont confectionné les modèles des édicules dessinés par Le Nôtre. A défaut de ces modèles, j’ai trouvé des dessins cotés et des détails de sculpture et de ferronnerie tellement précis, qu’on pourrait presque reconstituer l’Arc-de-Triomphe de Versailles, s’il n’était chimérique d’espérer de refaire jamais l’œuvre du passé4. Le morceau principal de ce bosquet était cet arc de fer doré à l’huile, dont la disposition et la matière étaient également nouvelles. On le considérait comme élevé à la gloire de Louis XIV, et c’était comme une réduction, dans le Parc, de la triomphale Porte Saint-Antoine de Paris. Il flattait l’orgueil du monarque plus encore que cette fontaine où la Renommée sonnait la louange de ses victoires. Le bosquet avait la même pente que celui qui l’avoisine5; l’arc occupait le fond le plus élevé, où il faisait aux eaux jaillissantes un encadrement de marbre et d’or.
Il a trois portiques. Au-dessus cle ces portiques sont sept bassins d’où s’élèvent autant de jets d’eau. Ces bassins étant remplis de l’eau que leur fournissent ces jets, cette eau retombe dans plusieurs autres bassins qui sont des deux côtés, ce qui forme plusieurs nappes d’eau. Dans le milieu des trois portiques sont trois jets qui, étant dans des bassins élevés, forment encore autant de nappes. On monte à ces portiques par plusieurs degrés, et ces degrés sont tous remplis de jets, dont l’eau retombe dans un grand bassin qui est au bas. Aux deux côtés de cet Arc de triomphe, il y a deux obélisques entre deux piédestaux en manière de scabellons, et sur ces scabellons sont des bassins d’où sortent des jets d’eau. On voit ensuite, en retour et de chaque côté, deux manières de pyramides élevées d’un grand nombre de degrés, et, au-dessus, un carré d’eau d’où plusieurs jets sortent. Aux deux côtés de ces pyramides sont encore deux scabellons avec des bassins et des jets d’eau. Ensuite
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LES NOUVEAUX BOSQUETS
on voit deux autres obélisques, savoir un de chaque côte, lesquels se trouvent encore chacun entre deux scabellons avec des ornements, des bassins et des jets pareils à ceux des autres. Voilà ce qui occupe le fond et les deux ailes de ce bosquet. Quant à la quatrième face, qui est celle qui regarde l'Arc de triomphe, elle ne laisse pas d êtie aussi remplie de beaucoup d ornements, quoiqu’une partie en soit occupée pour servir d'entrée à ce lieu. 11 y a des deux côtés des piédestaux avec des bassins, des cascades et des ligures qui marquent les triomphes de la Fiance. Quelque exacte description que je vienne de faire de toutes ces choses, il est impossible qu’on puisse concevoir seulement la moitié des beautés qu’elles renferment, à moins qu'on 11e sache que, outre les marbres fort