DES BAINS D'APOLLON
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LE BOSQUET DES BAINS d’aPOLLON (DÔMES).
AQUARELLE DU XVIIIe SIÈCLE.
délicatement travaillés, qui portent tant de différents morceaux, la plupart de ces morceaux, comme les obélisques et autres ouvrages semblables, sont faits de bronze doré ; mais qu’il n’y entre de cette matière que ce qu il en faut pour former le corps de ce qu’on veut qu’elle représente, de sorte qu’il y reste beaucoup d endroits vides, lesquels étant remplis par l’eau qui en s’élevant vient occuper la place de ces vides, paraissent comme autant d’ouvrages de cristal, enrichis de quantité d’ornements où l’or n’est pas épargné *.
A cette description galante, mais moins précise qu’elle ne semble, il faut joindre, suivant notre usage, quelques indications tirées des Comptes. L’Arc-de-Trioinphe est construit en 1678 et 1679, et doré en 1680. D’assez fortes sommes sont réservées pour les divers ouvrages : 20000 livres pour les
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ouvrages de fer, 15 000 pour les coquilles de cuivre à mettre sur les frontons et les côtés, 22 000 livres pour les ouvrages des quatre aiguilles, quatre guéridons et quatre piédestaux portant des bassins. Delobel fait la ferronnerie; Le Gros, Benoist et Massou, les ornements. Quant aux pyramides latérales, Mazeline et Houzeau y exécutent les ouvrages d’architecture et de sculpture de marbre et métal, qui montent, en 1681, à une dépense de 53 337 livres. Ils font encore, en 1683, pour 14-613 livres de travaux à la fontaine de la Gloire, placée un peu plus bas et probablement aussi à la fontaine symétrique, qui s’appelle la fontaine de la Victoire. Tubi travaille également aux ornements de celle-ci1. Quant aux figures « qui marquent les triomphes de la France », elles sont une des œuvres principales de ce maître. C’est le groupe de plomb de la France triomphante, qui donne quelquefois son nom au bosquet, et près duquel il convient de s’arrêter, car les figures et même l'ensemble ornemental de la fontaine ont été restaurés de nos jours à la place qu’elle n’avait point cessé d’occuper.
Ce beau groupe, triomphal et simple h la fois, est le seul reste de l’ancien bosquet de l’Arc-detriomphe. La dorure y manque, il est vrai, pour y rappeler cet éclat, qui le faisait désigner dans les guides, avec tous les plombs semblables du Parc, comme étant de bronze doré : « La France, dit Piganiol, y est figurée par une statue de bronze doré, vêtue d’une mante royale, ayant un coq pour symbole sur son casque et un soleil, qui est la devise du Roi, sur son bouclier. Elle est assise sur son char posé sur des degrés de marbre blanc, environnée d’attributs et de trophées d’armes2, et au milieu de deux figures, dont l’une est appuyée sur un lion et représente l’Espagne, et l’autre est assise sur un aigle et représente l’Empire. Sur le dernier degré, il y a un dragon à trois têtes qui semble expirer : il marque la désunion de la Triple Alliance. Ces figures sont de Tubi, Coyzevox et Prou3. » Il ne faut point sans doute refuser à ces deux derniers artistes une part de collaboration attestée par des contemporains ; cependant on doit remarquer que les Comptes, qui indiquent, au cours de 1682 et 1683, le travail d’exécution du groupe, ne mentionnent dans les paiements que le seul Baptiste Tubi. Celui-ci avait souvent des associés, et on le trouve plus d’une fois ailleurs en association avec Coyzevox; mais le modèle, qui lui fut payé en 1681, était bien son œuvre4, et c’est lui qui avait été chargé d’interpréter en sculpture, dans cette fontaine, une des plus nobles pensées de Charles Le Brun.
Quant aux deux autres fontaines, les voici décrites dans notre relation inédite des figures du Petit Parc de Versailles, qui me semble avoir plus d’une fois servi à Piganiol : « La fontaine, que l’on trouve à droite en avançant quelques pas, se nomme de la Victoire. Cette déesse est posée sur un globe orné de trois fleurs de lis. Elle a des ailes et présente d’une main une couronne de lauriers et de l’autre elle tient une palme. L’on voit proche d’elle, à droite et à gauche, des trophées d’armes et des attributs des quatre Parties du monde, portés par deux grandes consoles de marbre de différentes couleurs, entre lesquelles il y a une grande coquille, d’où il s’élève un jet d’eau, qui passe au milieu de la couronne de laurier que présente la Victoire, retombe dans la même coquille et forme une très belle nappe d’eau, qui se répand dans une grande cuve de marbre d’Égypte enrichie de différents ornements, du milieu de laquelle il s’élève un gros bouillon d’eau, qui forme une seconde nappe d’eau, dont elle est entièrement couverte et se précipite dans un bassin qui la termine ; laquelle figure et les accompagnements sont de métal doré et faits par Mazeline. La troisième fontaine, qui est vis-à-vis celle que je viens de décrire, se nomme de la Gloire. L’on voit cette déesse posée sur un globe céleste ; elle présente d’une main une couronne de laurier et de l’autre elle tient une pyramide qui est son symbole. Tous les ornements de celte fontaine sont pareils à ceux de la précédente et faits par Coyzevox. Les dessins de ces trois fontaines allégoriques sont de M. Le Brun5. » Des deux vues du bosquet peintes par Cotelle, et qui le font connaître entièrement, la première représente le côté de l’Arc-de-triomphe ; la seconde, les trois fontaines inférieures avec leurs groupes de plomb doré.
Sur la période des transformations de Versailles qui vient d’être racontée, nous avons plusieurs rapports de Colbert a Louis XIV. Celui qu’on va lire a l’avantage de résumer, à une daté déterminée,
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l’état des travaux en cours. Le ministre écrit de Paris, le 1er mars 1678, qu’il a passé la journée de la veille à Versailles et, après avoir parlé des étangs et des aqueducs, continue ainsi : « L’on travaille aux fontaines de, la Renommée et de FArc-de-triomphe pour les achever. Les nouveaux bâtiments s’avancent beaucoup ; je crois pouvoir assurer Votre Majesté qu’ils seront au premier étage à Pâques et achevés dans le temps qu’elle les a demandés1. Dans cette semaine, il y aura une visite générale faite, avec MM. Francine et Denis, de toutes. les fontaines; Le Nôtre et Colinot, de tous les jardins; Lemaire, de tous les robinets, ajustages et autres ouvrages de cuivre; Berthier, de toute la rocaille; charpentier,
maçon, serrurier et menuisier de même, pour remettre le tout en état. Les marbres de l’escalier s’avancent fort, et j’espère qu’il sera entièrement achevé dans le mois de juillet. M. Le Nôtre fait faire un modèle de la nouvelle pièce pour y travailler incessamment. Et ainsi j^espère, , Sire, que tout ce que Votre Majesté a ordonné